Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

PME-ETI

Les champions cachés ne se cachent plus

,

Publié le

Créatrices d’emploi, profitant à plein de la croissance et conquérantes, les ETI accèdent enfin à la reconnaissance. Mais restent confrontées à de nombreux défis.

a dix ans, elles sourient de toutes leurs dents. Les entreprises de taille intermédiaire, les ETI créées par la loi de modernisation de l’économie de 2008, se sentent pousser des ailes. « Leurs anticipations d’embauche, d’investissement, de chiffre d’affaires sont au plus haut depuis plusieurs années, assure Fanny Letier, la directrice exécutive de Bpifrance chargé des fonds propres PME, citant une enquête de Bpifrance et de Bercy. Le moral est bon ! » Le dynamisme de la conjoncture économique n’y est bien sûr pas étranger.

Les 5 600 ETI, ces entreprises de plus de 250 salariés et plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, réalisent un quart de la valeur ajoutée en France. Elles ont profité à plein des 2 % de croissance en 2017. Le contexte politique joue un rôle de catalyseur de la confiance des chefs d’entreprise. Les ordonnances réformant le code du travail apportent plus de souplesse, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) rassure les dirigeants familiaux sur la transmission, la simplification de la taxation des plus-values de cession d’actifs mobiliers favorise l’investissement… Et la future loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), qui sera présentée en Conseil des ministres le 18 avril, devrait poursuivre sur la même ligne en s’attaquant à la simplification du pacte Dutreil, aux seuils sociaux et fiscaux, à l’orientation de l’épargne vers le capital des entreprises… Le lancement de la french fab par Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, cimente le tout. « Les ETI comme les nôtres, issues du monde traditionnel, ne sont pas des entreprises que tout le monde connaît, explique Pascal Nadobny, le président d’Addev Materials, une ETI lyonnaise. La french fab montre que l’on n’a pas à rougir de la qualité de nos systèmes industriels. »

Croissance externe à tout va

« Nous avons un gouvernement qui nous est favorable », se réjouit Frédéric Lescure, le président de Socomore. Ce qui n’empêche pas ce dirigeant d’un fournisseur breton de l’industrie aéronautique de rester exigeant. « Si elle veut nous aider, l’autorité publique doit désormais nous libérer des contraintes. » Le message semble passer, sur au moins un point. Le gouvernement veut s’attaquer au chômage, toujours à un niveau élevé autour de 9 %, soit près de deux points de plus que la moyenne de l’Union européenne. Opportunément, une étude de l’Insee publiée en novembre 2017 est venue briser l’idée reçue selon laquelle la création d’emploi était surtout le fait des petites entreprises. Les ETI ont créé 337 500 emplois entre 2009 et 2015 [lire l’infographie ci-contre], au plus fort de la crise, soit entre trois et quatre fois plus que les PME (96 400). Les grandes entreprises, de leur côté, en perdaient 80 700 et les TPE 98 900. Des résultats édifiants auxquels l’institut de la statistique est parvenu en décomptant non plus par unité légale, mais par catégorie d’entreprises. Ce qui donne une image plus proche de la réalité des ETI, souvent constituées sous la forme de groupes de plusieurs de ces unités. « On commence à comprendre que, pendant la période difficile, ce sont les ETI et non les grands groupes ou les PME qui ont créé de l’emploi », se félicite Jean Mane, qui dirige une ETI de fabrication d’arômes et de parfums qui réalise plus de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, située à Bar-sur-Loup (Alpes-Maritimes).

Les ETI montrent leur caractère offensif. Plus structurées que les PME, mieux financées, elles sont bien positionnées pour racheter des concurrents. Et ne s’en privent pas. Fanny Letier l’a constaté parmi les vingt-trois sociétés de la première promotion de l’accélérateur ETI de Bpifrance, dont le coaching de deux ans s’achèvera l’été prochain. « Elles sont très actives sur la croissance externe, aussi bien en France qu’à l’étranger, et c’est la bonne stratégie, souligne-t-elle. C’est le moyen de prendre des positions à l’international, et sur le Mittelstand allemand en particulier. » Socomore, passé de l’accélérateur PME à l’accélérateur ETI en 2017, l’illustre bien. Cette société de traitement de surface métallique et composite pour l’aéronautique doit deux tiers de sa croissance à des rachats. « Nous nous sommes équipés pour faire trois ou quatre acquisitions par an, déclare Frédéric Lescure. Nous avons réalisé la neuvième il y a un mois. » L’ETI située à Vannes (Morbihan) devrait atteindre 65 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année, après 47 millions d’euros en 2016.

