Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Les entreprises françaises débarquent au Nigeria

Solène Davesne

Publié le

Le pays est devenu la première économie d’Afrique. Malgré l’insécurité et la corruption, de plus en plus d’entrepreneurs français arrivent sur ce marché.

Les entreprises françaises débarquent au Nigeria
À Grenoble, Schneider Electric a créé un centre des métiers de l’énergie, pour assurer la formation d’une trentaine de Nigérians chaque année.
© CHILDERIC

Sur le pont qui relie le quartier d’affaires de l’île Victoria au centre-ville de Lagos, l’ancienne capitale du Nigeria, le flot de voitures, de camions et de minibus jaunes bondés est à l’arrêt, comme souvent aux heures de pointe. Dans leurs minibus escortés par la police, les hommes d’affaires français ont eu le temps d’observer les marchands ambulants. En octobre dernier, quarante entreprises françaises, dont Dassault System, Alstom ou Bureau Veritas, se sont rendues avec le Medef international en visite exploratoire au Nigeria. Signe de l’intérêt pour le pays, c’est Pierre Gattaz, le patron des patrons, qui conduisait la délégation. 

Depuis 2014 et la révision de ses statistiques, le Nigeria est devenu la première puissance africaine. Avec 20?millions d’habitants, la chaotique et tentaculaire Lagos pèse à elle seule autant que le PIB du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et du Cameroun réunis. Longtemps concentrées sur les pays d’Afrique francophone, les entreprises françaises n’entendent pas laisser leur place. « Il vaut mieux s’installer au Nigeria plutôt que de multiplier les missions de prospection dans des pays beaucoup plus petits », plaide un responsable d’un grand groupe français. Dominique Lafont, l’ancien directeur de Bolloré Africa logistics, désormais chargé de l’Afrique pour le fonds KKR, est du même avis : « Il faut penser les investissements à l’échelon régional. Le Nigeria est une bonne plate-forme pour investir. »

Les grandes entreprises sont déjà là. Total emploie 3 500 salariés, dont 30 % d’expatriés. Depuis 2006, Bolloré exploite le terminal conteneur du port de Tin Can, l’une des îles de Lagos. Pour aider les plus petites entreprises, les relais locaux s’organisent. Depuis octobre, Business France a rouvert une antenne locale à Lagos pour les épauler, une tâche qui avait jusqu’alors été déléguée à la chambre de commerce franco-nigériane. Le Medef international doit aussi mener une autre délégation au printemps, dans le secteur agro-industiel. Pour les entreprises, c’est une bonne façon de se faire une première idée. Mobilitas a profité du premier voyage en octobre pour confirmer l’existence d’un marché. « Personne ne propose encore notre solution. Mais il faut désormais revenir pour étudier en profondeur la question », confirme Éric Bonnemaison, le chargé d’affaires de l’ETI, qui fournit des solutions d’archivage.

Un marché où la patience est un atout

Tenter l’aventure au Nigeria ne s’improvise pas. Même si le groupe terroriste Boko Aram ne sévit qu’au nord du pays, l’insécurité et les enlèvements crapuleux restent un problème partout, y compris à Port Harcourt et dans la plupart des quartiers de Lagos. Le Nigeria pointe encore à la 160e place du classement Doing Business de la Banque mondiale. Depuis son arrivée au pouvoir en mai, le président du pays, Muhammadu Buhari, a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Son administration a promis de réduire les tracasseries fiscales dont se plaignent les entreprises étrangères. Malgré cela, « la corruption n’est pas un mythe », concède Hans Herdenberger, le directeur développement d’Egis. Pour réduire les risques, le français implanté depuis trois ans à Lagos écarte les appels d’offres de l’État ou des gouvernements locaux. Certains grands groupes privés nigérians ne sont pas plus recommandables et ont la réputation de laisser des ardoises chez leurs fournisseurs. Pour éviter les impayés, « la Coface dispose d’une enveloppe pays de près de 3?milliards d’euros sur le Nigeria », indique un diplomate français.

Mieux vaut s’armer de toute façon de patience. Gemalto a décroché un contrat pour fournir 100?millions de cartes d’identité. Mais depuis deux ans, le projet est quasiment à l’arrêt car l’administration peine à suivre la cadence. Depuis quatre ans, DCNS multiplie aussi les allers-retours pour essayer d’avancer sur un contrat de bateaux patrouilleurs. Sans grand résultat. Alstom, qui convoite une partie de la construction en cours du métro de Lagos, est dans la même situation. « Les Nigérians ne commencent à vous prendre au sérieux que lorsqu’ils vous ont vus vous accrocher plusieurs années », analyse le responsable d’Egis.

Des précautions à prendre

Identifier un bon partenaire peut permettre d’éviter certaines chausse-trapes de la vie des affaires nigérianes. C’est ce qu’est parvenu à faire le fabricant de cartes à puce Gemalto. Il y a quelques mois, il a signé un partenariat technique avec un sous-traitant local pour équiper une usine de cartes à puce dans la banlieue de Lagos. « Il faut avoir une idée assez claire du passé des gens avec qui travailler et éviter de se précipiter. Une fois engagés, certains se croient tout permis et les tribunaux ne sont pas d’un grand recours », met en garde Tanneguy Menager, le responsable au Nigeria du prestataire de sécurité de Geos, qui préconise aussi de veiller aux achats et au recrutement. « Il y a 250 ethnies, autant de langues et deux religions. Il faut trouver un équilibre. Si vous ne recrutez que dans le sud, vous ne pourrez pas réussir à vous implanter dans le nord du pays », explique-t-il.

Décrocher des contrats ne suffit pas, il faut aussi adapter son modèle. Dans un pays où 70?millions de jeunes sont sans emploi et peu formés, cela passe par la formation. Après le kidnapping d’un de ses ingénieurs dans le nord du Nigeria, le spécialiste des énergies renouvelables Vergnet a créé un programme pour former les techniciens assurant la maintenance de sa ferme éolienne, qui doit être achevée dans les prochains mois. Total prévoit d’ouvrir une copie de son école du Creusot, pour former ses conducteurs au transport d’hydrocarbure. Schneider Electric, qui compte 150 salariés dans le pays, a lancé un programme de formation des électriciens. Une trentaine d’étudiants l’ont suivi pendant un an, à Grenoble (Isère). Une étape indispensable pour disposer de prescripteurs et in fine s’assurer d’un marché pour ses équipements. 

PSA reprend pied doucement
 

Depuis le début de l’année, PSA fait son retour au Nigeria. Le constructeur a relancé l’assemblage de Peugeot 301 et 508 dans son usine de Kaduna, dans le nord du pays. Implanté depuis les années 1970, le groupe avait cédé la majorité de ses parts dans sa coentreprise à l’État en 2006. Ces dernières années, le gouvernement nigérian a augmenté ses droits de douane pour inciter les constructeurs à assembler localement. Mais le marché reste modeste. Il se vend au Nigeria encore deux fois moins de voitures qu’au Maroc. Pour devancer ses concurrents asiatiques, le groupe compte sur son image. « Dans tous les bons romans nigérians, il y a toujours un héros au volant d’une Peugeot », souligne Éric Maydieu, le directeur général de PSA Nigeria, qui vise 3 600 véhicules vendus par an. Le groupe a aussi entrepris de former les petits garagistes installés en bord de routes, pour s’ouvrir un marché des pièces détachées. 

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus