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L'Usine de l'Energie

Nouveau round dans le pétrole

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Retour aux affaires pour les pétroliers, qui réinvestissent, tandis que les cours du pétrole devraient se stabiliser.

Nouveau round dans le pétrole
Total a lancé, fin 2017, la production du gisement Libra, situé en eaux profondes au large du Brésil.

Après trois ans de KO debout, les pétroliers repartent à l’offensive. À l’instar de Total qui, à fin septembre 2017, affichait treize projets majeurs totalisant une production supplémentaire de presque 1,5 million de barils par jour. Si la décision finale d’investissement doit être prise d’ici fin 2018, quatre d’entre eux sont déjà validés – en Azerbaïdjan, en Argentine, en Irak et au Brésil. Et ce, après avoir racheté le danois Maersk Oil pour 7,45 milliards de dollars en août et la branche amont gaz naturel liquéfié d’Engie pour 1,49 milliard de dollars en novembre. Le groupe est résolument lancé dans une dynamique d’investissement à contre-cycle, avec un capex global fixé entre 15 et 20 milliards de dollars par an d’ici 2020. Son PDG Patrick Pouyanné, qui en août dernier comptait bien « profiter des cycles bas pour soit lancer des développements nouveaux, parce que les coûts sont plus bas, soit acquérir des réserves nouvelles à des conditions attractives », a choisi les deux.

Fiona Legate, analyste chez Wood Mackenzie, affirme que le réinvestissement de Shell et Exxon en mer du Nord [lire ci-dessous] « marque la fin d’une ère précautionneuse ». Un mouvement qui touche tant les majors et les compagnies nationales que les juniors. La britannique Tullow Oil vient, par exemple, d’acquérir 28 000 km2 de permis au large du Pérou et deux permis offshore en Côte d’Ivoire. « Nous revenons à l’exploration, mais en contrôlant les coûts », commente son directeur général Paul McDade, qui double son investissement cette année (à 460 millions de dollars).

Des prix sous pression

Comme pour récompenser leurs efforts, les cours des bruts de référence revenaient en janvier à leur plus haut niveau depuis décembre 2014, respectivement 64 dollars le baril pour le West Texas Intermediate (WTI) américain et 70 dollars pour le Brent de mer du Nord, mètre-étalon du pétrole en Europe. Sur le grand ring mondial, deux forces contraires font tanguer les prix. Dans le coin gauche, la cohorte des forces haussières : quotas de production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) respectés au-delà de l’attendu, vague de froid aux États-Unis qui tire ponctuellement la consommation, tensions géopolitiques en Iran et forte demande (+ 1,3 million de barils par jour en 2018), notamment des pays en développement qui continuent à découvrir les charmes du véhicule particulier. La mise à l’arrêt pour trois semaines du réseau d’oléoducs Forties, racheté par Ineos à BP en octobre 2017 et qui transporte 40 % des hydrocarbures de mer du Nord, suite à la détection d’une fêlure, explique que le cours du Brent soit remonté plus fortement que celui du WTI. Ce qui a favorisé l’export de brut américain et participé à la normalisation des niveaux de stocks aux États-Unis, dont les surplus ont longtemps amorti toute velléité de hausse des cours.

Dans le coin droit du ring, le colosse américain qui pousse les prix à la baisse, avec sa production qui ne cesse de croître. Le pétrole de schiste, dont l’émergence avait abouti à ce que Goldman Sachs appelait « le nouvel ordre pétrolier » où s’affrontent deux « swing producers » (à même de peser sur les équilibres offre-demande), vient de vivre sa deuxième révolution. On savait les schistes américains prolifiques, ils sont désormais frugaux. Alexandre Andlauer, analyste chez AlphaValue, rappelait en avril dernier qu’au début de la crise du pétrole fin 2014, le point mort des producteurs d’huiles de schiste était estimé entre 70 et 80 dollars par baril. Deux ans plus tard, les coûts étaient descendus à 30 dollars sur les meilleurs champs, notamment dans le bassin Permien, dont les réserves ont été réévaluées à la hausse. D’autant que le challenger américain, le pétrole offshore du golfe du Mexique, n’a pas dit son dernier mot. Selon William Turner, analyste senior chez Wood Mackenzie, les volumes extraits en eau profonde dans cette région pourraient atteindre en 2018 plus de 1,5 million de barils (+ 13%). Ces baisses de coûts ne sont pas imputables uniquement à un contexte fiscal plus favorable. Elles s’expliquent aussi par la digitalisation du secteur, qui a amélioré la connaissance du sous-sol et l’efficacité des forages. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la production américaine dépasserait les 10 millions de barils par jour cette année.

Des rendements prometteurs

Pendant des années, les actualités pesant sur les cours l’ont emporté sur les risques qui auraient dû les faire remonter. Le marché pétrolier revient désormais à la raison. Même Goldman Sachs n’exclut plus des pointes ponctuelles à 75 dollars le baril. « Nous envisageons que les coupes prolongées par l’Opep durent trop longtemps et créent un risque de prix », insiste Damien Courvalin, l’analyste matières premières de la banque d’investissement. Il annonce également des rendements prometteurs pour la majorité des pétroliers : « Les producteurs américains ont des rendements très élevés au cours actuel. Et l’on a enfin eu confirmation de gains de productivité dans le reste du monde. » Arnaud Breuillac, le directeur général exploration-production de Total, revendique des coûts techniques inférieurs à 20 dollars par baril sur le gisement pré-salifère Libra au Brésil. « Cela démontre que nous sommes capables de développer des projets compétitifs en eaux profondes. » Ces efforts n’auront pas été vains, car les prévisions de cours pour les deux années à venir restent modestes chez tous les analystes (autour de 60 dollars le baril).

Alors que se referme le chapitre de la crise pétrolière, un autre bilan s’avère moins positif. Selon la Banque mondiale, ce contre-choc pétrolier a eu un impact presque nul sur la croissance mondiale, bien loin du gain espéré de 0,8 point de PIB pour l’économie mondiale en cas de division par deux des cours.

 

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