Mory au bord de la faillite

Mory Ducros, devenu MoryGlobal après une mise en redressement judiciaire fin 2013, est à nouveau en grand danger. Les bases de l’entreprise étaient fragiles et le marché de la messagerie française décline.

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Mory au bord de la faillite

MoryGlobal est en cessation de paiement et a demandé au tribunal de commerce de Bobigny l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire.

Le transporteur routier qui avait succédé à Mory Ducros en février 2014 n’a pas réussi à revenir à l’équilibre dans sa nouvelle configuration, avec 2 200 salariés au lieu de 5 000 et 50 agences au lieu de 85 et ce malgré le coup de pouce de l’Etat, qui avait accordé un prêt de 17,5 millions d’euros. La direction de l’entreprise et les responsables syndicaux s’accusent mutuellement d’être responsables de la situation actuelle.

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Erreur de gestion ou la faute à la crise ?

Pour la CGT, Arcole Industries est le seul responsable de la faillite, quand la CFDT accuse le PDG d’Arcole d’erreurs de gestion. La direction pointe du doigt la non signature du plan social par les syndicats "qui a pour conséquence la réintégration de plus de deux cents salariés protégés et créée un climat d’incertitude sur la reprise."

Pour d’anciens cadres de l’entreprise, le plan de reprise aurait pu fonctionner si la direction avait pu choisir le personnel qu’elle souhaitait conserver, au lieu de respecter les habituelles contraintes en privilégiant les salariés ayant le plus d’ancienneté ou ayant une charge de famille. Au-delà de ces querelles, Mory souffre de deux maux, interne et externe."La fusion entre Mory et Ducros était très ambitieuse, souligne Melchior de Bary, directeur du pôle Supply Chain de Karistem Corporate Consulting. Ces deux entités s'étaient historiquement construites en regroupant des entreprises plus petites, spécialisées techniquement ou géographiquement. Fusionner deux réseaux de ce type était donc très compliqué."

A cela s’ajoute un contexte économique difficile, avec une baisse des volumes de la messagerie qui provoque une diminution des tarifs. "Dans ce type d’activité, les coûts fixes sont importants, souligne Melchior de Bary, ce qui pousse à une course au volume. Les entreprises qui rencontrent des difficultés peuvent être tentées de sacrifier leurs marges pour sauvegarder les volumes".

L’express et la messagerie, deux métiers très différents

Aujourd’hui, le succès des ventes sur internet provoque une hausse des volumes de l’express. "L’express et la messageire sont des métiers très différents. Livrer chez les particuliers est très compliqué. Certaines entreprises de messagerie s’y sont essayées, mais les coûts sont très élevés si l’on ne dispose pas d’un réseau dimensionné pour ce type de livraison", précise-t-on chez le cabinet de conseil en stratégie.

La situation de MoryGlobal est donc très difficile et l’entreprise sombre dans une spirale infernale. Certains clients craignent un défaut de livraison et préfèrent choisir un autre transporteur, les salariés doutent et perdent en performance. Et avec la baisse des volumes, le seuil de rentabilité s’éloigne.

Dans un contexte d’offre supérieure à la demande, la disparition d’un transporteur aurait l’avantage d’assainir le marché. Le propos est politiquement incorrect, mais il est dans de nombreuses têtes, même s’il n’est pas exprimé de manière aussi abrupte.

Patrice Desmedt

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