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Les entreprises françaises coincées en Iran

Arnaud Dumas ,

Publié le

Les entreprises françaises coincées en Iran
PSA, qui détient 30?% du marché iranien, pourrait être durement touché par la décision de Trump.

Les entreprises citées

La menace planait depuis plusieurs mois. Le 8 mai, le Président américain l’a mise à exécution en annonçant le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et la remise en place des sanctions économiques américaines. Cette prise de position, même attendue, laisse les milieux d’affaires européens sous le choc. « Ce qui est souhaitable, c’est une réponse unie et forte de l’Union européenne », espère un représentant des entreprises. Le « plan global d’action conjoint », signé le 14 juillet 2015 par l’Allemagne, la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni la Russie… et l’Iran avait permis d’entre-ouvrir les vannes des échanges commerciaux avec ce vaste marché de près de 80 millions d’habitants. Les industriels français s’y sont engouffrés. À commencer par Total qui, dès la levée officielle des sanctions en janvier 2016, entamait les négociations avec la National iranian oil company (Nioc). Celles-ci ont abouti à la signature, en juillet 2017, d’un contrat d’exploitation du champ gazier South Pars, pour une capacité de production de 400 000 barils équivalent pétrole par jour, avec une première phase d’investissement évaluée à 2 milliards de dollars. Les constructeurs automobiles ont également profité de l’aubaine.

Le groupe PSA détient 30 % du marché local, avec 444 600 ventes en 2017, et vient de signer des coentreprises avec Iran Khodro et Saipa pour la production de nouveaux modèles. Renault a vu ses ventes augmenter de 49 % en 2017 à 162 000 véhicules. Et prévoyait, lui aussi, de développer ses capacités de production locale avec des partenaires iraniens, pour les faire passer de 200 000 à 350 000 véhicules par an. Côté aéronautique, Airbus devait fournir 98 avions à Iran Air, pour un prix catalogue de 17 milliards d’euros, dont trois ont déjà été livrés. ATR avait signé un contrat pour vingt aéronefs et une option pour vingt autres. L’an passé, les investissements français en Iran ont triplé pour atteindre 1,7 milliard d’euros.

Contre-offensive européenne

Selon le ministère des Affaires étrangères, une quinzaine d’entreprises françaises sont implantées dans le pays et près de 1 200 avaient exporté des biens en 2015. Toutes sont susceptibles d’être concernées par les sanctions américaines, qui s’appliquent aux entités ayant des activités aux États-Unis ou utilisant le dollar. Une définition large. Elles entreront en vigueur après une période de 90 jours ou de 180 jours selon l’activité. « La question se place désormais du côté européen, qu’allons-nous faire ? », se demande Hervé Jouanjean, avocat conseil chez Fidal et ancien directeur général à la Commission européenne. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont indiqué vouloir préserver l’accord de 2015 et protéger les entreprises européennes d’éventuelles sanctions.

La Commission européenne travaille depuis plusieurs mois sur la contre-offensive. « Ce débat a déjà eu lieu dans les années 1990, quand le Congrès américain avait pris l’initiative d’une législation extraterritoriale pour les sanctions contre Cuba, se rappelle Hervé Jouanjean. La Commission européenne avait établi un règlement de « blocking statute » en 1996 pour protéger les entreprises européennes. » L’Europe pourrait repartir sur cette loi de blocage, qui interdit aux entreprises européennes de se conformer aux sanctions étrangères, en incluant l’accord iranien dans le texte. Cela suffira-t-il ? « Le blocking statute est important au niveau politique. Dans la vie des affaires, c’est moins sûr, prévient Hervé Jouanjean. Aucune entreprise ne voudra prendre le moindre risque… » Les entreprises européennes ne peuvent pour l’instant qu’attendre et espérer. Mais des partenaires commerciaux moins exposés au risque de sanctions américaines, comme la Chine, sauront mettre cette période de flou à profit. 

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