Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

"Les accords majoritaires ne devraient pas pouvoir déroger à la loi", selon Philippe Martinez (CGT) 

Cécile Maillard , , , ,

Publié le

Entretien A la veille d’une journée de grève et manifestations, le jeudi 9 avril, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT depuis février, réagit à la proposition de loi sur le dialogue social et rejette toute réforme du contrat de travail. 

Les accords majoritaires ne devraient pas pouvoir déroger à la loi, selon Philippe Martinez (CGT) © CGT - capture vidéo YouTube

L'Usine Nouvelle - Le gouvernement a envoyé son projet de loi de réforme du dialogue social aux partenaires sociaux. Va-t-il dans le bon sens selon vous?

Philippe Martinez - Ce projet de loi reste très proche du texte final des négociations entre partenaires sociaux, qui n’avait obtenu aucune signature. Il prévoit, ce qui est grave, la possibilité de négocier des accords d’entreprise sans les délégués syndicaux. Il autorise une fusion des instances représentatives du personnel dans les entreprises de plus de 300 salariés, ce qui était une revendication du Medef. Le Premier ministre affirme que, dans ce cas, aucune prérogative des CHSCT (comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) ne sera supprimée. Mais ce n’est pas très clair : parle-t-il uniquement du droit d’aller en justice ou de toutes les attributions des CHSCT ? Ces instances sont très importantes, notamment dans l’industrie, pour parler d’organisation du travail.

Sur ce sujet, la CGT a de nombreuses propositions à faire. Chez Renault, nous avons lancé une expérimentation, avec le CNAM. Dans un atelier de Flins, il y avait à la fois un problème pour les salariés, avec une organisation du travail trop rigide et des maladies professionnelles, et un problème pour l’entreprise, avec une non-qualité des produits. Les chercheurs du CNAM ont passé du temps avec les salariés, analysé la différence entre le travail prescrit et le travail réel. Cette démarche a permis de régler une partie du problème de non-qualité des produits, et une partie du problème de qualité du travail.

Les fusions d’instances ne se feront que par accord de syndicats représentant au moins la moitié des salariés…

Les accords majoritaires, c’est bien, mais tout dépend des circonstances dans lesquelles se fait la négociation, le couteau sous la gorge ou pas. Dans les négociations sur les accords de maintien dans l’emploi, il s’agit le plus souvent de choisir entre la peste et le choléra, entre un accord majoritaire et la fermeture de l’entreprise. Les accords majoritaires ne devraient pas pouvoir déroger à la loi. Il faut un socle commun de droits sociaux, afin que tous les salariés soient traités de la même façon. Or avec cette loi, les accords d’entreprise pourront faire moins bien que la loi.

Ne fallait-il pas simplifier le dialogue social dans l’entreprise, afin de le rendre plus efficace ?

Simplifier, oui, mais pas comme ça ! Il y a un réel besoin de réduire le nombre de réunions. On passe plus de temps à les préparer qu’à négocier ! Mais sur certains sujets, nous avons besoin de plus de temps, pour recourir à des experts et proposer des projets alternatifs. Or, au nom de la simplification du dialogue social, le projet de loi réduit ce temps. On retrouve la même logique que dans les nouveaux plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), dont les partenaires sociaux ont fait un premier bilan, vendredi 3 avril, au ministère du Travail. Ces PSE négociés laissent moins de temps à l’expertise, à la recherche d’alternatives, et se concentrent sur les modalités de sortie de l’entreprise ou de reclassement. Comme ils suscitent moins de contentieux, ils donnent l’impression qu’il n’y a plus de problème en cas de fermeture ou de restructuration d’entreprises.

La CGT signe pourtant ces accords sur les PSE…

Bien sûr, car nous ne sommes pas déconnectés des salariés. Quand nous n’arrivons pas à les convaincre, nous les écoutons. Mais le temps nécessaire pour convaincre n’est pas suffisant. Quand on a trois semaines pour refuser la suppression de plusieurs centaines de postes, les salariés nous interpellent sur les conditions de sortie : les indemnités, les formations… A Lorient, dans une petite entité de STX, un projet de restructuration divise par deux le nombre de salariés. Or ils savent faire des bateaux électriques, cela aurait mérité d’avoir le temps de discuter de l’avenir.

Le gouvernement s’apprête à réformer le contrat de travail, ou à en proposer un nouveau. Comprenez-vous le besoin des entreprises d’assouplir ce qu’elles vivent comme un frein à l’embauche ?

La CGT défend des droits collectifs. Nous ne pouvons pas accepter les contrats de gré à gré, sinon c’est la liberté totale, pour l’employeur, de licencier comme il le veut. Tout contrat de travail qui tend à individualiser les relations salariés/employeur n’est pas bon pour le salarié. Nous avons besoin de règles collectives. Nous souhaitons raisonner en filière. Ce sont les TPE et PME qui trouvent le contrat de travail trop rigide. Mais c’est le donneur d’ordre qui le rend rigide. Il ne dévoile jamais ses projets à long terme, ne permet pas d’anticiper les évolutions technologiques,  pille souvent les sous-traitants de leur savoir-faire en débauchant les jeunes, plutôt que de participer à leur formation. Nous avons besoin d’une démarche de filière, économiquement, mais aussi socialement, parce qu’elle permet d’anticiper les évolutions technologiques, de faire de la gestion prévisionnelle des emplois..

La CGT, avec FO, la FSU et Solidaires, appelle à un mouvement de grève et de manifestation jeudi 9 avril. Pourquoi ?

Il y a beaucoup de mobilisations, dans les entreprises et les branches, sur les salaires. Notre campagne sur le coût du capital commence à porter ses fruits, et l’idée d’un autre partage des richesses avance. Il faut que tous ces mouvements soient visibles par tous. Parce que cela donne confiance à ceux qui y sont engagés, et parce que cela peut suggérer des idées aux autres. Une journée de ce type n’est pas LA solution, sinon on en ferait plus. Mais elle permet d’enclencher des choses. Quand on l’organise à quatre organisations syndicales, c’est bien. Si nous étions plus, ce serait mieux…

Est-ce le moment de demander une hausse des salaires, alors qu’il n’y a pas d’inflation ?

Même avec une faible inflation, le pouvoir d’achat stagne et parfois recule, car certains éléments de rémunération sont supprimés ou revus à la baisse. Chez Renault, cela fait trois ans que les salariés ont 0% d’augmentation. Mais il y en a un qui a eu une augmentation. De 169%... (NDLR : il s’agit de Carlos Ghosn, PDG de Renault).

Toutes les entreprises ne sont pas Renault…
Ailleurs, c’est pareil. Quand un donneur d’ordre dit 0, c’est 0 pour tout le monde ensuite y compris chez les sous-traitants. Les grandes entreprises se portent beaucoup mieux, mais pas les TPE et PME. Tout le monde travaille pour les dividendes du donneur d’ordre. De l’argent il y en a, il est mal réparti.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche, Thibaut De Jaegher, Cécile Maillard

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle