[Mouvement social] "Il n’y aura pas de convergence des luttes" pour Bernard Vivier

Jeudi 22 mars, un peu plus du tiers des salariés de la SNCF sont en grève (34,5 %). En revanche, le taux de gréviste est assez faible dans la fonction publique (10,41 %) et  inférieur à la mobilisation du 10 octobre dernier. Ce mouvement peut-il faire tâche d’huile ? Déborder sur le privé et entraver l’ardeur réformatrice du gouvernement ? L’éclairage de Bernard Vivier, directeur de l’Institut du Travail.

 

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[Mouvement social]

L'Usine Nouvelle. - Les salariés de la SNCF se sont mobilisés, dès ce 22 mars, avant même le début de la grève perlée qui débutera le 3 avril. Le gouvernement peut-il tenir ?

Bernard Vivier. - Oui, je le crois. En tous cas, il y a deux points durs sur lesquels il ne lâchera pas : c’est sa volonté de transformer la SNCF en véritable entreprise en sortant de l’EPIC et l’extinction du statut de cheminot pour les nouveaux entrants. Mais tout le reste est négociable. Et la négociation aura lieu. La CGT cheminots a rédigé un document d’une centaine de pages avec des propositions.

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On a pourtant l’impression d’un bras de fer général qui s’annonce très dur ?

La confédération nationale de la CGT et Philippe Martinez sont dans cette posture. D’autant plus que le gouvernement a une tendance à vouloir se passer des corps intermédiaires comme il l’a montré sur la réforme de la formation et de l’assurance-chômage. Ce qui agace. Mais la CGT cheminots travaille et tous les syndicats de la SNCF savent qu’ils ont tout intérêt à ce que la SNCF s’en sorte parce que sinon, ce seront des trains italiens et allemands qui rouleront en France dans deux ans ou trois ans. Et au final, tout cela va se discuter avec les cheminots, pas avec Philippe Martinez.

Pourquoi le gouvernement ne veut-il pas aborder la question de la dette qui inquiète légitimement les cheminots ?

La dette c’est la patate chaude et le gouvernement sait très bien que l’Etat finira par la reprendre toute ou en partie. Même si 46 milliards ce n’est pas rien et qu’il faudra négocier avec Bruxelles car cela va augmenter la dette publique. Mais tout négociateur sait qu’il faut garder de quoi concéder quelques victoires syndicales. J’ai tendance à penser qu’il garde cette carte dans sa poche pour la négociation.

La fonction publique peut-elle s’embraser et entraîner le privé ?

Aujourd’hui, il y a une conjonction de mécontentement, de problèmes à traiter dans la fonction publique mais il n’y aura pas de convergence des luttes. Encore moins avec le privé dont le problème est celui du chômage et du pouvoir d’achat. Je ne crois pas du tout à la grève par procuration comme cela s’est passé en 1995. Les gens ne vont pas descendre dans la rue pour défendre l’emploi à vie des cheminots. D’ailleurs, les enquêtes montrent que les Français sont plutôt d’accord avec les réformes. D’autant plus que la croissance repart et que le sujet pour eux cela va être de récupérer une partie de ses fruits. Pour ceux qui ne sont pas actifs, le gouvernement a déjà lâché du lest en revoyant la hausse de la CSG pour certains retraités.

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