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Les travailleurs détachés, un sujet de campagne pour le Front national

Cécile Maillard , , , ,

Publié le

Le Front national surfe sur l’inquiétude des salariés français face aux travailleurs européens détachés pour recruter des électeurs à la sortie des usines et des chantiers.

Les travailleurs détachés, un sujet de campagne pour le Front national © Francediplomatie - Flickr - CC

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a averti le gouvernement : la tension monte fortement autour de la question des travailleurs détachés, chez les salariés des sites et chantiers qui en accueillent. Le Front national (FN) distribue des tracts à la sortie des lieux de travail, insistant sur les emplois occupés par ces ouvriers venus de Pologne, Roumanie, Espagne ou Portugal, alors que le taux de chômage local est souvent élevé.

 

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Quand la présence de ces travailleurs détachés est légale, la législation française est appliquée : leur temps de travail et les salaires sont les mêmes que ceux des salariés français, mais les taux de cotisation sont ceux de leur pays, souvent très inférieurs. Quand leur présence est illégale, ils travaillent au taux horaire de leur pays d’origine, et beaucoup plus que 40 heures par semaine. Dans les deux cas, la présence de cette main d’œuvre moins chère crispe certains salariés, qui la ressentent comme une concurrence déloyale.

"A Saint-Nazaire, le sujet dure depuis plusieurs années", raconte Francine Blanche, membre de la direction de la CGT, en charge des travailleurs migrants. A l’entrée des chantiers STX, pendant la campagne des départementales, les équipes de la CGT et celles du FN se font face, chacune distribuant ses tracts, raconte un reportage du Monde. Partout en France, la CGT se mobilise sur le sujet des travailleurs détachés, dénonçant le dumping social et ses méfaits : "nous nous battons pour que ces salariés européens accèdent aux normes françaises, poursuit Francine Blanche, ce qui nous différencie du Front national qui veut les renvoyer dans leur pays".

Les entreprises locales ont perdu le marché

A Dunkerque, sur le chantier du terminal méthanier, les équipes de la CGT n’arrivent plus à approcher les travailleurs européens. "On aimerait leur distribuer des tracts en plusieurs langues, pour les informer sur leurs droits, raconte David Sans, de l’Union locale CGT du bâtiment. Mais chaque fois, leurs entreprises sont prévenues et leur demandent ou de ne pas venir, ou de se présenter plus tôt, et nous n’arrivons pas à les aborder." L’an dernier, au cours de la campagne pour les élections municipales, le candidat du Front national avait brandi une grande banderole "Français d’abord". "On ne le voit plus, mais dans la région de Dunkerque, certains partagent les arguments du Front national, poursuit David Sans. Le chantier du terminal méthanier devait permettre de reclasser des salariés de la raffinerie des Flandres (Total), qui a fermé. Mais les entreprises locales ont perdu le marché du chantier du terminal, au profit d’entreprises européennes, et beaucoup de salariés n’ont pas été reclassés." Le patronat de la région s’est lui aussi mobilisé contre les entreprises européennes employant des travailleurs détachés, mais a perdu le combat.

Selon un rapport sénatorial, faire appel à un artisan polonais permet d’économiser 30% sur la facture. C’est d’ailleurs le BTP qui souffre le plus de cette concurrence. En Bourgogne, le groupe FN au conseil régional dénonce la présence, dans le secteur local du bâtiment, de milliers de salariés détachés européens, notamment sur les marchés publics de rénovation des lycées. Dans le Rhône, la CAPEB (confédération artisanale du BTP) a ouvert un site appelant à dénoncer les pratiques frauduleuses - qu’elle vérifie avant de les transmettre à la direction du Travail. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, c’est le chantier Iter qui suscite la colère des entreprises du BTP et de la CGT, et qui sert d’argument au Front national. "Attention : aujourd’hui, le recours aux travailleurs détachés sort du BTP pour gagner l’agriculture, l’entretien des lignes de chemin de fer et d’électricité", prévient Francine Blanche.

La lutte contre la fraude est renforcée

A Saint-Nazaire comme à Dunkerque, la plupart des entreprises espagnoles, roumaines ou grecques, se sont mises en conformité avec le droit européen. Certaines pratiques restent toutefois à la limite de la légalité, comme la saisie sur salaire du loyer des travailleurs européens, logés au camping, à l’hôtel, ou dans des appartements. A Dunkerque, le délégué de la CGT continue de s’interroger sur la légalité des contrats d’intérim, impossibles à vérifier.

Selon les chiffres officiels du gouvernement, 230 000 travailleurs détachés sont venus en France en 2014. On estime qu’il y en a autant en situation illégale. En décembre 2013, les gouvernements des 28 états membres de l’Union européenne ont régi, et décidé de renforcer leurs contrôles. Ils ont aussi créé, dans le BTP, une responsabilité solidaire des donneurs d’ordre avec les agissements de leurs sous-traitants. En France, la loi Savary de juillet 2014 a étendu cette responsabilité solidaire à tous les secteurs, à partir de 2016. Cette disposition ne concernera donc pas Bouygues, visé par une procédure judiciaire dans le cadre de l’utilisation par ses sous-traitants de main d’œuvre détachée, a priori illégale, sur le chantier de l’EPR à Flamanville. Jugement attendu le 9 juin.

Sentant le sujet monter fortement tant chez les chefs d’entreprise que chez les salariés, le premier ministre Manuel valls a annoncé mi-février qu’un amendement à la loi Macron portera la sanction pour fraude au détachement à 500 000 euros au lieu des 150 000 euros actuels. D'ici là, le FN devrait avoir engrangé quelques succès électoraux.

Cécile Maillard

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2 commentaires

Nom profil

19/03/2015 - 14h30 -

Le secteur du déménagement est impacté aussi avec des employeurs français plus ou moins scrupuleux.
Nos sociétés régionales vont crever à petit feu.
Les travailleurs français avec peu ou pas de qualification n'auront pu de chance à trouver un emploi
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Nom profil

19/03/2015 - 12h34 -

Ici en Charente maritime dans les exploitations agricoles, maraichage,c'est 550€ par mois et pas 35h, mais la MSA est prévenue et les amendes commencent à tomber et pas avec des pincettes.
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