Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Les multinationales françaises, la plaie du commerce extérieur ?

Publié le

Analyse Le Cepii, un centre de recherches sur l’économie internationale, jette un pavé dans la mare, en attribuant l’atonie des exportations françaises au mode d’internationalisation des grandes entreprises françaises. Pour parvenir à cette conclusion, il élimine ou relativise méthodiquement toutes les autres causes classiques attribuées à ce point noir de l’économie française

Les multinationales françaises, la plaie du commerce extérieur ?
L'usine Renault de Tanger, au Maroc.

 L’Oréal, Schneider, Renault, Sanofi … toutes ces grandes entreprises qui rayonnent sur le monde et dont la France est si fière sont-elles à l’origine de la déroute actuelle du commerce extérieur français ?

C’est en tous cas la thèse d’une étude du CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales). Elle démontre que les grandes multinationales françaises, qui constituent une part importante de la force de frappe industrielle du pays, se sont déployées à l’international en s’y implantant plutôt qu’en exportant. Ce faisant, elles ont réduit leur base productive et c’est de ce phénomène dont souffre aujourd’hui le commerce extérieur français plus que d'autre causes. Pour les modalités pratiques de cette stratégie, le lecteur pourra se reporter à notre récent dossier « Comment Renault et PSA ont délaissé la France » .

Pour défendre leur explication, les auteurs de l’étude Charlotte Emlinger, Vincent Vicard et Sébastien Jean ont analysé dans le détail et sur une longue période toutes les causes régulièrement évoquées des mauvaises performances du commerce extérieur. Pour mémoire, la part de marché mondial des biens et des services de la France est en effet passée de 5,8 % en 1999 à 3,5 % en 2017, une baisse de 40 %. Une érosion dûe en partie à la montée en puissance des émergents. Mais les parts de marché de l’Allemagne ou de l’Espagne n’ont, elles, baissé que de 10 % sur la période.

Deux causes évacuées : accident sectoriel et spécialisation produit

Première cause évacuée, les mauvaises performances des exportations ne proviennent pas "d’un accident industriel dans un secteur donné" car tous les secteurs, à l’exception de l’aéronautique et du luxe, voient leur part de marché mondial se contracter. On peut toutefois noter l’impact de l’automobile dans la dégradation de la balance commerciale. Ce n’est pas le secteur qui a le plus baissé (de 4,5 % à 3,5 % de part de marché mondial entre 2011 et 2017 alors que l’électronique passait de 3,8 à 1,6 %) mais son poids global dans les exportations étant plus important, il a joué un rôle plus élevé. L’excédent de l’auto de 6 milliards en 1999 s’est transformé en déficit de 14 milliards d’euros en 2017.

L’impact d’une mauvaise spécialisation produit est également écarté puisque si la spécialisation sur le haut de gamme de l’Allemagne, par exemple, est de 50 %, la part des produits français et italiens est proche, à 40 %, et cet écart a peu évolué sur la période 1999-2017. Par ailleurs, en Espagne, où les exportations sont redevenues plus dynamiques, la part du haut de gamme est de 28 à 30 %.

Deux causes insuffisantes : les coûts et l’irréversibilité de la désindustrialisation

Le coût du travail ne supporte selon les auteurs qu’une partie de l’atonie des exportations françaises. En effet, un rééquilibrage est en cours avec l’Allemagne depuis 2011 même s’il est limité puisqu’il ne compense qu’entre le quart et le tiers de l’écart qui s’était creusé depuis l’introduction de l’euro. Les auteurs estiment "que si les divergences de coût expliquent une bonne partie des écarts de croissance des exportations allemandes et françaises jusqu’en 2011, elle n’aident pas à comprendre la persistance du différentiel de croissance des exportations entre les deux pays depuis."  

