[Mondial de l'Auto] Cinq questions sur les expérimentations de véhicules autonomes en France

Alors que le Mondial de l’automobile bat son plein, les expérimentations de véhicules sans conducteur se multiplient en France, y compris dans le cœur de Paris. Ce n’est qu’un début : la réglementation doit être assouplie à partir du 1er janvier 2019. Etat des lieux.

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[Mondial de l'Auto] Cinq questions sur les expérimentations de véhicules autonomes en France
Transdev et Renault testent trois lignes de véhicules autonomes à la demande à Rouen.

C’est un symbole fort : la voiture autonome circule désormais au cœur de Paris ! Valeo réussit cette prouesse pendant le Mondial de Paris avec son prototype Drive4You, qui roule au milieu de la circulation, aux côtés des piétons, vélos... Ce n’est pas seulement un coup de com’ : depuis 2016, les expérimentations de véhicules sans conducteur se multiplient en France, avec des objectifs variés.

L’Usine Nouvelle fait le point sur ces tests, amenés à changer d’échelle dans les prochains mois.

Qui fournit les autorisations ?

Le ministère des Transports délivre les autorisations temporaires (dites "W Garage"), pour une durée de deux ans, après avis du Ministère de l’intérieur, des gestionnaires de voiries et autorités régulatrices de transport de la zone concernée. Les postulants doivent répondre à une soixantaine de questions et fournir de nombreuses garanties pour obtenir le feu vert et avoir le droit de rouler avec des véhicules à délégation de conduite, mais toujours sous la supervision d’un conducteur, qui doit pouvoir reprendre le contrôle à tout moment.

Ces permis peuvent être modifiés en cours de route : la durée de validité, le périmètre géographique ou le nombre de véhicules concernés par l’expérimentation peuvent évoluer.

Les testeurs doivent équiper leurs véhicules de boites noires (dont les données sont conservées en cas d’accident) et fournir des comptes-rendus détaillés aux autorités. Les conducteurs de secours doivent avoir reçu une formation appropriée.

Quels types de tests sont menés ?

Ils sont de trois types. Des tests permettant de mettre au point les technologies-clés du véhicule autonome (logiciels, capteurs, cartographie…) ou de l’infrastructure routière communicante, des expérimentations permettant d’évaluer les futurs usages, et des démonstrations pour sensibiliser le grand public ou les entreprises. Le tout sur routes à voies séparées, zones mixtes et centres-villes, au milieu de la circulation ou sur des voies dédiées, pour des tests ponctuels (à l’occasion de grands événements) ou réguliers.

Qui mène ces expérimentations ?

Les constructeurs automobiles français sont logiquement ceux qui ont parcouru le plus de kilomètres en mode autonome avec leurs prototypes. PSA revendique le leadership : il est le premier à avoir obtenu le feu vert des autorités en juillet 2015 et sa dizaine de démonstrateurs a parcouru 180 000 km. Renault suit, avec une flotte d’Espace et de Talisman modifiés, qui circulent notamment en région parisienne, et sur l’A13, en Normandie. Son demo car Symbioz a aussi parcouru une dizaine de milliers de kilomètres. Renault ne souhaite pas communiquer le nombre précis de kilomètres parcourus par ses véhicules.

Les équipementiers Valeo et Bosch mettent aussi au point leurs technologies sur routes ouvertes et sur circuits. Le Français dit avoir parcouru 80 000 km en tests en milieu urbain, péri-urbain, sur autoroute et sur circuits (Amiens, Mortefontaine), avec des niveaux d'autonomie allant des niveaux 2 à 4. L’Allemand, lui, concentre ses tests sur le circuit de Juvincourt, près de Reims, et reste discret sur l’ampleur de ses programmes de tests.

Les opérateurs de transports multiplient aussi les tests à petite échelle : la RATP (bois de Vincennes), Keolis (parvis de La Défense, aéroport Charles de Gaulle, quartier de la Confluence à Lyon), Transdev (centrale nucléaire de Civaux) affûtent leurs armes. La SNCF devrait mener de premières expérimentations en 2019.

Les fabricants spécialisés Navya et Easymile mènent deux types de tests : la mise au point de leurs véhicules, sur leurs bases de Toulouse-Francazal et Lyon, et la collaboration avec des collectivités privées et sociétés pour des cas d’usages ciblés (sur le site Renault Truck à Saint-Priest, par exemple, ou la centrale EDF de Gravelines).

Enfin, des expérimentations sont menées dans le cas de projets de recherche, et rassemblent plusieurs acteurs. L’institut Vedecom fait rouler une Renault Zoe autonome dans le quartier de Satory à Versailles (Yvelines), par exemple. Un projet regroupant Vedecom et SystemX sera lancé fin 2018 sur le plateau de Saclay. A Rouen, le projet Autonomous lab, qui fait rouler des Zoe autonomes sur routes ouvertes, fédère un constructeur (Renault, un opérateur de transports (Transdev) et un assureur (Matmut), sous l’égide de la métropole.

Quel est le bilan chiffré ?

De fin 2014 au 30 septembre 2018, 70 décisions d’autorisation de délivrance exceptionnelle de certificats d’immatriculation "W garage" ont été prises, dont 23 au cours de l’année 2017 et 20 depuis le début de l’année 2018.

Parmi ces décisions, 31 concernent des voitures particulières (dont 14 en milieu urbain complexe), 20 des navettes urbaines.

Selon le ministère des Transports, plus de 200 000 km cumulés ont été parcourus par les différents véhicules des expérimentateurs entre 2015 et le début d’année 2018, uniquement sur autoroutes. C’est très peu, comparé par exemple aux 10 millions de miles (16 millions de kilomètres) engloutis par les véhicules autonomes de Waymo (filiale de Google). Mais les acteurs français mènent des tests ailleurs qu’en France : Renault profite de la puissance de son alliance avec Nissan et Mitsubishi, et la navette Navly de Navya est testée dans de grandes villes à l’étranger. Mi-20187, 89 Autonom Shuttle de Navya avaient été vendues à travers le monde.

Comment la réglementation va-t-elle évoluer ?

Jusqu’en 2018, en l’absence de cadre réglementaire clair (seule une ordonnance de 2016 définissait les contours des tests), des dérogations étaient accordées par le ministère des Transports au cas par cas. Après la mission Véhicule automatisé menée par Anne-Marie Idrac, la réglementation va évoluer début 2019 pour permettre des tests à de plus grands niveaux d’autonomie. Un décret a été publié en mars 2018, et un article de la Loi Pacte a été adopté le 3 octobre à l’Assemblée.

Les conducteur de secours pourront désormais se trouver à l’extérieur des véhicules testés : une supervision et reprise de contrôle à distance seront possibles, facilitant les tests de véhicules autonomes de niveaux 4 et 5. Le texte définit aussi le régime de responsabilité en cas d’accident : le titulaire de l’autorisation, et non le "conducteur" sera responsable en cas d’accident pendant les phases de conduite déléguée… Mais le conducteur sera à nouveau responsable "dès que le système de délégation de conduite lui demandera de reprendre le contrôle le véhicule" dans avec un délai de réaction à définir dans chaque cas. Après le 1er janvier 2019, les certificats "WW Garage" seront remplacés par des certificats "WW DPTC" (pour "délégation partielle ou totale de conduite").

SA, avec Cédric Soares et Simon Chodorge

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