[Muses industrielles] "L'inversion de la courbe" ou quand le théâtre dissèque les mécanismes du déclassement

Mais qu'est ce qui fait courir Paul-Eloi, le jeune héros de L'inversion de la courbe ? Tout lui réussit professionnellement. Quand il ne "performe" pas, il court encore et toujours, jusqu'au jour où..  La pièce écrite et mise en scène par un jeune auteur, Samuel Valensi est tout en subtilité et décrit avec précision la chute d'un personnage, loin de tous a priori ou de toutes envies de donner des leçons.

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[Muses industrielles]

A noter : dimanche 24 septembre, la pièce sera suvie d'une rencontre discussion avec Aude Selly, ex-DRH de Nike et auteure du livre Quand le travail vous tue (éditions Maxima)

Mais pourquoi veut-il toujours plus ? C'est la question que l'on se pose à voir L'inversion de la courbe, la pièce de Samuel Valensi, actuellement à l'affiche du théâtre de Belleville qui, décidemment, mérite d'être louée pour ses choix artistiques. Paul-Eloi est ce qu'on aurait appelé il y a quelques années un jeune cadre dynamique. Il a un bon poste dans une start-up, il est bientôt nommé directeur des ventes et est promis à une trajectoire ascendante. Pour décrire sa carrière, on pourrait dire que la limite c'est le ciel. Dans la quête du toujours plus, il poursuit après les heures de bureau, s'entraînant dans un club de gym plus vrai que nature. Sa vie ce sont des chiffres, les données de ses exploits toujours renouvelés. Et quand il va rendre visite à son père qui lui offre rituellement un livre, il est plutôt embarassé par ce récit qui prend du temps à lire, quand le monde peut se réduire en quelques nombres qui chantent son succès.

Une connaissance précise des mécanismes de l'entreprise

Sauf que la machine va se gripper et que d'incidents en incidents, Paul-Eloi va découvrir à ses dépens qu'une pente se dévale plus vite qu'elle ne se grimpe. Car l'inversion de la courbe dont il est question dans le titre fait autant allusion à la fameuse formule de François Hollande qu'au destin du personnage de cette piège. Si le quatuor d'acteurs qui joue cette pièce est impeccable (certains jouant plusieurs rôles avec une aisance impressionnante) c'est aussi l'écriture de Samuel Valensi qui retient l'attention.

La bande-annonce de la pièce

La pièce est racontée à la première personne par Paul-Eloi, ce qui donne à l'ensemble un rythme soutenu, sans temps morts. Surtout, on est surpris par la qualité de la description de la vie en entreprise, qui n'est pas toujours le propre des oeuvres de création qui sombrent trop souvent dans une caricature outrée, faisant entrer coûte que coûte la narration dans la thèse défendue par l'auteur. Est-ce parce que l'auteur est passé, après des études de philosophie, par HEC, où il continue d'enseigner ? Le travail d'écriture s'est aussi appuyé sur une collaboration avec les petits frères des pauvres, qui fait que même s'il s'agit d'une oeuvre de fiction, elle sonne terriblement juste, jusqu'à son dénuement refusant tout manichéisme ou jugement dans un sens ou dans un autre.

Une subtilité dans l'écriture et le jeu

Pour rendre complètement justice à ce spectacle, il faut noter aussi la qualité de la description des relations personnelles du personnage. Les visites qu'il rend régulièrement à son père sont déchirantes, transformant le jeune cadre au succès insolent en personnage blessé. De même, la superficialité des relations amicales qu'on croît solides comme le roc sont décrites avec une certaine tendresse et un sens de la subtilité. Subtil est le mot qui résume le mieux cette création parisienne. Du jeu des comédiens à l'écriture et à la mise en scène tout dans ce spectacle est le contraire du manichéisme. Cela déroutera peut-être les esprits les plus militants. Il parlera justement au cerveau et au coeur des autres.

L'inversion de la coubre, Théâtre de Belleville, jusqu'au 3 octobre. Lundi et mardi à 21h15 dimache à 20h30

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