Louis Gallois : "On ne transfère pas 40 milliards sans une grande réforme fiscale"

La Fabrique (Think tank de l’industrie), présidé par Louis Gallois, tenait hier une première conférence débat autour du livre de Patrick Artus "La France sans ses usines". Pour tous les participants, la situation est grave et il faut réagir d’urgence. Cela tombe bien, les débats de la présidentielle ont mis la question de la réindustrialisation au cœur des débats.  

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Louis Gallois :

La Fabrique (Think tank de l’industrie), présidé par Louis Gallois, tenait hier une première conférence débat autour du livre de Patrick Artus "La France sans ses usines". Pour tous les participants, la situation est grave et il faut réagir d’urgence. Cela tombe bien, les débats de la présidentielle ont mis la question de la réindustrialisation au cœur des débats.

Patrick Artus s’avoue lui-même surpris : lorsqu’il a entrepris la rédaction de son livre, le sujet des usines étaient à contre-courant, aujourd’hui il est carrément tendance puisqu’il est porté par la plupart des candidats à la présidentielle de 2012. Les nombreux participants de la salle, (industriels, patrons de fédérations, secrétaire de syndicats de salariés de branche…) et Louis Gallois, président de la Fabrique, se réjouissent tous que les responsables politiques nationaux se penchent sur la question mais ils savent qu’il y a urgence.

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Car le diagnostic de Patrick Artus est sans appel, la situation est grave. "Dans une zone monétaire commune, il est normal qu’il y ait des différences d’industrialisation entre les différents pays avec une part plus faible pour les périphériques, mais depuis 1998, la France a subi une perte extrêmement brutale qui est anormale compte-tenu de sa centralité, de la qualité de ses infrastructures, de ses compétences en matière de recherche et d’ingénierie…" Depuis 1998 : -32 % d’emplois industriels, un nombre d’entreprises exportatrices qui s’écroule (90 000 versus 240 000 en Allemagne ou en Italie) et un taux de marge des entreprises françaises qui baisse de 15 % alors que les allemandes ont gagné 5 %.

Quelles réponses ? Les politiques publiques, en particulier fiscales et sociales sont les premières incriminées. Pour Jean-Michel Charpin, ancien directeur général de l’INSEE, la France, pour résoudre son problème de chômage "est allé trop loin dans le soutien d’emplois peu qualifiés : allègement de charges sur les bas salaires, qui profitent plus aux services qu’à l’industrie, TVA sur la restauration … est ce qu’il ne faut pas revoir cette politique qui favorise les emplois non délocalisables au détriment de ceux qui y sont exposé ? " En gros comme, il faut payer ce soutien, la compétitivité des autres secteurs, en particulier industriels est entamée.

Le consensus se noue aussi autour de l’idée que l’un des problèmes principaux de l’industrie française est le positionnement trop moyen de gamme de ses produits. C’est l’industriel ou plutôt "l’industrielle" de la table ronde qui met les pieds dans le plat en renvoyant les chefs d’entreprise à leur responsabilité. Christel Bories, ex-patronne de Constellium, une entreprise de produits en aluminium, évacue la question du coût du travail "Il faut travailler sur les coûts mais pas seulement. Dans l’industrie nous avons le même niveau de salaire que l’Allemagne. La seule manière de reconstituer les marges c’est de monter les prix. Et pour cela il faut monter en gamme. Et cela ne passe pas seulement par des technologies issues du CNRS. Sur des produits très banalisés, avec des alliages simples, offrir une livraison en 48 heures chronos, de petites séries, cela crée assez de différenciation pour vendre plus cher. Et avec un taux de marge qui évolue de 3 à 8 %, on passe du stade où l’on vivote à celui où on est plus confortable, pour envisager des investissements."

Patrick Pelata de Renault-Nissan, qui a passé de sales heures dans le bureau du ministre de l’industrie pour manque de patriotisme industriel, n’est pas prêt à lâcher sur le coût du travail, il défend certaines délocalisations pour rester compétitif. "D’ailleurs la Porsche Cayenne, est-elle allemande, non, elle est slovaque. Il faut pouvoir délocaliser une partie si on veut garder de la valeur ajoutée en France. Nous avons fait le bilan sur la Twingo et même la Logan, il est positif pour la France, même si les produits ne sont pas assemblés sur place. Et comment faire quand nous avons les charges les plus élevées d’Europe, peut-être même du monde." Pour l’ancien N° 2 de Renault, le ministre de l’industrie est encore un sous-ministre en France, qui a du mal à impulser un environnement favorable.

Pour Patrick Artus, "il y a une forme de cercle vicieux, le poids de la protection sociale, pèsent sur les marges qui s’érodent, qui pèsent sur l’investissement des entreprises, qui pèsent sur leur montée en gamme". L’économiste défavorable à la TVA sociale propose de basculer une partie des charges sur la CSG qui touche aussi les revenus du capital et des retraités. "Mais il faut accepter de faire payer les riches et les vieux." Pas facile pour les politiques, quand on sait que ce sont eux qui se rendent le plus facilement aux urnes. Christel Bories qui veut décidément tout résoudre au sein de l’entreprise prône une meilleure qualité du dialogue social. "Dans nos sites Allemands, avec IG Metall, on réfléchit d’abord à comment on va faire grossir le gâteau et après, les syndicats se battent pour avoir leur part. C’est très difficile en France."

Dans la salle, un industriel de la plasturgie, intervient pour prôner, une légère dose de protectionnisme raisonné : "nos PME sont concurrencées par des produits qui n’ont pas les mêmes exigences : ils n’ont pas à intégrer Reach, ils n’ont pas de quota de CO2". D’autres PME plaident pour un meilleur partenariat avec les grands donneurs d’ordre, qui soient ne les considèrent pas, soient font pression sur les prix. Le concert de la montée en gamme et de la différenciation reprend mais Louis Gallois ne veut pas voir échapper son combat pour alléger le poids de la protection sociale. Il s’empare du micro : "bien sûr tout cela est vrai, mais il faut amorcer la pompe pour que les entreprises puissent réinvestir, il faut un choc de compétitivité, et il faut transférer au moins 40 milliard pour que cela est un effet."

Si le patron d'EADS est clairement un tenant d’une politique économique de l’offre, il veut travailler à son acceptabilité sociale : "On ne transfère des sommes aussi lourdes, 40 milliards sans une grande réforme fiscale. Il faut s’assurer que ces sommes soient bien réinvesties et qu’elle ne partent pas dans les dividendes. Que l’on ne disent pas : encore une mesure pour les entreprises ! Il faut que les gens aient un sentiment de justice dans la répartition des efforts." La mesure d’urgence de fin de mandat de Nicolas Sarkozy sur le transfert des charges va dans le sens de ce que demandent les industriels mais exécutée à la va-vite, sans projet global et focalisée sur la seule TVA qui braque l’opinion, elle peut tuer dans l’œuf, une vraie orientation d’ampleur. C’est sans doute ce qui turlupine les industriels. Ils seront sans doute très attentifs au programme que François Hollande présente aujourd’hui. Il a, lui, mis l’idée d’une grande réforme fiscale au cœur de son projet.

Anne-Sophie Bellaiche Cheffe du service Economie et Social
Anne-Sophie Bellaiche

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