Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

"Nous avons déjà dégradé une note sur un risque environnemental", témoigne la directrice de Moody's France

Arnaud Dumas ,

Publié le

Entretien L’agence de notation américaine regarde de près le risque climatique pour noter les émetteurs de dette. Myriam Durand, la directrice de Moody’s France et des notations grandes entreprises pour la zone EMEA, explique comment il est pris en compte et pourquoi il pourrait amener à faire baisser des notes de crédit.

Les entreprises citées


D.R

 

L'Usine Nouvelle : Comment prenez-vous en compte le risque environnemental dans vos notations ?
Myriam Durand : L’essence d’une notation, c’est d’analyser la capacité d’une entité à rembourser sa dette à temps et à 100 %. Ce qui est compliqué, c’est d’avoir une vue prospective car nous n’envisageons pas cette capacité à un instant "t", mais à plus long terme.

Nous regardons donc tous les éléments à notre portée, la stratégie de l’entreprise, le positionnement concurrentiel, le positionnement sur les technologies de demain, les éléments financiers, etc. Cela nous permet de comparer les émetteurs sur une base équitable.
L’environnement est l’un de ces facteurs et, suivant l’industrie, le poids qui lui sera imparti dans notre analyse sera plus ou moins élevé. Nous l’avons en fait toujours pris en compte sans pour autant le clarifier comme nous le faisons aujourd’hui. Nous regardons depuis longtemps la gouvernance, l’exposition aux catastrophes naturelles, le risque social, etc. L’environnement est vu comme étant l’un des risques à prendre en compte, mais nous ne faisons pas de scoring purement environnemental. Notre prisme, c’est toujours de définir la capacité à rembourser la dette.

Mais le critère des émissions de gaz à effet de serre est nouveau, lui ?
Oui, mais dans ce cas nous sommes confrontés à un problème de communication financière de la part des émetteurs que nous notons. Nous ne sommes pas des auditeurs, nous faisons avec les informations données par ces émetteurs. Par exemple, nous ne savons pas encore ce que les sociétés devront communiquer dans le cadre de l’article 173 de la loi de transition écologique et énergétique : quels seront les agrégats utilisés ? Comment les calculer ? Est-ce que ce sera selon des normes françaises ou internationales ?

Aujourd’hui, il n’y a pas cinq sociétés qui fassent un reporting environnemental équivalent, il est donc difficile de l’intégrer dans notre analyse car ce n’est pas une norme.

Nous venons de publier une étude dans laquelle nous analysons 86 secteurs économiques représentant 68 000 milliards de dollars de dettes émises, soit tout l’univers de notation de Moody’s. Nous avons étudié le risque environnemental afin de classer ces secteurs en fonction des risques directs, comme la pollution de l’air, du sol ou de l’eau, le risque de sécheresse, l’exposition aux catastrophes naturelles, etc., et les risques indirects liés à la réglementation mise en œuvre par les Etats ou les entités supranationales pour contrer les risques directs. Mais nous n’avons pu utiliser que nos connaissances actuelles, ce document devra donc évoluer au fil du temps.

Quels sont les secteurs les plus à risque ?
Parmi les secteurs à risque élevé et immédiat, on trouve les mines de charbon, qui représentent 29 milliards de dollars de dettes, ou encore les secteurs des utilities et de l’énergie non réglementés, pour 479 milliards de dollars de dettes.

Cela signifie que, dans ces secteurs, on a déjà commencé à voir des migrations de notes. Mais attention, tant qu’il y a toujours des cash-flows générés, la note ne baissera pas forcément de manière brutale. Sur le long terme, leurs activités seront contraintes par la réglementation, mais il y a une zone d’incertitude. Qui peut prévoir ce que sera, demain, la réglementation sur les émissions de la Chine ou de tout autre pays ?

Des émetteurs de dette ont-ils déjà vu leur note baisser en raison du risque environnemental ?
Nous avons dégradé d’un cran la note d’une municipalité de Californie. Elle se trouve dans une zone de sécheresse et cela peut avoir un impact sur sa capacité à rembourser sa dette. Elle est passée de AA3 à A1, cela reste donc une note élevée mais c’est une alerte.
Les notes ne dévissent pas à cause du risque environnemental car son impact est sur le long-terme, ce qui laisse aux émetteurs le temps de s’adapter, soit en trouvant de nouvelles technologies, soit en prenant des décisions stratégiques de désinvestissement ou tout simplement en réduisant leur dette et en renforçant leur capital.

Si un prix élevé du carbone était fixé, quel impact cela aurait-il ?
Ce sera un élément parmi d’autres à prendre en compte. Les changements de réglementation sont des facteurs nouveaux, mais est-ce que cela change radicalement le panorama des notations ? Je ne pense pas, en tout cas pas de manière à tout bouleverser. Les notes bougeront dans les secteurs à risque élevé et immédiat, mais de manière graduelle, parce que nous avons déjà pris en compte une partie du risque.

Propos recueillis par Arnaud Dumas

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle