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Les convertis de la redistibution

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Les dispositifs d’épargne salariale et d’actionnariat salarié, très répandus dans les grands groupes, commencent à irriguer quelques petites entreprises convaincues.

Les convertis de la redistibution
Aux Tissages de Charlieu, les salariés perçoivent un intéressement calculé sur 25?% du résultat avant impôt de l’entreprise.

La loi Pacte veut démocratiser le partage des bénéfices

Simplifier, inciter et généraliser. Telle est la feuille de route du gouvernement pour développer le partage de la valeur créée par les entreprises avec leurs salariés. Avec un volet dédié dans la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), le gouvernement souhaite que tous les salariés disposent d’au moins un mécanisme d’intéressement, de participation ou d’actionnariat salarié. Une mesure attendue consistera à baisser le forfait social dû par l’entreprise sur le versement de la participation, de l’intéressement ou l’abondement de l’employeur. L’ampleur de la baisse du forfait social n’est pas encore déterminée. Fixé à 20 % depuis 2012, il est déjà réduit à 8 % pendant six ans pour les entreprises de moins de 50 salariés qui signent un accord d’intéressement. Ce taux pourrait être octroyé sans limite de durée pour inciter les petites entreprises à s’équiper, voire disparaître progressivement. Concernant la participation aux résultats, ce mécanisme obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés, le gouvernement envisage d’en simplifier la formule de calcul pour la rendre plus compréhensible par les salariés. Enfin, Bercy veut simplifier les différents produits d’épargne retraite, notamment ceux proposés par l’entreprise, comme le Perco. La loi Pacte mettra en place un mécanisme de portabilité des plans retraite, pour que les sommes versées par un employeur puissent être unifiées avec un autre plan d’épargne retraite en cas de mobilité professionnelle. 

 

Nous distribuons 25 % de nos résultats, car cela résulte du travail de chacun. Il est donc normal que chacun bénéficie d’un retour », assène Éric Boël, le PDG des Tissages de Charlieu. Cet industriel du textile situé à côté de Roanne (Loire) a mis en place un dispositif d’intéressement aux bénéfices dès son arrivée aux manettes de l’entreprise, qu’il a rachetée en 1997. Il y a trois ans, il a poussé l’enveloppe globale redistribuée de 15 à 25 % du résultat avant impôt. La moitié profite à l’ensemble des 70 salariés de manière équitable, l’autre moitié au prorata du salaire. « Il faut trouver un système motivant, explique le dirigeant. Tout le monde se défonce pour l’entreprise. »

Un cas à part, les Tissages de Charlieu ? Les mécanismes de partage des bénéfices sont assez répandus dans les entreprises françaises, souvent plus que chez nos voisins européens. « Les grandes entreprises sont toutes équipées de mécanismes de participation car c’est obligatoire, d’intéressement, de systèmes d’abondement et même de plans d’actionnariat salarié », précise Olivier de Fontenay, associé du groupe Eres, spécialisé dans l’épargne salariale. Dans certaines grandes entreprises, les montants n’ont rien du gadget. L’an passé, Dassault Aviation a versé 99 millions d’euros en participation et intéressement à ses salariés contre 127 millions de dividendes à ses actionnaires. Mais plus la taille de l’entreprise diminue, moins ces mécanismes de partage sont mis en œuvre. Selon les derniers chiffres de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail (Dares), 54,9 % des salariés sont couverts par un tel dispositif. Une proportion qui grimpe à 92 % dans les entreprises de plus de 1 000 salariés, mais chute à 20 % dans celles de 10 à 49 salariés et à 12,5 % dans les TPE. Le partage de la valeur ajoutée devient pourtant de plus en plus important pour mieux répartir les fruits de l’entreprise entre les détenteurs du capital et ceux qui y travaillent. Virgile Chassagnon, professeur d’économie à l’université de Grenoble et directeur de l’Institut de recherche pour l’économie politique de l’entreprise, en revient à la notion de risque.

Impliquer ses salariés… et les fidéliser

La financiarisation de l’économie s’est traduite par une augmentation de la part des bénéfices versée aux actionnaires, les abritant du risque pris lors de leur investissement. « Le risque est alors transféré aux salariés. On le voit avec la stagnation des salaires, explique Virgile?Chassagnon. Puisque l’actionnaire est abrité, faisons donc en sorte que le salarié soit également abrité. » Les dispositifs de redistribution des bénéfices servent précisément à cela.

Les entreprises qui choisissent de partager la valeur ajoutée avec leurs salariés ne le font pourtant pas par pur altruisme. Le spécialiste du traitement Sodistra, implanté à Château-Gontier (Mayenne), a mis en place un système d’intéressement et un plan d’épargne salariale pour renforcer l’implication de ses 47 salariés dans leur travail. Selon Erwan Coatanéa, son dirigeant, l’effet a été immédiat. « Ceux-ci ont alors considéré qu’ils avaient un vrai rôle à jouer tant dans leur propre discipline que dans la gestion collective », témoignait-il lors des Cinquièmes rencontres pour l’épargne salariale. Cette plus forte implication des salariés, mais aussi leur fidélisation à l’entreprise, joue sur la performance de la société. « Nous avons fondé une collectivité humaine fondée sur le projet de servir nos clients le mieux possible, explique Éric Boël. Cela se traduit ensuite économiquement. » L’actionnariat salarié est encore plus efficace. Selon une étude du groupe Eres, 77 % des entreprises ayant mis en place un tel plan ont constaté une amélioration de l’implication des collaborateurs. Et 37 % d’entre elles déclarent même avoir constaté une augmentation de leur profit ! Bien connu pour les managers, notamment avec les stock-options, l’actionnariat salarié se généralise à l’ensemble des effectifs. Les start-up l’ont bien compris. Le Galion Project, le think-tank présidé par Jean-Baptiste Rudelle, cofondateur de Criteo, a publié un guide sur les bons de souscription de parts de créateur d’entreprise (BSPCE), ce mécanisme qui donne le droit d’acheter des actions à un prix fixé à l’avance. Il incite fortement les jeunes pousses à donner des BSPCE à tous leurs salariés pour attirer les meilleurs, renforcer leur implication et les associer au succès futur.

L’actionnariat salarié, un vrai mode de gouvernance

De grands groupes pionniers en ont fait un mode de gouvernance original. Deux sociétés du BTP, Bouygues et Eiffage, caracolent en tête des sociétés du SBF 120 ayant le plus largement ouvert leur capital à leurs collaborateurs, avec respectivement 20,20 % et 21 % de leur capital détenu par leurs salariés l’an passé. Essilor, autre bon élève en la matière, a mis en place en 2017 le plan Boost pour gonfler son nombre d’actionnaires parmi son effectif international. Lancé dans 14 pays où le spécialiste des verres correcteurs est présent, il a permis de multiplier par 2,5 le nombre d’employés détenteurs d’actions en un an. Essilor compte désormais 54,2 % de salariés actionnaires qui, en ajoutant les retraités et les salariés d’anciennes filiales, détiennent 8,4 % du capital et 14,4 % des droits de vote. Une base d’actionnaires solide, fidèle, qui vote en général dans le sens des préconisations du management. « Cela permet de mieux résister face aux menaces », souligne Virgile Chassagnon.

Le non-coté commence également à s’y mettre, petit à petit. Plus difficilement car cela implique de donner une valeur à l’entreprise, sujet tabou, et d’organiser la liquidité des actions. Mais c’est surtout la méconnaissance des dispositifs, tant de l’actionnariat salarié que de l’épargne salariale, qui freine leur essor. La loi Pacte qui prévoit de les simplifier, parviendra peut-être à les mettre sous les projecteurs. 

 

 

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