Plus récemment, un certain nombre d’acteurs ont invoqué le caractère irréversible de la perte de substance industrielle qui ferait que les difficultés d’exporter se poursuivent alors que ces causes  ont été supprimées, c’est l’effet "d'hystérèse". La performance à l’exportation est en effet conditionnée par les capacités de production car la diversification de l’offre nationale favorise les ventes à l’étranger. La perte de compétitivité prix peut se poursuivre alors même que les coûts auraient été rééquilibrés parce que des effets d’agglomération d’acteurs, avec une disponibilité de main d’œuvre qualifiée, induisent des gains de productivité.

Ces éléments peuvent jouer mais là encore pour le CEPII, ils n’épuisent pas le sujet, d’autant que sur la main d’œuvre par exemple si le taux d’emploi vacants dans l’industrie est de 1,1 % au 3ème trimestre 2018, son niveau n’est pas très élevé dans l’absolu et il reste inférieur à celui de tous les autres grands secteurs. Bref, pour le CEPII, aucun de ces facteurs n’est irréversible. La meilleure preuve résiderait dans les performances de l’Espagne qui a connu une forte chute de production pendant la crise, bien plus forte que la France - ce qui ne l’a pas empêchée de regagner ensuite des parts de marché substantielles à l’exportation.

Une cause difficile à mesurer : la compétitivité hors prix

Autre élément récurrent dans le débat. La mauvaise performance à l’exportation serait liée à des industriels français caractérisés par un défaut de compétitivité hors prix. Cet élément est considéré par le Cepii comme un élément difficile à mesurer car cette notion regroupe un ensemble fourre-tout de qualité réelle ou perçu, de positionnement de gamme, d’image de marque, d’innovation, de services après-vente, d’action commerciale, qualifié de "résidu de tout ce que l’on ne peut pas expliquer au-delà du prix de vente". Si des études font bien apparaître une bonne qualité allemande perçue, "elles ne suggèreraient pas de sous-performance française, malgré une détérioration depuis la crise".

Surtout d’autres études montrent que  le taux d’investissement de la France, censé créée de la valeur, n’a pas tellement  évolué sur la période 1999 – 2016 (environ 22 % du PIB). En revanche, on note un investissement plus marqué de la France pour l’immatériel, comme les logiciels, les BDD ou les droits de propriété intellectuelle. Sur ce dernier item, dans les matériels de transport par exemple, la France atteint 50 % du taux d’investissement quand l’Allemagne est à 20 % et l’Italie autour de 5 %. Ce constat mène à la dernière explication, un choix des grands exportateurs de faire de la conception en France mais de produire à l’étranger.

Un fait majeur : les choix d’implantation des multinationales françaises

En effet, l’économie française se distingue par l’importance de l’implantation à l’international de ses entreprises. Elles employaient en 2014, 6 millions de personnes à l’étranger contre par exemple 5 millions pour les entreprises allemandes alors que le PIB de ce pays est pourtant supérieur de 50 % à celui de la France. Les entreprises italiennes n’emploient, elles, que 1,8 million de salariés à l’étranger. Cette tendance s’est accentuée dans les dernières années, puisque de 2007 à 2014, le chiffre d’affaire et le nombre d’employés des multinationales françaises a cru deux fois plus vite que dans les multinationales allemandes et italiennes.

En choisissant de déployer ses bases productives à l’étranger, les multinationales ne contribuent pas aux exportations à hauteur de leurs performances. A l’inverse, elles rapatrient des bénéfices et la sous-performance à l’exportation de la France n’empêche pas une balance des comptes courants équilibrés. Quels sont les raisons de ce choix ? Pour Vincent Vicard, un des auteurs de l’étude, "on parle beaucoup des taxes de production en ce moment, mais il faudrait des travaux complémentaires pour identifier leur impact. Il existe aussi peut-être des stratégies d’évitement fiscal. On peut aussi penser à d’autres facteurs comme le management et la sélection des dirigeants. En Allemagne, par exemple, ils sont issus du monde de la production."

Une litote pour exprimer  qu’une partie de notre élite mondialisée de dirigeants économiques s’est peut-être coupée du territoire national. "L’industrie fabless", ça vous rappelle quelqu’un ?

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle