Mic-Mac fromager sur l'accord de libre-échange avec le Canada

Les fabricants de fromage européens ont obtenu dans le cadre de l’accord de libre-échange une hausse des quotas d’importation vers le Canada. Mais les retombées pourraient être limitées

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Mic-Mac fromager sur l'accord de libre-échange avec le Canada

Sur le papier, ils font partie des grands gagnants du CETA, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, qui vient d’entrer en vigueur le 21 septembre. Dans le secteur agroalimentaire, l’Europe a obtenu un plus grand accès pour ses fromages au marché canadien, en contrepartie d’une hausse des quotas de viande bovine sur son propre marché.

Alors que l’Europe pouvait jusqu’à présent vendre 17 000 tonnes de fromages par an vers le Canada, les quotas d’exportations vont être progressivement relevés à 18 500 tonnes supplémentaires d’ici sept ans. Une aubaine a priori pour les producteurs français, qui trustent déjà 40 % des quotas existants. L’an dernier, les ventes de fromages français ont ainsi représenté 34 millions d’euros de ventes au Canada. Leur atout ? "Le prix du lait est près de deux fois plus cher au Canada donc les produits européens sont bien plus compétitifs", relève Gérard Calbrix, le chef économiste de l’ATLA, l’association de la transformation laitière, "mais le problème est de réussir à obtenir des quotas d’exportation", souligne-t-il.

Un système de distribution des quotas complexe

De fait, les producteurs européens s’inquiètent de ne pas pouvoir profiter totalement des nouveaux quotas. Pour calmer la grogne de ses propres producteurs – les quotas représentent 4 % du marché de fromages à termes mais 32 % des fromages fins, le Canada a mis en place une répartition complexe et réservé la moitié des nouvelles licences d’importation, attribuées le 8 octobre, à ses producteurs locaux – dont des PME - et le reste à des distributeurs. Pas de quoi faire les affaires des exportateurs européens. Les fabricants canadiens peuvent choisir de ne pas utiliser volontairement leurs quotas. Ou faire monter les enchères. " Il y a un grand marché des licences. Les fabricants canadiens revendent les quotas obtenus gratuitement aux fabricants européens. C’est une façon de capter une partie de la marge", reprend l’association des producteurs français.

Un petit tour de passe-passe qui passe mal. En juillet, la question de la répartition des quotas de fromage ont obligé le Canada et l’Union européenne a repoussé l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange de quelques semaines. "Si au final on s’aperçoit que le système ne permet pas aux européens d’exporter, le sujet pourra être examiné dans les comités prévus pour suivre la mise en œuvre de l’accord ", démine un expert de la Commission européenne.

Des bénéficiaires surtout chez les grands groupes

Les principaux gagnants au final devraient être les grands groupes industriels. Notamment Lactalis, qui peut jouer sur les deux tableaux. Parmalat, détenu par le groupe français, fait partie des quatre principaux producteurs au Canada, avec Kraft, Agropur et Saputo. Et dispose à ce titre de quotas. Pour les petits fabricants de fromages AOC, l’entrée en vigueur du CETA n’a pas provoqué d’effervescence. "Nous ne pouvons de toute façon pas augmenter notre production rapidement. La victoire pour nous est surtout politique, avec enfin la reconnaissance des indications géographiques protégées", reconnaît Claude Vermot-Desroches, le président du comité interprofessionnel du Comté.

D’autres PME sont plus à l’affût. La PME Skware, spécialisée dans les solutions de stockage, vient d’adapter sa communication pour ses clients canadiens. "Plus d’importations de fromage, cela veut dire plus de besoins en stockage ", se frotte-t-elle les mains. D’autant que le gouvernement canadien vient de débloquer 250 millions d’aide à la modernisation des équipements de ses producteurs locaux en sus. Une véritable aubaine.

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