Economie

Non, la situation de la Grèce n'est pas celle de l'Argentine

Solène Davesne , , ,

Publié le

En 2011, l’Argentine avait fait défaut sur sa dette avant de dévaluer sa monnaie. Malgré les similitudes de la crise, ses conséquences pourraient être différentes pour la Grèce si le pays se dirigeait vers la sortie de la zone euro.

Quelles seront désormais les prochaines étapes du psychodrame grec ? Alors que la Grèce n’a pas honoré son échéance de 1,5 milliard d’euros auprès du FMI, l’enchaînement des rebondissements de la crise à Athènes a des similitudes avec la situation argentine.

Fin 2001, la forte dégradation de la compétitivité de son économie et l’explosion de la dette publique avait contraint le gouvernement de Buenos Aires de faire défaut sur sa dette et d’instaurer un contrôle des capitaux, limitant à 200 pesos les retraits par semaine, avant de dévaluer le peso, jusque-là arrimé au dollar américain. Le parallèle avec la situation de la Grèce, où le contrôle des capitaux a été instauré jusqu’au lundi 6 juillet est évident. 

Le problème d'offre de la Grèce

Mais difficile d’en tirer pour autant des conclusions. "L’Argentine n’appartenait pas à une union monétaire. Jusqu’à présent, l’apport en liquidités de la BCE aux banques grecques a permis de retarder la crise. Désormais, on rentre dans l’inconnu", souligne Jean-Louis Daudier, économiste senior à la Coface. En Argentine, la dévaluation du peso s’était fait en faveur des emprunteurs, avec un taux de 1 dollar pour 1 peso pour la conversion des dettes. De quoi donner un peu d’air, notamment aux entreprises endettées en dollars. En 2002, la monnaie argentine a perdu près de 70 % de sa valeur.

"A court terme, cela s’est traduit par une violente récession et la fuite des investisseurs étrangers. Mais en trois ans, les exportations ont rebondi fortement grâce aux gains de compétitivité", précise Jean-Louis Daudier. Après un recul de 10 % de son PIB en 2002, l'Argentine a profité de la forte hausse des cours du soja, l’un de ses principaux postes d’exportation, pour retrouver une croissance de 9 % en 2005. 

Mais en Grèce, une dévaluation en cas d’abandon de l’euro n’aurait pas nécessairement des effets aussi favorables. Car le pays a un gros problème d’offre. "La Grèce importe deux fois plus qu’elle n’exporte. Une dévaluation conduirait à une inflation galopante", estime Jean-Louis Daudier. Avec 8 % d’activité industrielle, la Grèce est de fait beaucoup plus désindustrialisée que l’Argentine en 2001, où l’industrie pesait 16 % de l’économie. "La dévaluation interne en cours en Grèce depuis trois ans n’a pas vraiment boosté les exportations alors qu’elle a bien fonctionné au Portugal", nuance encore l’économiste de Coface. 

une contagion à toute la zone euro

L’exemple argentin montre en revanche que surmonter la crise sera long. "Après un défaut, il faut s’autofinancer et les contraintes sont durables", commente Olivier Passet, le chef économiste de Xerfi. Quatorze ans après, l’accès au marché des capitaux reste encore fermé pour l’Etat argentin. Reste une inconnue de taille. "La crise argentine ne dit rien de l’effet systémique. En dévaluant, le pays ne remettait pas en cause la monnaie de ses voisins", poursuit l’économiste.

Les banques européennes sont moins exposées qu’elles ne l’étaient en 2011-2012 au risque grec et les institutions européennes ont multiplié les pare-feux, avec le mécanisme européen de stabilité et le fonds de stabilité financière pour limiter la contagion. Même si depuis lundi, la réaction des marchés financiers est restée limitée, les taux longs ont commencé à remonter. Comme en 2011, le stress pourrait faire grimper les taux d’intérêt des pays les plus fragiles mais surtout gripper la confiance des acteurs économiques et le redémarrage des investissements en France comme en Europe. De quoi prolonger encore un peu plus la croissance atone que connait le continent depuis trois ans.

"Sur le papier, les gouvernements européens assurent que la situation est maitrisée, mais au fond on ne sait pas. C’est un tabou. Même si la Grèce ne représente que 2 % du PIB de la zone euro, sa sortie représenterait une perte énorme de crédibilité dans la monnaie unique pour les investisseurs étrangers", souligne Olivier Passet. 

Solène Davesne

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte