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[Les robots et nous] Hoomano, la start-up qui veut rendre les robots plus sociaux

Marion Garreau , ,

Publié le , mis à jour le 03/09/2018 À 11H21

Série d'été Episode 2/5. Basée à Lyon, la start-up Hoomano développe des applications personnalisées pour des clients souhaitant installer des robots d’accueil. Elle dispose ainsi de premiers cas d’usages pour alimenter son travail sur des interactions plus poussées.

[Les robots et nous] Hoomano, la start-up qui veut rendre les robots plus sociaux
La start-up Hoomano implémente ses solutions essentiellement sur des robots Pepper, de la société SoftBank Robotics (ex-Aldebaran).
© Marion Garreau

"Bonjour, tu veux jouer avec moi ?", lance le robot Pepper, du haut de ses 120 centimètres. L’homme face à lui le regarde, détourne son attention puis le considère à nouveau, et ce à plusieurs reprises. Pour autant, il n’est pas en train d’hésiter à jouer. Au milieu des bureaux de ses collègues, cet ingénieur simule un comportement qui alimente un logiciel d’analyse de l’attention. L’enjeu : que le robot soit capable de comprendre quand il bénéficie ou non de l’attention de son interlocuteur, afin d’adapter son comportement.

Ce logiciel en cours de développement est l’une des briques technologiques du projet R&D de la start-up Hoomano, qui s’est donnée pour ambition de rendre les robots plus sociaux. Installée au quatrième étage de la Tour du web, un lieu dédié aux entreprises du numérique dans le 7ème arrondissement de Lyon (Rhône), la pépite développe des applications personnalisées pour ses clients, une soixantaine depuis son lancement fin 2014.

"Nos solutions sont essentiellement destinées à l’accueil du public, avec des fonctions d’information et de divertissement, dans le retail [vente au détail] et pour les collectivités territoriales telles que la mairie du XVème arrondissement de Paris et l’office de tourisme Drôme Ardèche, explique Amélie Cordier, directrice scientifique d’Hoomano. Pour Optic 2000 par exemple, notre solution déployée bientôt dans six magasins permet au robot de faire jouer les enfants pendant que leurs parents choisissent des lunettes."

Améliorer l’expérience utilisateur

Hoomano vend essentiellement ses applications au sein de robots humanoïdes Pepper et parfois de son aîné Nao de la société SoftBank Robotics (ex-français Aldebaran), avec laquelle elle a noué un partenariat stratégique. Pour autant ses ingénieurs explorent les possibilités d’interaction offertes par d’autres robots, comme Buddy du français Blue Frog Robotics, Sanbot du chinois Qihan Techn, et plus récemment de deux petits nouveaux encore introuvables sur le marché français : Jibo, un robot compagnon familial développé par une équipe du Massachusetts Institute of Technology de Boston, et Ijini, un robot domestique en forme de chien proposé par le coréen Innoplaylab.

"J’ai travaillé plusieurs semaines à explorer toutes les fonctionnalités de ces robots et à comprendre leurs modalités d’interaction, explique Guillaume Fort, ingénieur R&D. Cela nous permet de valider des hypothèses, comme l’importance du mouvement pour créer une présence. Jibo a par exemple une présence sociale forte parce qu’il tourne la tête pour vous suivre quand vous bougez." Sur Ijini, Hoomano travaille aussi autour d’applications possibles. "L’Europe n’est pas encore prête à avoir des robots au sein des foyers mais travailler sur des cas d’usages possibles nous permettra d’avoir une longueur d’avance pour le jour où cela arrivera", considère Guillaume Fort.

Qu’ils optent pour une solution co-développée pour eux ou pour l’une des trois applications standards proposées, les clients d’Hoomano considèrent le robot comme un outil pour offrir une nouvelle expérience à leur usager ou client. Comprendre comment améliorer cette expérience est notamment le travail de Ninon Lambert, arrivée ici en mai comme designer de la relation client (UX designer). "En ce moment je me charge d'entrer les données collectées lors d’une journée test durant laquelle nous avions placé le robot en bas de notre immeuble et observé le comportement de ceux qui venaient l’utiliser, explique la jeune recrue, une matinée de juillet. Cette compilation d’observations va enrichir notre vision macro de l’interaction et nous permettre d’affiner notre grille de lecture des retours utilisateurs donnés par nos clients." L’activité de Ninon vient donc alimenter le travail des développeurs qui cherchent à perpétuellement améliorer les applications vendues.

L’équipe des "dev" est placée juste à côté de celle de la R&D. Entre les deux les échanges sont bien sûr nombreux, mais dans un sens plutôt inattendu. "Chez nous, l’activité autour des applications vendues vient enrichir notre feuille de route R&D : les retours de nos clients nous permettent de savoir dans quelle direction nous devons aller pour progresser vers des interactions plus fluides et plus naturelles", explique Xavier Basset, cofondateur de Hoomano.

Aujourd’hui, toutes les interactions faites avec un robot sont scénarisées et scriptées afin de programmer la machine. "En observant les réactions des utilisateurs, nous pouvons identifier les points de crispation et les traduire en lacunes scientifiques", pointe cet ingénieur de formation, qui a été membre bénévole de la communauté de développeurs des robots Nao pendant quatre ans avant de monter la start-up.

Apprentissage développemental

L’une des premières problématiques identifiées a été de faire en sorte que le robot démarre et stoppe son interaction au bon moment. D’où le travail actuel de l’équipe R&D autour d’un logiciel d’analyse de l’attention de l’utilisateur. "Ce logiciel est une brique technologique composant le projet final d’Hoomano : faire le cerveau social du robot, explique Amélie Cordier. Nous cherchons donc à créer un moteur d’interactions qui ne porte pas sur l’interaction en tant que telle mais qui appréhende tout ce qui l’englobe, comme les gestes ou le regard, et qui fait que je sais que vous m’écoutez et que vous m’avez comprise." Ce moteur d’interaction, encore inabouti, Hoomano a commencé à le commercialiser en mars auprès de constructeurs de robots, le deuxième type de clients auxquels elle s’adresse désormais.

C’est pour porter ce projet R&D qu’Amélie Cordier a quitté son poste de chercheuse au Laboratoire d’informatique en image et systèmes d’information (Liris) du CNRS pour rejoindre début 2017 la start-up, prenant en même temps la tête d’un laboratoire commun de recherche entre Hoomano et le Liris, nommé Behaviors.ai. Là les équipes travaillent sur l’intelligence artificielle, et en particulier l’apprentissage développemental. "Nous travaillons par exemple sur un système de motivation intrinsèque du robot pour lui permettre grâce à une simulation négative ou positive d’évoluer dans un environnement inconnu", précise Amélie Cordier. Des recherches très en amont des activités de la start-up mais qui viennent nourrir son ambition : donner aux robots la capacité d’anticiper les intentions de l’homme et s’adapter en fonction.

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