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Lettre à Arnaud Montebourg : Au revoir politique, bonjour entreprise !

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Après avoir quitté Bercy, à la fin de l'été, Arnaud Montebourg a suivi une formation intensive à la direction d'entreprise passé à l'INSEAD (l'Institut européen d'administration des affaires). L'ancien ministre exprimait notamment son "désir de retourner vivre au milieu des Français" et  son rêve de "créer, reprendre, développer une entreprise". Aujourd'hui Gabriel Artero, président de la CFE-CGC Métallurgie, adresse une lettre ouvert au futur entrepreneur ! Une décision qui, selon lui, "ne manque ni de courage ni de panache."

Lettre à Arnaud Montebourg : Au revoir politique, bonjour entreprise ! © Philippe Schaff

Mon cher Arnaud, si j'en crois le portrait qui t’est consacré dans l’Express du 17 décembre 2014, te voilà décidé à reprendre une entreprise technologique. Toi qui as administré les entreprises du haut d'un ministère censé contribuer au redressement productif, te voilà à l'œuvre pour, en quelque sorte, les travaux pratiques. Cette inflexion dans ta carrière ne manque ni de courage ni de panache. A posteriori, le meilleur service que tu puisses rendre au "made in France" serait d´aller au bout de cette démarche et d'y réussir. Quel symbole cela ferait !

Tu confies que "Les politiques ne doutent pas assez. Ils arrivent avec des idées préconçues. Ils s'entourent d'experts qui se comportent ensuite en courtisans." Je te le confirme, mon cher Arnaud ! Peut-être que ce syndrome t’a aussi habité, alors que tu étais toi-même en poste. Avec mes collègues, nous sommes souvent venus te sensibiliser aux nombreux dossiers en souffrance dans notre branche professionnelle. Certes, tu as pris le temps de nous écouter, mais nous entendais-tu vraiment? J'atteste que tu as su te rendre disponible et même que tu aimais ce contact. Tu plaidais la cause gouvernementale avec aisance, ton côté avocat sans doute, mais y croyais-tu vraiment ? Finalement, pas vraiment ! Tu as contribué à sauvegarder nombre d'emplois et tenté de renflouer quelques situations désespérées, pas toujours avec succès. Il faut dire qu'en la matière, tu as été gâté.

La politique politicienne incline à jouer les "coups d'après", ceux des échéances à venir. Et cela s'accommode mal d'une politique industrielle qui a besoin, elle, de pragmatisme et de stabilité dans la durée. Tu avoues même que "la politique est l’école de l’arrogance, l’économie celle de l’humilité". Que doit être celle de l’entreprise ? Nous, salariés, avons appris à nos dépens, que ces temps ne sont pas synchrones. Nous ne réécrirons pas les pages de Florange, d'Ascometal ni même d'Alstom pour ne citer que celles-là. Pourtant, je reste persuadé que nous aurions pu infléchir autrement l'histoire de ces groupes, pour peu qu'ensemble, nous ayons pris le parti de la transparence et de la vérité.

Au fond, je t'aimais bien en ministre. Il y avait du Rastignac en toi. Tu as commis le crime de lèse-majesté en ne te conformant pas à la parole du roi. Tu en as payé le prix, celui d'être démis de ta charge, sous le regard gourmand de la Cour, noblesse d'Etat. Car, en vérité, ceux qui sont nés pour gouverner n'aiment rien moins que s'accrocher aux "maroquins", d'en faire métier. N'y sont-ils pas formés à la "grande école" de la République ? Avec des hauts, des bas, de répudiations en réconciliations, ils sont toujours prompts au rebond. Le plus étrange pour moi demeure, en toutes circonstances, leur capacité à discourir… Sur la méthode, ils savent, de l'industrie pas grand chose à vrai dire, pour l'écrasante majorité d'entre eux. Pour cela, ils auraient dû quitter leurs palais et mettre le cap sur l'entreprise, cette terra incognita. Bon nombre de tes "copains d'avant" doivent être soulagés d'une telle sortie, doutant qu'on puisse revenir d'une telle contrée. Et puis, cela fait toujours un de moins sur l'échiquier.

Une aventure risquée, mais gratifiante... 

Je voulais te dire aussi que cette "une" de GQ de janvier/février 2015 te va à merveille. Tiens ! Elle me rappelle celle d'un industriel phocéen alors sous les sunlights télévisuels qui s’est risqué en politique. Il s'y est brûlé, trop pressé. Remarques bien qu'en tant qu'industriel, il ne nous a pas laissé les meilleurs souvenirs. Nous étions toi et moi plus jeunes…

Désormais, te voilà empruntant le chemin inverse, armé d'un des meilleurs MBA au monde pour affronter cette nouvelle aventure. Je me permets de te donner mon avis : elle est tout aussi risquée mais tellement plus gratifiante sur le plan humain, quand paraîtront les premiers emplois que tu auras créés par ta propre volonté.

Alors j'espère que tu prendras le temps pour écouter, pour apprendre, pour construire. Comme tu le dis très justement, l’entreprise est le moyen d’œuvrer pour le bien de  son pays. Tu sais combien je souscris viscéralement à ton propos. Mais tu sais aussi que faire grandir une start-up n’est pas chose aisée. C’est d’ailleurs bien là un mal français.

Cet au revoir à la politique, que je crois pour ma part temporaire, pourrait être le temps de ta rédemption. Celle d'un homme politique qui as aimé l'industrie jusqu’à s'y risquer d’entreprendre et, je l'espère de tout mon cœur, de réussir. Et si, d’aventure, nos chemins se croisaient à nouveau, nous aurions à cœur de parler industrie et de porter le regard circonspect, de ceux qui savent, sur la politique…
En ce début d'année, je te souhaite, mon cher Arnaud, tous mes vœux de réussite et te dis à mon tour, au revoir politique, bonjour l'entreprise.

Gabriel Artero, président de la CFE-CGC Métallurgie

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