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Les jeunes et le syndrome de Stockholm

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Publié le , mis à jour le 17/03/2016 À 07H40

Les jeunes et le syndrome de Stockholm © Pascal Guittet

Dun côté, le modèle allemand, avec 7 % des moins de 25 ans au chômage (4,5 % pour l’ensemble des actifs), mais des salaires plus faibles au démarrage et un plus grand recours au temps partiel. Des chiffres partagés, ou à peu près, par les États-Unis, la Suisse ou le Royaume-Uni. De l’autre côté, le système français, quasiment unique au monde, avec 24 % de jeunes au chômage, 1 million d’entre eux qui vivent sous le seuil minimum de pauvreté et 150 000 qui sortent du collège ou du lycée sans diplôme et sans espoir. On aurait pu imaginer que ces jeunes si pénalisés voudraient que les choses changent. Qu’ils aspireraient à casser des dispositifs qui privilégient les "insiders", ceux qui sont déjà en poste et se sentent à l’abri derrière les lois sociales les plus rigides du monde, au détriment des "outsiders" que personne ne défend, ni les syndicats ni les politiques. Erreur. En France, on ne raisonne pas comme ailleurs.

Les moins de 25 ans auraient dû descendre dans la rue contre la loi Alur, qui a bloqué le secteur du bâtiment et fait disparaître des milliers d’emplois pour les moins qualifiés d’entre eux, mais aussi la possibilité de construction des logements qui leur manquent. Ils auraient dû manifester contre le renchérissement et la complexification de l’apprentissage, qui est, en Allemagne, en Suède et en Suisse, la véritable solution pour l’insertion des jeunes, quel que soit leur niveau de diplôme. Ils devraient protester contre l’augmentation de la dette, qui pèsera sur leurs épaules alors qu’elle sert surtout à financer les dépenses de sécurité sociale de leurs aînés. Las, ils ont entériné, comme nous, les erreurs économiques du gouvernement.

 

Lire aussi notre dossier "Que propose le projet de loi El Khomri ?"

 

La loi El Khomri a été mal lancée, mal préparée, mal équilibrée, mais son enjeu était bien le chômage des jeunes. Ce sont eux, les outsiders, qui auraient pu bénéficier au premier chef du desserrement du carcan du marché du travail. Les experts s’attendaient d’ailleurs aux protestations des syndicats de salariés, mais pas à celles des étudiants et des lycéens. Sauf qu’entre-temps… il y a eu la tribune de Martine Aubry, cosignée par d’anciens ténors du syndicalisme estudiantin – cette ENA buissonnière, tremplin des carrières politiques. La CFDT, pourtant opposée à la loi Travail, a souligné que celle-ci ne contenait pas de mesures anti-jeunes, mais les manifestants ne pouvaient pas entendre. Ils écoutaient ceux-là mêmes qui ont bloqué le marché du travail depuis vingt-cinq ans en ne cessant de rajouter des barrières et des coûts nouveaux.

Les manifestants ont préféré se laisser convaincre que toucher à leur future protection d’hypothétiques-salariés-en-CDI-un jour était une déclaration de guerre. De même qu’ils se sont souvent laissés convaincre que créer des emplois aidés dans les associations ou les collectivités territoriales – les seuls employeurs que l’on puisse "obliger" à embaucher – était une solution. L’Insee a pourtant montré, en juillet dernier dans sa revue "Économie et Statistique", que ces jobs diminuent leur employabilité. Le malentendu est total, le gâchis absolu, l’association avec les "bourreaux" consommée. Le syndrome de Stockholm a frappé.

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