Les investisseurs en retournement n'auraient pas besoin d'argent public mais de souplesse

Les investisseurs en capital retournement ont décidé de former leur association pour défendre leur profession. Alors que les pouvoirs publics semblent vouloir traiter le problème par de nouveaux apports de fonds, l’Association des investisseurs en retournement (Air) veut mettre le doigt sur les freins au sauvetage des entreprises en difficulté.

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Nicolas de Germay - DR

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Henri Emmanuelli, le député des Landes et président de la Commission de surveillance de la Cour des comptes (CDC), plaidait au mois de mars 2015 pour la création d’un fonds public dédié au retournement d’entreprises en difficulté.

En septembre 2015, c’était au tour d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, de souhaiter que Bpifrance interviennent davantage dans cette activité.

Mais débloquer de nouveaux fonds publics n’est pas forcément la meilleure solution pour sauver les entreprises, selon les professionnels du capital retournement. Pour ouvrir un dialogue avec les pouvoirs publics, huit sociétés d’investissement viennent de créer Air, l’association des investisseurs en retournement.


Un métier complexe


"Collectivement, nous pouvons faire passer notre message au gouvernement, explique Nicolas de Germay, le président d’Air et le dirigeant d’Alandia. Nous voulons faire comprendre aux pouvoirs publics que notre métier est compliqué. Faire du retournement, cela ne consiste pas simplement à arroser une entreprise d’argent."


Air, les membres fondateurs
Selon l’association, une quinzaine d’équipes en France investissent dans les entreprises en difficulté. Les huit fondateurs d’Air se revendiquent comme étant les plus actifs. Il s’agit soit de fonds d’investissement, qui misent l’argent que leur confient leurs souscripteurs, soit de holding d’investissement, qui misent leurs fonds propres. Les fondateurs sont : Active Invest, Alandia, Arcole Industries, Butler Capital Partners, Equinox Industries, Perceva, PLC Capital et Vermeer Capital.
La nouvelle association veut montrer la complexité du métier du retournement. Histoire de mettre fin aux fantasmes de sauvetage d’entreprises en difficulté… "Cela suppose des compétences managériales fortes et, en même temps, il s’agit d’une grande prise de risque, confie Nicolas de Germay. Vous n’êtes pas sûr de réussir le retournement. Au mieux, vous ne gagnez de l’argent que dans un dossier sur quatre."


Assouplir les contraintes


La jeune association veut aussi militer auprès du gouvernement pour assouplir les contraintes réglementaire qui pèse sur son métier. Quelques freins ont déjà été repérés, comme les dispositions de la Loi Hamon sur les cessions d’entreprise. Mais aussi la taxation de la conversion en capital des créances. Quand l’investisseur transforme la créance en capital, l’administration fiscale taxe la décote réalisée sur le prix d’achat de la créance comme s’il s’agissait d’une plus-value. "Mais l’investisseur ne gagne rien en faisant la conversion en capital, il n’y a pas de création de valeur", s’emporte Nicolas de Germay.


Enfin, Air entend faire la promotion d’un métier en mal de managers. "Il y a de moins en moins d’équipes, déplore le président de l’association. On pourrait être optimiste et penser qu’il y a moins de dossiers… Ce n’est pas le cas". Echanges de bonnes pratiques, formations, les membres de l’association espère susciter de nouvelles vocations.

Arnaud Dumas

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