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L'Usine Aéro

"Les facultés du marin sont démultipliées grâce aux systèmes experts embarqués", selon le directeur R&D et innovation de Naval Group

Hassan Meddah , , , ,

Publié le , mis à jour le 03/10/2017 À 16H03

Entretien Les nouvelles technologies numériques comme l’intelligence artificielle et l'internet des objets vont permettre aux marines de bénéficier de navires aux capacités opérationnelles accrues sans augmenter la taille des équipages, assure Jean Gauthier, directeur R&D et innovation de Naval Group.

Les facultés du marin sont démultipliées grâce aux systèmes experts embarqués, selon le directeur R&D et innovation de Naval Group
Jean Gauthier, directeur Innovation et R&D chez Naval Group
© DR.

L’Usine Nouvelle - Qu’attendent les marines des nouvelles technologies ?

Jean Gauthier - On est passé par une première phase qui était l’automatisation des tâches répétitives à bord des navires qui a permis de réduire la taille des équipages. Dans les années 70, nos Agosta, des sous-marins d’environ 1500 tonnes, étaient conduits par un équipage d’une soixantaine de personnes; les Scorpène sortis dans les années 2000 et d'un tonnage comparable sont opérables avec une trentaine de marins seulement.

Quels sont les enjeux aujourd’hui ?

Les navires actuels sont plus complexes à opérer que ceux des générations antérieures. Avec la miniaturisation des senseurs, l'emploi des drones, la capacité à opérer de manière coordonnée au sein de flottes navales interalliées avec des moyens de communication haut débit, leur capacité opérationnelle a cru très sensiblement. Nous parvenons à relever le défi de proposer ces nouvelles générations de navire avec des équipages toujours aussi contenu. Nos outils experts embarqués et les générations à venir comme le big data, l’intelligence artificielle, le machine learning... permettent au marin de prendre des décisions sans avoir besoin de faire toute l’analyse complète d’une situation complexe. Cela démultiplie ses facultés. On donne à ces marins un potentiel bien supérieur à ceux des générations précédentes.

Vous n’hésitez pas à parler du marin augmenté…

La quantité de données produites par un bateau et qui peuvent permettent de mieux l’exploiter sont extrêmement importantes et ne vont cesser de croître avec l'internet des objets. Mais la capacité de l’homme, de traiter en temps réel des informations multiplies et éparses, a ses limites. On ne demande donc plus au marin de traiter la donnée brute. Il doit discerner au sein de propositions de décisions remontées par des outils experts, la plus pertinente pour accomplir sa mission. Par exemple, un outil expert sera capable de prendre en compte des paramètres complexes comme l’état des vagues, la météo, les courants et d’apporter une information synthétique qui permettra de réduire la consommation énergétique du navire. Le marin devient ainsi un "marin augmenté" avec le soutien de ces systèmes experts exploitant l'intelligence artificielle. Il s’agit d'exploiter le maximum d’informations que le bateau génère et reçoit, les corréler, et lui apporter des éléments d’appréciation et de décision sur la tactique à suivre.

Vous insistez également beaucoup sur la notion de temps réel.

Dans certaines situations militaires, la réponse doit être quasi instantanée. Quand une frégate est ciblée par un missile, par exemple. La vitesse est telle que l’on a besoin d’avoir un système logiciel capable d’agréger des millions de données en temps réel, de faire des calculs afin de proposer des stratégies et voire de mettre en œuvre des parades instantanément. A Ollioules, avec nos 1000 ingénieurs, nous disposons du plus grand atelier européen en matière de logiciel temps réel.

Certains veulent armer les drones militaires. Jusqu’où aller dans de domaine ?

Nous ne sommes pas dans la logique de la mise en œuvre d’armes par des drones autonomes qui décideraient d’engager une cible sans que l’homme ait donné son feu vert. Mais il est certain que d'autres le feront et nous devons prendre en compte cette nouvelle orientation dans la définition de nos futurs navires car la stratégie de parade à adopter face à une machine sera probablement différente. Dans le registre de l’auto-défense en revanche, la machine est souvent indispensable pour décider à la place de l’homme. Typiquement pour faire face à une attaque de missile, et mettre en oeuvre une parade par brouillage ou destruction.

Propos recueillis par Hassan Meddah

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