L'Usine Santé

"Nous allons produire trois de nos nouveaux médicaments en France cette année", assure le patron France de Sanofi 

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Entretien Patron industriel de Sanofi, Philippe Luscan vient de prendre en parallèle la tête du groupe en France. En exclusivité pour L’Usine Nouvelle, il se confie sur les projets du premier laboratoire pharmaceutique français pour renouer avec la croissance dans l’Hexagone, où il lancera trois nouveaux médicaments cette année.

Nous allons produire trois de nos nouveaux médicaments en France cette année, assure le patron France de Sanofi © Marthe Lemelle

L'Usine Nouvelle - On s’est posé beaucoup de questions sur la place de la France dans le dispositif industriel de Sanofi. Pouvez-vous nous rassurer ?

Philippe Luscan - Nous avons un patrimoine exceptionnel en France. Notre enjeu, c’est de le mettre au service de la croissance de Sanofi. La France est le centre de décision de notre groupe, de sa R&D, de ses activités industrielles, de Merial (la filiale vétérinaire, ndlr), des vaccins. Je veux valoriser l’innovation thérapeutique et tous les investissements qui ont été réalisés en France. Ces cinq dernières années, je vous rappelle que nous avons investi 1,6 milliard d’euros dans nos usines françaises, dont 1,3 milliard dans les biotechnologies. 40% de nos usines ont bénéficié de ce virage technologique pour être capables de produire les médicaments que nous nous apprêtons à lancer. Car cette année va être un tournant extraordinaire pour Sanofi, avec le couronnement de tous nos efforts dans l’innovation thérapeutique. Nous allons lancer six nouveaux vaccins et médicaments dans le monde, dont trois sur le territoire français en 2015.

Les usines françaises vont bénéficier de ces lancements ?

Oui. Parmi les deux médicaments dans la sclérose en plaque issus du portefeuille de Genzyme (la biotech américaine rachetée par Sanofi en 2011, ndlr), les comprimés d’Aubagio seront produits à Compiègne. Dans notre usine normande du Trait, nous allons fabriquer la partie aval de PCSK9, l’anticholestérol que nous développons avec notre partenaire américain Regeneron, et que nous exporterons ensuite à travers le monde. C’est un médicament extraordinaire puisqu’il va faire tomber les taux de cholestérol pour certains patients au niveau qu’ils avaient à leur naissance !

Quant à notre vaccin contre la dengue, l’un des plus innovants après ceux contre la rage et la polyo selon la communauté scientifique, il sera entièrement produit en France. On a initié le démarrage d’un site de production innovant à Neuville sur Saône, issu de la reconversion d’une usine chimique, avant même d’avoir les résultats partiels de phase 2 d’essais chez l’homme ! Le vaccin sera ensuite mis sous forme pharmaceutique sur l’un des sites de Sanofi Pasteur, à Val de Reuil, pour être expédié au deuxième semestre dans les pays touchés par cette maladie tropicale (situés principalement en Asie et en Amérique Latine, ndlr).

Donc vous allez continuer à investir en France ?

Nous investissons chaque année environ 300 millions d’euros dans notre outil industriel et dépensons près de 1,9 milliard d’euros dans notre R&D en France. Les investissements 2015 seront dans la continuité des années précédentes. Notre plan stratégique dans les vaccins nous amène à de nouveaux investissements, et nous allons poursuivre le maintien et la modernisation de nos sites.

Pourtant la France pèse peu dans le chiffre d'affaires de Sanofi…

Elle représente 8% du chiffre d'affaires du groupe mais 40% de nos effectifs mondiaux, un tiers de la production mondiale de Sanofi, près de 50% des effectifs de R&D… La France est une plateforme pour l’export, la R&D et l'industrie.  On exporte 82% de la production française. La France est un atout pour Sanofi à travers le monde.  

C’en est donc fini des plans de restructuration de la R&D en France ?

A ce jour, il n’est pas prévu d’autre projet. Nous allons mettre en exergue les collaborations externes que nous réalisons avec des structures publiques et privées pour accélérer notre innovation en France.

