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Michelin envisage d'autres accords de compétitivité

Cécile Maillard ,

Publié le

La direction de Michelin, convaincue par la démarche des accords de compétitivité, entend poursuivre leur signature dans ses différents sites. En tirant les enseignements des trois accords déjà signés, et en jonglant avec les impératifs de production.

Michelin envisage d'autres accords de compétitivité
Le premier accord de compétitivité de Michelin a été signé à Roanne, dans la Loire, où il a porté ses fruits.
© Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

"La compétitivité industrielle sera discutée dans tous les sites français, affirme le DRH France de Michelin, Jean-Paul Chiocchetti. En tenant compte du meilleur timing pour chacun d’eux." En France, Michelin a signé ces dernières années trois accords de compétitivité avec ses organisations syndicales, à Roanne (Loire) en mai 2015, à La Roche-sur-Yon (Vendée) et à Vannes (Morbihan) en 2016.

Baptisés "Pactes d’avenir", ils mettent en place la meilleure organisation du travail possible pour répondre aux attentes du marché. Les salariés font des efforts, notamment sur l’organisation du travail, en échange la direction s’engage sur des investissements, donc a priori sur l’avenir du site et de ses emplois. Une révolution chez Michelin, où le dialogue social a longtemps été difficile.

A Roanne, l’accord a quasiment sauvé l’usine d’une disparition programmée, et sa reconversion vers le pneu haut de gamme est en passe de réussir. A Vannes, la mise en œuvre de l’accord se passe également très bien. En revanche, à La Roche-sur-Yon, qui produit des pneus poids lourds, des difficultés sont apparues. L’accord a dû être révisé et ses ambitions revues à la baisse. D’une part le marché européen du pneu poids lourds a souffert et les volumes envisagés n’ont pas été atteints ; d’autre part, les recrutements ont été difficiles, dans cette zone de quasi plein emploi. Et la formation des nombreux nouveaux arrivants a ralenti la production. Du coup, les investissements promis n’ont pas tous été réalisés, les embauches ont été gelées et le travail du week-end nouvellement mis en place, annulé.

 

Des objectifs revus A La Roche-sur-Yon

"La direction reproche au site de ne pas être aux attendus de la rentabilité, mais c’est compliqué d’être rentable avec deux fois moins de volume… ", souligne Jean-Christophe Laourde, délégué syndical central de la CFE-CGC. Le syndicaliste estime que la direction a voulu aller trop vite : "la barre était trop haute pour le site et les attentes trop rapides". Côté direction, on estime que la pause commence à porter ses fruits : "les indicateurs repassent dans le vert, on a stabilisé les indices qualité, les indicateurs d’absentéisme sont bons pour la première fois depuis deux ans et demi", note Jean-Paul Chiocchetti. Qui souligne que "le corps social a répondu présent, les salariés ont fait des efforts qui paient".

Il envisage de négocier des Pactes d’avenir dans d’autres sites, pas forcément dans ceux en difficulté. Celui de La Chapelle-Saint-Luc, près de Troyes (Aube), produit des pneus agricoles et mériterait un Pacte d’avenir. "Mais ces négociations prennent du temps, alors que le site doit faire face à une urgence : trouver une organisation du travail qui lui permette de répondre à une augmentation substantielle des volumes et aux amplitudes du marché", note Jean-Paul Chiocchetti. Partenaires sociaux et direction vont donc commencer par négocier un accord sur l’organisation du travail, qui posera les fondements d’une future négociation plus large. Jean-Christophe Laourde estime lui aussi que Troyes pourrait être le prochain site à négocier un Pacte d’avenir. "Les mutations du marché agricole peuvent l’amener à modifier ses activités", analyse le syndicaliste.

De même, au Puy-en-Velay (Haute-Loire), le site fonctionne à plein, la négociation d’un Pacte d’avenir le ralentirait, estime le DRH. Il songe aussi au site d’Avallon (Yonne), celui de la filiale de rechapage Pneu Laurent, qui a besoin d’être plus compétitif. "Mais ce n’est pas urgent", indique-t-il.

 

Aller plus loin

En quelques années, Michelin a spécialisé ses sites, ce qui rend les négociations plus fluides. "Les gens sont à même de comprendre les besoins spécifiques des clients, et les directions de proposer des réponses qui tiennent compte des habitudes locales", souligne le DRH. A La Roche-sur-Yon, le travail du week-end s’était heurté à la tradition des salariés, très forte, de participer au spectacle du Puy-du-Fou...

Direction et syndicats ont appris à travailler ensemble. Le DRH souhaite appliquer la démarche de dialogue social des Pactes d’avenir à la marche courante de l’entreprise. Il a par exemple été décidé d’aller plus loin sur le partage de la stratégie et des résultats du groupe avec les partenaires sociaux. "Tout mettre sur la table, c’est puissant, note le DRH. On ne peut pas réussir à mener des changements aussi profonds, avec de bons résultats, si on n’emmène pas avec nous le corps social. Il doit comprendre que ces transformations ne visent pas à enrichir les actionnaires, mais à assurer la pérennité de l’entreprise."

Les prochaines négociations d’accords de compétitivité devront s’adapter à une importante nouveauté: depuis le 1er mai 2018, tous les accords d’entreprise doivent être majoritaires, recueillir la signature de syndicats ayant obtenu la majorité des voix aux élections professionnelles. "On rentre dans la négociation avec un autre état d’esprit… ", commente le DRH France de Michelin. Si le challenge de la direction est de trouver un accord avec des syndicats aux attentes différentes, ces derniers se retrouvent face à la responsabilité de faire capoter un accord. Jusqu’ici, quand une organisation refusait de valider un accord, elle ne faisait pas pour autant jouer son droit d’opposition. Quelle sera son attitude à l’avenir?

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