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Pourquoi les grandes entreprises multiplient les annonces de primes exceptionnelles

Cécile Maillard ,

Publié le

Plusieurs grandes entreprises ont déjà annoncé qu’elles verseraient une prime défiscalisée à leurs salariés, répondant à l’appel lancé par le président de la République lundi 10 décembre.

Pourquoi les grandes entreprises multiplient les annonces de primes exceptionnelles
Verser une prime défiscalisée intéresse les grands groupes.
© nacu - morgueFile - C.C.

Sommaire du dossier

Un quart d’heure après l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron lundi 10 décembre, Stéphane Richard, PDG d’Orange, annonçait dans un tweet qu’il répondrait à "l’effort de solidarité nationale" demandé par le président de la République.

Le lendemain, la direction du groupe des télécoms annonçait dans un communiqué le versement, avant la fin de l’année, d’une "prime de solidarité" exceptionnelle à ses 20 000 salariés les plus modestes. Soit 1 000 euros à ceux gagnant moins de 25 000 euros bruts annuels, et 500 euros à ceux touchant entre 25 000 et 30 000 euros.

Lundi soir, Emmanuel Macron avait encouragé les employeurs qui le pouvaient à verser une prime exceptionnelle à leurs salariés, qui serait exonérée de cotisations sociales (pour les salariés et pour les employeurs) et d’imposition. On ne connaît pas encore le plafond au-delà duquel la prime perdra sa défiscalisation, mais les organisations patronales, qui ont suggéré cette mesure au Président, proposaient une exonération de cotisations et d'impôts jusqu’à 1 000 euros.

Les concurrents d’Orange lui ont immédiatement emboité le pas, Altice et Iliad annonçant une prime exceptionnelle de 1 000 euros, sans détails pour le moment. Chez Total, qui a de bons résultats, la prime atteindra 1 500 euros pour tous les salariés, a tweeté le PDG Patrick Pouyanné.

LVMH a indiqué vouloir verser une telle prime, mais comme Altice, attend la loi et des précisions avant d’en dire plus sur les conditions d’attribution de cette prime. Les petites entreprises auront plus de mal à suivre. Au lendemain de l'intervention télévisée d'Emmanuel Macron, le secrétaire général de la CPME Jean-Eudes du Mesnil, dans une interview donnée à l'Usine Nouvelle, craignait, au sujet de cette annonce présidentielle, un "résultat (qui) risque de ne pas être à la hauteur des attentes".

Un effort supplémentaire qui n'était pas prévu chez Solvay

Le hasard a fait que chez le chimiste Solvay, une réunion sur les salaires était prévue le lendemain même des déclarations d’Emmanuel Macron. Organisations syndicales et direction se sont mises d’accord sur des augmentations annuelles élevées (+3,4% pour les non-cadres, +3,7% pour les cadres), et sur une prime exceptionnelle de 600 euros pour les 4 000 non-cadres. Jean-Christophe Sciberras, DRH de Solvay, reconnaît qu’il avait anticipé, pour 2019, des rémunérations en hausse, pour motiver ses salariés alors qu’une grosse réorganisation est en cours, et "parce qu’il faut rester attractif, alors que des tensions se manifestent sur le marché du travail".

"Mais la prime, qui représente un effort supplémentaire de 2,4 millions d’euros, n’était pas prévue, ajoute-t-il. Nous avons été sensibles à l’appel gouvernemental, nous avons le sentiment qu’il faut participer, être acteur de la résolution des problèmes." La direction a pris cet engagement sans connaître les détails de la mesure : la défiscalisation sera peut-être réservée aux primes versées aux plus bas salaires ? Elle courra peut-être jusqu’à 500 euros seulement, et non 1 000 ? D’autres entreprises se demandent si elles pourront la verser en 2018 ou devront attendre le vote d’une loi et 2019…

Un syndicat de PSA réclame la prime à sa direction

En pleine campagne pour les élections professionnelles à Sochaux, la CFE-CGC de PSA a immédiatement réclamé à sa direction une telle prime. Les salariés "ont largement contribué au redressement spectaculaire du groupe PSA par leurs engagements, efforts et sacrifices. Cette mesure vient à point nommé pour que leurs efforts soient dignement reconnus", écrit le syndicat dans un communiqué. Selon Laurent Oechsel, délégué syndical central CFE-CGC, la direction a promis d’aborder la question au comité central d’entreprise qui se tient le 13 décembre, mais renvoie aux négociations annuelles sur les salaires, prévues en janvier, pour toute prise de décision. "On va veiller à ce que la prime ne fasse pas fondre l’enveloppe globale prévue pour les augmentations de salaires", craint-il. Il voit plutôt la direction avoir envie de remplacer le supplément d’intéressement acté au vu de la très bonne année passée, par cette prime exceptionnelle. Défiscalisée, elle pourrait être supérieure pour les salariés sans coûter plus à l’employeur.

La rapidité avec laquelle les grands groupes ont annoncé le versement de primes laisse penser que le Président avait reçu des garanties d'être suivi, avant d'annoncer cette mesure. Certaines entreprises souhaitent certes faire un geste pour répondre au malaise exprimé par les gilets jaunes, comme le dit Jean-Christophe Sciberras. Elles ont aussi pour objectif de faire réussir Emmanuel Macron, beaucoup l’ont dit au début de son quinquennat.

On peut également voir dans leur empressement un gage donné au Président: elles préfèrent se montrer bonnes élèves sur cette mesure, intéressante pour leurs salariés, que subir un changement de politique de la part du président de la République, s’il décidait par exemple de mettre en place une sur-taxe sur les profits des grands groupes ou de modifier la fiscalité des sociétés.

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