Le principal défi de ces entreprises, aujourd’hui, réside dans les compétences. Selon une étude de mars 2018 du cabinet Eurosearch, 68 % des ETI s’apprêtent à renouveler leur management dans les six mois, principalement pour renforcer la direction commerciale et la direction des opérations. Mais, alors que 67 % sont installées en région selon Bpifrance, souvent loin des métropoles, les ETI peinent à attirer jusqu’à elles de nouveaux talents. « Tout le monde cherche un chief digital officer, un ingénieur commercial qui parle quatre langues, un spécialiste de l’automatisation des process…, constate Florent Lauzet, directeur associé chez Siparex chargé du fonds ETI. C’est la difficulté des ETI par rapport aux grandes entreprises. » Toujours selon Eurosearch, 81 % des ETI ont du mal à recruter. Chacun y va de son remède. Socomore mise sur les projets à offrir à ses recrues, sur sa capacité à donner du sens à leur travail et… sa proximité avec l’océan. L’ETI bretonne fait également partie d’une initiative locale, « jobconjoints.bzh ». « Pour faire venir un talent chez nous, il faut aussi trouver un travail à son conjoint », confie Frédéric Lescure. Bpifrance a choisi de faire travailler ses promotions d’ETI sur la marque employeur. « C’est un travail que chaque entreprise doit faire, estime Fanny Letier. Comment faire du storytelling sur l’ADN de l’entreprise, sa vision, sa démarche internationale… »

La transmission, un enjeu de taille

C’est une question de pérennité pour ces entreprises de se renforcer. Le Mouvement des ETI (Meti) rappelle souvent que le nombre d’ETI était identique en France et en Allemagne au début des années 1980. Aujourd’hui, elles sont moitié moins de ce côté-ci du Rhin, même si leur nombre est passé de près de 4 500 en 2010 à 5 600 en 2015. Un effet direct de la création du pacte Dutreil en 2008 qui a réduit le coût de la transmission d’entreprise et permis aux familles de céder leur capital industriel à leurs descendants plutôt qu’à un investisseur extérieur. « C’est encore insuffisant, déplore Frédéric Coirier, le coprésident du Meti à la tête de Poujoulat. Seules 17 % des ETI se transmettent, contre plus de 50 % en Allemagne. » Un enjeu critique alors que 45 % des ETI françaises sont familiales et 19 % patrimoniales (plus de la moitié du capital détenue par des personnes physiques). « La transmission reste trop chère, regrette Jean Mane. C’est d’autant plus grave qu’il y a des masses monétaires considérables à disposition de fonds étrangers. S’il m’arrive quelque chose demain, mes héritiers pourraient-ils payer »

La menace est d’autant plus prégnante que la gestion d’une ETI présente des difficultés liées précisément à sa taille. « La volatilité du business est beaucoup plus forte aujourd’hui. Les entreprises sont confrontées à des à-coups industriels et financiers, explique Florent Lauzet. Les ETI ont des problématiques de grands groupes, mais avec des moyens différents. » Elles sont, finalement, encore petites mais doivent se comporter comme des grandes. Une fois ETI, elles perdent de nombreuses aides publiques réservées aux PME et se frottent également à l’application de normes complexes. Comme le règlement général sur la protection des données (RGPD) qui obligera à partir du 25 mai les entreprises à mieux gérer les données collectées. « Mais au moins il s’appliquera de la même manière à toutes les entreprises européennes », soupire Frédéric Coirier. La loi Sapin II, contre la corruption, elle, ne s’applique qu’aux sociétés françaises de plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le Meti estime à 300 000 euros le coût supplémentaire en frais de personnel et en consultants extérieurs pour s’y conformer. « Alors que c’est un sujet de grand groupe, nous ne sommes pas concernés ! » s’emporte le coprésident du Meti.

Ces défis, les ETI vont devoir les relever. Et vite. C’est aujourd’hui, tant que la conjoncture leur sourit, qu’elles doivent se structurer. « La crise va arriver et il faudra qu’on la gère », prédit Frédéric Lescure. 

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle