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Maroc : le FMI prévoit 4,4% de croissance en 2015, puis 5% en 2016

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Le FMI a achevé sa dernière mission d'analyse de l'économie marocaine. Le Fonds table sur une amélioration de la croissance les années à venir et une réduction du déficit budgétaire. Mais pointe le problème du chômage et la faible inclusion de la population sur le marché du travail. Il conseille des nouvelles réformes de structures et une flexibilité accrue du taux de change.

Maroc : le FMI prévoit 4,4% de croissance en 2015, puis 5% en 2016
A Jouarhi (gouverneur de Bank al-Maghrib), C. Lagarde (FMI) et M. Boussaid (ministre de l'Economie) lors d'une rencontre au Maroc en mai 2014.

Le FMI vient de publier ce 23 février l’état de santé de l’économie marocaine. Cet état intervient dans le cadre de la fin de la procédure dite " article IV" ce 6 février, en clair la revue périodique des économies des Etats membres.

Résultats ? Selon l’Institution de Washington, le royaume devrait connaitre un croissance de 4,4% en 2015 puis 5% en 2016, après la médiocre performance de l'an dernier (2,9%), plombée par une mauvaise année agricole.

Selon le texte du FMI la croissance va donc "rester robuste à moyen terme à mesure que la demande extérieure et la confiance intérieure se redresseront".  De même, selon lui l'’inflation reste maitrisée (2% en 2015) et le secteur financier demeure solide (voir encadré).

A noter que le Maroc a bâti fin 2014 sa loi de finance 2015 sur une hypothèse de 4,4% de croissance !

Comme lors des revues précédentes, le Fonds dirigé par Christine Lagarde porte un regard plutôt positif sur l’économie du Maroc qui a "considérablement avancé sur le maintien de la stabilité macroéconomique dans un environnement difficile". Une douce musique, sans doute, aux oreilles du gouvernement mené par le leader du parti islamiste modéré PJD Abdelilah Benkirane et son ministre de l'Economie Mohamed Boussaid.

L'analyse s'effectue aussi dans le cadre de l'octroi d'une "Ligne de précaution et de liquidité" (LPL ou ou PLL en anglais) au Maroc par le fonds. Celle-ci qui s'élève à 5 milliards de dollars est une sorte d'assurance en cas de choc macro-économique imprévu. Elle a été renouvelée en juillet 2014 pour deux ans. 

point faible du royaume

Selon les estimations du Fonds, le déficit courant des échanges, éternel point faible du royaume, aurait été réduit en 2014 aux alentours de 5,8 % du PIB (pour rappel il était de près de 10% en 2012) "grâce à la forte montée des exportations des industries nouvellement développées et au repli des cours internationaux du pétrole. Les réserves internationales ont dépassé cinq mois d’importations". Ce déficit courant devrait encore se réduire à 3,3% du PIB cette année 2015.

Mais le déficit commercial des marchandises stricto-sensu, reflétant une faible compétitivité relative internationale du Maroc pointera à encore près de 15% du PIB jusqu'en 2017.

Le taux d'investissement global de l'économie restera, selon le Fonds, à un niveau élevé de 34% du PIB ces prochaines années.

Le déficit public serait lui en repli cette année à 4,3% du PIB contre 4,9% l’an dernier. Il continuerait à se réduire en 2016 de -3,5%. En la matière, les administrateurs du Fonds "félicitent les autorités de la réduction impressionnante des subventions, et notamment de la suppression des subventions à tous les produits pétroliers liquides", une conséquence de la réforme de la Caisse de compensation.

"Afin, relève la note du FMI, d’atténuer davantage les vulnérabilités budgétaires et de créer une marge de manœuvre pour financer les investissements propices à la croissance et les dépenses sociales dont le pays a tant besoin, les administrateurs encouragent les autorités à rationaliser et à mieux cibler les subventions qui subsistent, pour réduire ainsi les coûts budgétaires, tout en protégeant les populations les plus vulnérables".

Supervision bancaire au menu
Dans sa note le FMI salue "les efforts déployés par Bank Al-Maghrib (BAM) pour renforcer le dispositif de supervision et de réglementation financières et veiller à la solidité du secteur financier". Et félicite ainsi la banque centrale "de sa démarche volontariste pour répondre aux défis notamment de supervision liés à l’expansion internationale des banques marocaines". Selon le Fonds il convient que la loi sur la banque centrale qui doit être prochainement adoptée soit "de nature à renforcer les capacités de BAM en matière de supervision et de résolution des crises."

améliorer le climat des affaires

Parmi les autres chantiers à venir, les administrateurs du Fonds soulignent que "les réformes structurelles demeurent cruciales pour réduire le chômage, diversifier l’économie et promouvoir une croissance plus forte et plus inclusive, notamment en améliorant le climat des affaires et en renforçant la compétitivité. Ils engagent les autorités à agir davantage pour améliorer la transparence et la gouvernance, alléger les procédures administratives et combattre la corruption. La poursuite des efforts destinés à réformer le marché du travail, à accroître l’efficience de la dépense en éducation et en formation professionnelle et à renforcer la participation de la femme au marché du travail continuera d’être importante". Pour mémoire en 2014, le taux de chômage officiel a frôlé les 10% en hausse de 8%.

Il s’agit aussi de "poursuivre le rééquilibrage budgétaire afin d’orienter fermement la dette sur une trajectoire descendante et de corriger les vulnérabilités liées aux amples besoins de financement public et extérieur".

Autre conseil du Fonds "accélerer l’entrée en vigueur de [la loi organique des finances] en temps opportun, une fois que les observations formulées par la Conseil constitutionnel auront été incorporées". De même "il est urgent de réformer le système des retraites et (...)  nécessaire de réformer davantage le système fiscal".

"la politique monétaire est appropriée"

Comme lors des revues précédentes s’il convient que "la politique monétaire est appropriée", le FMI appuie pour une "transition vers un régime de change plus souple, en coordination avec les autres politiques macroéconomiques, car cela encouragerait la diversification des échanges commerciaux et financiers tout en contribuant à préserver la compétitivité et à mieux protéger l’économie contre les chocs".

Pour rappel, le taux de change actuel du dirham, quasi fixe, est basé pour environ 80% sur l'euro, situation qui fait débat.

Quant à la politique monétaire de Bank al-Maghrib (BAM), la banque centrale a abaissé le 16 décembre 2014 son principal taux directeur de 0,25 point de base pour le porter à 2,5%. Alors que la précédente baisse d'un même niveau remontait à mi-septembre seulement. Objectif de ces deux assouplissements monétaires successifs impulsé par le wali (gouverneur) de BAM Abdellatif Jouahri : soutenir la reprise de la croissance et la relance du crédit aux PME notamment.

UM

 

Les prévisions du FMI pour le Maroc 

"Indispensable de poursuivre les réformes"
Dans un entretien accordé au Bulletin du FMI, le chef de mission du FMI pour le Maroc, Jean-François Dauphin vient de livrer quelques unes de ces conclusions pour le royaume. Verbatim

Bulletin du FMI : quels sont les grands dossiers économiques que le Maroc doit encore traiter ?
Jean-François Dauphin : Les autorités marocaines ont déployé de louables efforts pour maintenir la stabilité macroéconomique en dépit d’une conjoncture extérieure difficile. Mais, au vu des risques (...), il sera essentiel de poursuivre fermement les réformes pour consolider les acquis de la stabilité macroéconomique. Malgré les progrès accomplis au cours de la dernière décennie, il faut redoubler d’efforts pour promouvoir une croissance plus forte et inclusive en réduisant le chômage et l’incidence de la pauvreté.
Il est nécessaire de réduire encore le déficit budgétaire pour placer fermement la dette publique sur une trajectoire descendante. Et la réforme des retraites, dont la mise en œuvre a été délicate, devient de plus en plus urgente. Il est indispensable de poursuivre les réformes visant à renforcer la compétitivité de l’économie en améliorant davantage le climat des affaires, en favorisant l’accès des ménages et des PME au crédit, en améliorant la gouvernance et la transparence et en investissant dans les infrastructures et l’éducation. L’assouplissement du régime de change aiderait en outre l’économie à mieux absorber les chocs et à promouvoir la diversification des flux économiques et financiers. Il importe en outre de veiller à ce que le fonctionnement du marché du travail favorise la création d’emplois dans le secteur privé. Le programme de réformes des autorités vise à relever ces défis. Pour sa part, en sus de la ligne de liquidité, le FMI continue à fournir au Maroc conseils et assistance technique, afin de l’aider à assurer la stabilité économique et la progression du niveau de vie.

Source : Bulletin du FMI 02/2015

 

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