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Mais quelle mouche a donc piqué Force ouvrière?

Cécile Maillard ,

Publié le

Le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, se montre particulièrement ouvert à l'égard d'Emmanuel Macron et de son nouveau gouvernement. Son organisation syndicale a elle aussi l'intention de profiter du vent politique nouveau pour se repositionner en syndicat plus réformiste que contestataire.

Mais quelle mouche a donc piqué Force ouvrière? © D.R.

Les ordonnances pour réformer le droit du travail ? Jean-Claude Mailly n’est pas choqué, si le contenu des textes lui convient. Une ancienne DRH de Danone, un groupe du CAC 40, nommée ministre du Travail ?  Il salue le sens du dialogue social de Muriel Pénicaud. Elle choisit un ancien cadre du Medef, Antoine Foucher, comme directeur de cabinet ? "Demandez-lui pourquoi il est parti du Medef… " commente le secrétaire général de Force ouvrière, qui le dépeint comme quelqu’un "qui aime la négociation collective". Même le conseiller social du président de la République ne le fait pas sortir de ses gonds, alors que Pierre-André Imbert a largement écrit la loi El Khomry, quand il dirigeait le cabinet de la ministre.

Mais quelle mouche a donc piqué Jean-Claude Mailly ? Le secrétaire général de Force ouvrière répète sur toutes les ondes qu’il veut "laisser une chance" au nouveau président, qu’il refuse d’être "suspicieux", qu’il "attend de voir"… L’an dernier, on l’a pourtant vu en première ligne de la lutte contre la loi Travail, aux côtés d’une CGT très contestataire. "Si l’exécutif précédent avait voulu discuter sur la loi travail, nous n’aurions pas été aussi revendicatifs", commente sur FranceInfo celui qui, dans une tribune, se revendique réformiste, mais pas réformateur. Pour Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail, "FO a été poussée vers la CGT, involontairement, par un gouvernement Valls/El Khomry qui a tout misé sur la CFDT et négligé FO ; or les relations entre FO et CFDT ont toujours été très mauvaises… "

Retrouver une place d'interlocuteur écouté

Derrière l'attitude ouverte de FO, Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’université de Bourgogne, perçoit une volonté de tenir compte du besoin de renouveau exprimé lors de l’élection présidentielle. "Il s’agit pour FO de faire preuve d’ouverture et de ne pas s’enfermer dans un rôle oppositionnel que l’opinion percevrait comme négatif dans le contexte actuel, qui cherche à ouvrir de nouvelles perspectives, analyse l’universitaire. On pourrait dire que FO entend aussi tirer pour elle-même les marrons du feu du changement… Il importe surtout de ne pas apparaître figé. Une nouvelle pièce est en train de se jouer et FO entend faire partie de la nouvelle distribution. Il s’agit de démontrer une certaine intelligence de la situation."

Depuis septembre 2016 et la fin des manifestations, "FO est disponible sur le marché pour de nouvelles offres", poursuit Bernard Vivier. "En s’affichant prêt à la négociation, Mailly renoue avec une pratique plus réformiste qu’on ne le pense généralement, de son organisation syndicale, qui négocie beaucoup dans les entreprises." Force ouvrière souhaite donc retrouver une place de choix parmi les interlocuteurs de l’exécutif, place que la CFDT a trop longtemps occupée seule. Jean-Claude Mailly le dit d’ailleurs clairement dans une interview aux Echos, le 21 mai, en s’adressant au gouvernement : "ayez des relations équilibrées avec les principales organisations syndicales, n’ayez pas d’interlocuteur privilégié, ça finit toujours mal". A-t-il été écouté ? Muriel Pénicaud vient de recruter pour son cabinet un ancien cadre de FO, Stéphane Lardy, qui sera en charge de la formation professionnelle. Officiellement, il n’est plus chez Force ouvrière, qui n’a pas pour habitude de nourrir les cabinets ministériels. Mais nul ne doute que ce très bon juriste, négociateur né, saura porter quelques-unes des positions de son ancien syndicat.

FO doit exister aux côtés de la CFDT, mais aussi se démarquer de la CGT. La contestation de la loi El Khomri a échoué, puisque la loi a été votée. "La direction de FO n’a donc pas forcément l’intention de poursuivre sur une voie contestataire", analyse Guy Groux, chercheur associé au Cevipof (lire son interview ici). Pour Dominique Andolfatto, "FO entend se distinguer de la CGT et de la CFDT, d’une part en refusant de se laisser enfermer dans un syndicalisme de pure contestation incarné par la CGT ou par SUD, d’autre part en incarnant une indépendance à l’égard de tout pouvoir, économique ou politique, et elle estime la CFDT moins indépendante qu’elle."

Etre écoutée sur le paritarisme

Force ouvrière a d’autant plus besoin d’être considérée comme un interlocuteur de premier plan que certaines réformes à venir concernent des sujets qui lui tiennent à cœur. Au premier rang desquels, le paritarisme. Or Emmanuel Macron souhaite y mettre fin, à la fois pour la gestion de l’assurance chômage et pour celle de la formation professionnelle. "Le calcul de Mailly est d’éduquer Macron, grand centralisateur, grand étatiste, pour qu’il fasse confiance au paritarisme", estime Bernard Vivier. Sur l’assurance chômage, le président a déjà rassuré ses interlocuteurs, en leur affirmant que les partenaires sociaux auraient toute leur place, aux côtés de l’Etat. Autre point sur lequel Force ouvrière se battra : la primauté donnée aux accords d’entreprise ne doit pas se faire au détriment des branches professionnelles.

Dominique Andolfatto perçoit un autre enjeu, dans la nouvelle attitude de FO : "En se montrant ouverte au dialogue, FO entend non seulement montrer qu’elle peut être un acteur incontournable dans la perspective d’accords, mais elle peut escompter aussi que le gouvernement sera davantage attentif à ses positions et revendications s’agissant de la fonction publique, où elle conserve ses plus solides positions".

Reste à savoir si Emmanuel Macron saura utiliser cette main tendue et ce que deviendra cette nouvelle ligne. En 2018, Jean-Claude Mailly passera la main à Pascal Pavageau, actuel secrétaire confédéral chargé des questions économiques. "Il n’entend pas laisser en héritage une organisation syndicale qui aurait définitivement fait le choix de la contestation, conclut Dominique Andolfatto. FO doit rester un interlocuteur crédible, un interlocuteur effectif, un acteur de la négociation. C’est être fidèle à un positionnement qui remonte aux origines de la confédération."

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