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Les Scop, nouveau modèle de société

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En Auvergne, un millier de salariés travaillent dans 76 coopératives. Un changement culturel dans le monde du business.

Les Scop, nouveau modèle de société
Cinq ans après sa reprise en Scop, l’entreprise Fontanille, en Haute-Loire, s’apprête à investir 300?000?euros dans son outil industriel.

Pousser les portes de la société Fontanille, à Espaly-Saint-Marcel (Haute-Loire), c’est faire un plongeon vertigineux dans l’histoire industrielle de la France. L’usine de textile, née en 1860 sur les hauteurs du Puy-en-Velay, a connu des années fastes. Jusqu’à 400 salariés travaillaient ici dans les années 1970. Aujourd’hui, les Fontanille ne sont plus que 41. Bien heureux d’avoir sauvé leur peau ! Car l’entreprise a failli définitivement disparaître, et avec elle un outil industriel hors norme. Le 3 septembre 2012, la liquidation judiciaire était prononcée. Tout le monde pensait alors que la fin était arrivée. C’était sans compter sur la capacité de résilience des salariés.

Acculés, au bord du précipice, ils décident de racheter leur outil de travail en créant une société coopérative et participative (Scop). Ainsi, 46 des 70 salariés prennent le risque de miser 60 % de leurs indemnités de licenciement pour racheter leur usine. Ils lèvent 400 000 euros auprès des banques et trouvent un soutien de poids auprès d’acteurs publics régionaux. Cinq ans plus tard, l’usine tourne toujours et la direction s’apprête à investir 300 000 euros dans de nouvelles machines, pour innover. « En 2012, personne ne voulait racheter Fontanille. La meilleure solution pour nous, c’était la Scop, explique Rolland Arnaud, un ex-cadre devenu manager. Aujourd’hui, nous n’avons plus aucune dette, le bilan sur quatre ans est légèrement bénéficiaire. Comme toute entreprise, nous connaissons des hauts et des bas. Il faut s’adapter en permanence, appréhender, anticiper, agir. Au-delà de notre outil de travail, nous avons retrouvé l’estime de nous-mêmes et la fierté de ce que nous sommes. »

En 2016, l’Auvergne comptait 76 Scop, soit un millier de salariés sous ce régime atypique qui semble séduire de plus en plus. Les sociétés coopératives et participatives proposent un modèle dans lequel les employés sont associés majoritaires et vivent un projet commun, en mutualisant les risques et les grandes décisions stratégiques. « En seize ans, nous avons doublé le nombre de Scop en Auvergne. Cela prouve qu’il est possible d’entreprendre autrement, avec des gens qui prennent leur destin en main », analyse Arnoult Boissau, le directeur de l’Union régionale des Scop et SCIC d’Auvergne, qui n’hésite pas à parler de « révolution culturelle ». « C’est un acte de courage. Les salariés prennent des risques avec leur propre argent. Ce mode permet également de démocratiser la création d’entreprise, longtemps restée réservée à une certaine caste, pour ne pas dire une certaine élite », ajoute-t-il.

Parmi les Scop auvergnates les plus emblématiques, la librairie Les Volcans, à Clermont-Ferrand, fait office d’exemple. En décembre 2013, suite à la liquidation judiciaire du groupe d’édition Chapitre, aucun repreneur ne s’était présenté pour reprendre la librairie clermontoise, presque aussi célèbre localement que le Puy de Dôme ! Une partie des salariés décide alors de se regrouper en Scop pour devenir leurs propres gérants. Douze des anciens employés reversent l’intégralité de leurs indemnités de licenciement, ainsi que 50 % de leurs allocations chômage. « Il y a eu un engouement local et même national considérable autour de notre cause, qui nous a profondément touchés, sourit Martine Lebeau, salariée de la librairie pendant trente-quatre ans, devenue par la force des choses cogérante. Clermont-Ferrand sans la librairie des Volcans, ce n’était vraiment pas possible ! » Aujourd’hui, la boutique tourne à plein régime et compte 40 salariés, dont 12 associés.

L’imprimerie reprend son ancien patron

« Je ne voudrais pas que les Scop soient prises pour les ambulances du capitalisme ! temporise Arnoult Boissau. On peut parfaitement créer une Scop sans être au bord du gouffre. Le grand public ne le sait pas toujours, mais de grandes entreprises fonctionnent très bien selon ce modèle et sont très rentables. » À l’instar du groupe Up (ex-Chèque Déjeuner), qui a fêté ses 50 ans. Présent dans 14 pays, le groupe emploie 2 300 personnes, dont un peu plus de la moitié en France, et vise les 500 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018.

Fralib, Goodyear, Lejaby ont contribué, à travers leur combat, à médiatiser la Scop. Pourtant le modèle des « scopeurs » ou « coopérateurs » reste marginal, car méconnu. À sa façon, l’Imprimerie coopérative des Sucs (ex-Phil’Print), à Yssingeaux (Haute-Loire), a incarné ce changement culturel dans le monde du business. Après un mauvais investissement dans une machine à 2 millions d’euros, l’entreprise aurait pu être rayée de la carte en août 2016. Suite à sa liquidation judiciaire, les 16 salariés ont décidé de racheter leur outil de travail avec leurs indemnités et – plus original – de reprendre leur ancien patron comme salarié ! Une configuration inédite dans le monde de l’entreprise. « On ne lui en voulait pas, souligne Jean-Marc Marzona, le responsable de la production. Comme nous tous, il est désormais associé aux prises de décision. Dans un schéma classique, lorsque le dirigeant est confronté à des problèmes, il a tendance à chercher des solutions seul dans son coin. Là, non. S’il y a des soucis, on est tous dans le même bateau, on cherche donc ensemble le moyen de résoudre les problèmes. C’est plus souple et plus agile. Ça change complètement la donne. »

Six mois après leur reprise, les salariés de l’Imprimerie des Sucs ont redressé la barre. Ils ont non seulement rempli leur carnet de commandes, mais surtout embauché deux nouveaux salariés, qui ont déjà à cœur de devenir, à leur tour, des « scopeurs ».

Les Scop en Auvergne-Rhône-Alpes

  • 495 entreprises coopératives
  • 8 105 salariés
  • 549 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015

Un incubateur à Scop

Scop et start-up, même combat ! L’Union régionale des Scop d’Auvergne a inauguré, en novembre 2016, un incubateur d’innovation sociale. Baptisé Alter’Incub Auvergne, il héberge une première promotion de cinq projets innovants, participant à une phase de présélection. « L’incubateur intervient dès le stade de l’idée pour aider à l’émergence et à la consolidation de projets porteurs d’innovation et à fort potentiel humain », précise Scop Auvergne. Alter’Incub propose un accompagnement personnalisé et sur mesure qui peut durer jusqu’à dix-huit mois. Il comprend les études d’opportunité, le conseil juridique et administratif, la recherche de financement, la formation, la mise en réseau et le partage d’expériences… Les cinq projets présélectionnés se situent tous sur le territoire auvergnat et portent sur des domaines d’activité très variés : l’agriculture, avec une micro-ferme urbaine à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) pour implanter un lieu de production maraîchère à base des produits de la ferme ; le commerce d’alimentation dans le secteur de Massiac et de Maurs, dans le Cantal, où les clients trouveraient un magasin de producteurs, d’artisans locaux et de nombreux services ; l’énergie, avec un projet de coopérative éolienne citoyenne, à Montcel (Puy-de-Dôme) ; et enfin un projet dédié aux services à la personne, avec la création d’une résidence services pour séniors autonomes en Haute-Loire. Il n’existe pour l’instant que quatre incubateurs de ce type en France, deux en Auvergne-Rhône-Alpes, un en Occitanie et un en Poitou-Charentes. 

 

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