Et le projet Phoenix, sur lequel Chris Viehbacher aurait planché pour se séparer de médicaments matures et de leurs usines ?

Il n’y a pas de plan de ce type-là, comme le président du groupe l’a indiqué.

L’empreinte actuelle industrielle et R&D de Sanofi en France est donc satisfaisante, il n’y a pas besoin d’ajuster ?

Dans la transformation mondiale de l’industrie pharmaceutique, c’est le rôle de Sanofi en France que d’évoluer pour aller capter l’innovation thérapeutique, les collaborations, les nouvelles technologies, les opportunités, le pipeline R&D…

Mais vous avez encore un plan en cours concernant les activités commerciales France…

Il est sur la base du volontariat, et se finalisera au cours du premier semestre. C’est vrai qu’aujourd'hui le fait que nous n’ayons pas retrouvé encore la croissance en France est un enjeu pour nous.

Vous pensez renouer avec la croissance en France dès 2015 ?

2015 c’est un peu tôt, mais on se prépare. Durant les cinq dernières années, des pertes de brevets de nos produits et des baisses de prix imposées ont amené à une régression de notre chiffre d'affaires. Il faut recréer petit à petit cette croissance en France qu’on a retrouvée pour le monde entier, puisque le groupe a renoué avec la croissance courant 2014. L’innovation d’un côté avec le lancement nouveaux produits et la diversification du groupe de l’autre vont porter les fruits dans la durée.

Allez-vous travailler sur l’image de Sanofi, pour faire oublier l’épisode d’Arnaud Montebourg aux côtés de vos syndicats en 2012 pour sauver le site R&D de Toulouse ?

Cela fait partie de mes objectifs : faire encore mieux comprendre ce que représente Sanofi pour la France, en faisant découvrir nos savoir-faire et notre contribution à l’accès aux soins pour les patients. Une entreprise se doit aussi d’évoluer, pour garder une dynamique de succès. Aujourd’hui, Sanofi est le premier acteur de santé en France grâce à nos 27 000 collaborateurs, le premier investisseur de R&D privé toutes industries confondues, ce qui n’est pas forcément connu du grand public. Nous sommes aussi le quatrième exportateur français, et contribuons positivement à la balance commerciale de 5,8 milliards d’euros, soit l’équivalent de toute celle de l’agroalimentaire !

Propos recueillis par Thibaut de Jaegher et Gaëlle Fleitour

En 2015, les sites rhônalpins et normands de Sanofi à l’honneur

Après avoir célébré en septembre dernier dans l’usine normande de Val de Reuil le doublement de ses capacités de production de son vaccin contre la fièvre jaune, Sanofi prévoit d’inaugurer au printemps le site de Neuville sur Saône, d’où il produira le premier vaccin contre la dengue pour le monde entier. Toujours en Rhône-Alpes, le groupe entend aussi valoriser Marcy L’Etoile, sans doute le plus grand site de R&D et de production de vaccins au monde, où il a augmenté les capacités du vaccin contre la polyo. Avant de fêter l’arrivée de l’anticholestérol PCSK9 sur le site normand du Trait, où près de 150 millions d’euros ont été investis dans des installations aseptiques.

 

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2 commentaires

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15/01/2015 - 17h31 -

Bonjour,
Nous n’avons pas oublié la cession du site de Quetigny : elle est évoquée dans notre enquête consacrée à l’équation difficile à laquelle est confrontée Sanofi pour maintenir son ancrage français : http://www.usinenouvelle.com/article/sanofi-un-geant-francais-trop-francais.N306932
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Nom profil

15/01/2015 - 15h01 -

bonjour, dommage que l'article ne parle pas de la cession du site de Quétigny au façonnier delpharm qui est prévu le premier avril
sanofi se élimine 350 personnes c'est vrai pas très important pour ce monsieur Luscan qui a reçus une délégation du personel le 19 décembre à la croix de berny
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