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"Les industriels ont besoin d’un cap plus que de super structures institutionnelles", estiment Dorothée Kohler et Jean-Daniel Weisz

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Entretien Dorothée Kohler et Jean-Daniel Weisz ont fondé le cabinet Kohler C&C. Ils sont les auteurs du livre "Industrie 4.0, les défis de la transformation numérique du modèle industriel allemand" (La Documentation française). A leurs yeux, les 20 centres d’accélération de l’industrie du futur annoncés par le gouvernement jeudi 20 septembre et inspirés du modèle allemand risquent de complexifier le paysage déjà foisonnant des structures d’accompagnement.

Les industriels ont besoin d’un cap plus que de super structures institutionnelles, estiment Dorothée Kohler et Jean-Daniel Weisz
Jean-Daniel Weisz et Dorothée Kohler sont les auteurs du livre "Industrie 4.0, les défis de la transformation numérique du modèle industriel allemand."

L'Usine Nouvelle - Comment fonctionnent les centres de compétences allemands dont s’inspirent les futurs centres d’accélération français ?

Jean-Daniel Weisz - Les centres de compétences existent depuis trois ans en Allemagne. Il y en a plus de vingt aujourd’hui. Leur objectif principal est d’accompagner le Mittelstand dans sa transformation numérique. Leur offre de services est très large : de la sensibilisation au déploiement de projets industrie 4.0 très concrets. L’accès à ces services est en partie subventionné par l’Etat.

Dorothée Kohler - Il faut ajouter que ces centres n’ont pas été créés à partir de rien. Ils résultent d’appels d’offres auxquels ont répondu les acteurs déjà impliqués dans l’Industrie 4.0 : instituts Fraunhofer, universités techniques, centres de recherche, sites de démonstrateurs Industrie 4.0. 

Quelles différences avec le modèle de centre français tel qu’il a été décrit par le Premier ministre ?

Dorothée Kohler - Il est intéressant de noter la différence d’appellation : "centre de compétences" en Allemagne, "centre d’accélération" en France. En Allemagne, les centres sont très tournés vers les compétences et la formation. C’est d’ailleurs un point essentiel de l’industrie du futur. Il faut éviter d’avoir une approche trop technique et technologique de l’industrie 4.0. et l’associer à une réflexion plus large sur l’avenir du travail.

Jean-Daniel Weisz - Contrairement aux centres allemands qui partent des besoins des industriels, l’approche en France semble être assez "top down", comme c’est souvent le cas. Le rapport de l’institut Montaigne, qui a inspiré les mesures du gouvernement, ne cite quasiment pas de PME et ETI. Pourtant, l’Alliance industrie du futur et le Cetim ont réalisé plus de 5 000 diagnostics de PME pour connaître leur degré d’avancement dans la transformation numérique. Il faudrait partir de cette base pour comprendre où les industriels en sont et quels sont leurs besoins.

L’éventail de services des centres allemands est aussi beaucoup plus large que semble l’être celui des centres d’accélération à la française. Les centres allemands sont ouverts aux artisans, et leur proposent une aide pour élaborer leur site web par exemple.

La France compte déjà un nombre important de dispositifs avec les IRT, les centres techniques, les pôles de compétitivité… Que peuvent apporter de plus ces centres d’accélération ?

Dorothée Kohler - Il y a en effet de multiples dispositifs comme ceux mis en place par le Cetim, l’UIMM, les IRT. Il y a l’Alliance pour l’industrie du futur et désormais la French fab… C’est un paysage assez foisonnant et il peut être difficile pour une PME de s’y retrouver. Il serait judicieux de s’appuyer sur l’existant, notamment sur ce que fait Bpifrance avec les accélérateurs PME et ETI. Ils ont réussi à créer une offre d’accompagnement que plébiscitent les chefs d’entreprise. Elle se déploie aujourd’hui en région et dans des filières.

Alors que faudrait-il pour que les industriels s’emparent davantage du numérique ? 

Dorothée Kohler - Les annonces du Premier ministre sont louables car le gouvernement parle d’industrie et c’est un très bon signe. Mais il est dommage qu’il n’évoque que les modalités. Il manque une vision industrielle, une finalité. On veut accélérer la numérisation et l’industrie du futur, mais pour quoi faire ? Les industriels ont besoin d’un cap plus que de super structures institutionnelles. Il y a urgence à construire cette vision industrielle en partant du terrain et en questionnant les secteurs d’activités où la France souhaite prendre le leadership. D’autres pays le font de manière très offensive.

Les industriels ont aussi besoin de réfléchir à leur futur modèle d’affaires. L’industrie 4.0 demande aux dirigeants de se repositionner sur une chaîne de valeur numérisée. Le besoin d’élaborer de nouvelles stratégies est de plus en plus fort chez les industriels.

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