"Les gaziers, ils sont beaucoup moins machos que les électriciens !"

La femme est l’avenir des métiers techniques chez GRDF. Elles ne sont encore qu’une minorité dans cette filière (11 %), mais ce sont des salariés que GRDF soigne car l'entreprise veut susciter des vocations féminines. L'entreprise ne compte au global que 22 % de femmes. Ce mardi 13 décembre, GRDF a réuni plus de 200 d’entre elles  à Paris. Elles sont venues de toute la France pour discuter de leur métier, de leur situation, de ce qui pourrait donner envie à d’autres femmes de les rejoindre. Paroles de gazières. 

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Journée des femmes chez GRDF

Assises sur de petits poufs carrés, par groupe de 6 ou 7, elles discutent de l’attractivité de leur métier technique, de leur situation dans leur boîte, de leur cohabitation avec les hommes, collègues ou les managers. Il y a là des responsables maintenances, des techniciennes d’intervention, des assistantes d’exploitation, des chefs d’agences techniques, elles sont venues de toute la France pour cette journée interne dédiée aux femmes des métiers techniques de GRDF … Après avoir écouté leur DG ce matin et quelques témoignages de collègues lors de tables rondes, l’heure maintenant est aux ateliers d’échange.

Toutes ont la fierté de réaliser un travail souvent dévolu aux hommes. Un travail important car la distribution du gaz est perçu comme un enjeu vital. Delphine, responsable d’un pôle d’expertise de maintenance apprécie aussi "la culture de sécurité de l’entreprise parce que dans le fond il s’agit d’assurer celles des personnes et de biens ". Elles jugent très positivement leur entreprise comme une boîte "stable et innovante", qui promeut la diversité des métiers et des parcours que certaines ont pu expérimenter lors des " journées d’immersion" avant de changer de poste. Christelle, technicienne d’intervention qui intervient sur des réparations planifiées ou lors d’alerte sur le réseau "est heureuse de prouver à ses belles-filles que les métiers techniques sont aussi fait pour elles", et se désole que cette option soit si peu véhiculée par l’éducation nationale en matière d’orientation. Noémie, la trentaine, se souvient de l’interdiction qu’on lui a opposée, jeune, de s’inscrire dans un club de foot et vit sa carrière professionnelle presque comme une revanche face à une assignation liée à son genre.

Et avec les hommes, comment ça se passe ?

L’une confie avoir carrément choisie l’entreprise car elle n’avait pas envie de travailler dans un environnement trop féminin. "Je préfère être entourée de quinze garçons plutôt que par des filles qui vont cancaner sur les tenues des unes et des autres", explique une jeune assistante d’exploitation pourtant très élégante.

Elles estiment pourtant qu’il leur faut s’imposer au départ et "lutter contre les a priori, mais une fois qu’on a fait ses preuves vis-à-vis de ses collègues et de son manager, c’est gagné." Il y a parfois des remarques un peu désagréables venant de certains garçons, même des jeunes, du style : " elle a été promu parce qu’elle était jolie". Pas de quoi se démonter : " Moi, je leur réponds : et vous, vous pensez que vous êtes tous des beaux gosses !" s’amuse l’une d’entre elles. Elles s’accordent à penser que leur situation et la considération dont elles jouissent est bien meilleure chez GRDF que chez leur cousin Enedis (ex- ERDF), dont elles fréquentent le personnel dans des unités mixtes aux deux entreprises. On discute des mérites comparés des gaziers de GRDF par rapport aux électriciens d’Enedis. "C’est clair, les gaziers sont beaucoup moins machos que les électriciens", s’accorde le petit groupe qui prépare la restitution de son atelier. Elles attribuent cette situation à l’évolution des mentalités provoquée par une direction de l’entreprise assumée successivement par deux femmes et en particulier Sandra Lagumina, qui a rejoint depuis le comex d’Engie. Sur cette question de la mixité, Christelle témoigne aussi de la surprise des intervenants extérieurs à l’entreprise avec qui elle travaille en interventions comme les pompiers ou les services techniques de la ville. "Ils demandent : ou est le chef ? Et bien le chef c’est moi en fait".

Mobilité professionnelle

Au final, la condition féminine ne semble pas une entrave, loin de là. Christelle, 43 ans, est entrée chez GRDFà 40 ans, dans un dispositif d’alternance. A l’époque, elle est ambulancière. Un jour, alors qu’elle réfléchit à son projet de reconversion, elle voit sur un site internet que GRDF est en quête de candidatures féminines. Ce sera sa chance, elle est recrutée en contrat de professionnalisation.

Aujourd’hui en poste à Limoges, elle affirme "adorer son métier". Même les astreintes, une semaine par mois, sont bien vécues. "Quand on est ambulancière, on travaille officiellement aux 35 heures mais avec les temps d’attente qui ne sont pas inclus, on fait facilement 46 heures par semaine." La rémunération et les avantages sociaux sont aussi plus attractifs. Héloïse, chef d’agence technique clientèle à la Plaine-Monceau a aussi vécu une forme de reconversion. Diplômée d’une école de commerce, elle travaillait au service achat mais a eu envie d’intégrer un métier technique. A 29 ans, elle dirige aujourd’hui une équipe de 60 personnes, dont 55 hommes. "J’étais une femme et je n’étais pas ingénieure, a priori je cumulais les handicaps, s’amuse-t-elle, je leur ai dit que je ne saurais jamais faire ce qu’ils font à leur place et que ce n’était pas ma mission. Au bout d’un mois, et avec le soutien de ma ligne hiérarchique, tout se passait bien." La pénibilité du métier pose-t-elle un problème spécifique ? Héloïse se souvient d’avoir adapté un planning de terrain pour une femme en fin de grossesse. "A partir d’un moment, c'est compliqué d'aller sur les fouilles ( ndlr : les tranchées) , mais je n’ai pas le sentiment d’avoir traité un problème de femmes. J’ai accompagné la situation d'un salarié de l’entreprise comme je le fais avec tous." La grossesse, considérée comme un simple mal de dos, c'est sans doute la voie de l'avenir.

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