Economie

"Le rythme des réformes est clé pour la France", selon Jean-Pierre Letartre, président d’EY France

Solène Davesne ,

Publié le

Entretien Pour les dirigeants de filiales de groupes étrangers, l’attractivité de la France reste à la peine. Le président d’EY France, Maghreb et Luxembourg estime que quelques signaux forts pourraient améliorer l’image du pays à l’étranger

Le rythme des réformes est clé pour la France, selon Jean-Pierre Letartre, président d’EY France © D.R.

L'Usine Nouvelle - L'attractivité de la France s’est-elle améliorée?

Jean-Pierre Letartre - L’image reflète souvent le passé plus que le présent. Il y a une prise de conscience du décrochage de la part des pouvoirs publics et c’est un point positif. Ce qui compte, c’est l’attractivité de la France relative aux autres pays. Les choses vont dans le bon sens mais pas assez vite. Il y a encore trop de signaux contradictoires. Il y a un manque de lisibilité de l’action du gouvernement. On a besoin d’actions plus en ligne avec le message et des mesures qui aillent assez vite car le temps joue contre nous. C’est comme dans le tour de France. Lorsque vous décrochez, il faut pédaler plus vite que les autres pour revenir dans le peloton. Le rythme des réformes est la clef.

Supprimer les 35 heures ou réformer de fond en comble le marché du travail en quelques mois risque d’être compliqué, non ?

Il faut arrêter de dire qu’on ne peut rien changer. Je pense que les Français y sont plus prêts que les dirigeants ne le pensent. Il y a des symboles inutiles, comme le délit d’entrave que le gouvernement s’est engagé à supprimer, et des tabous bloquants qu’il faut lever. Quelques mesures simples peuvent changer l’état d’esprit et avoir un impact rapide sur l’attractivité. Supprimer deux jours fériés aurait un impact psychologique fort par exemple, sans changer l’organisation du travail. Lorsqu’un investisseur étranger réfléchit à son implantation, il a souvent un magnifique business plan sous le bras mais l’affect, la perception compte aussi beaucoup dans la décision finale d’investir. Avec quelques signaux forts, on peut le changer.

Quelle mesure est prioritaire pour restaurer l’image de la France ?

La simplification administrative réelle est probablement l'une des mesures les plus importantes. Il faut le faire plus vite, plus fort. Les initiatives du gouvernement dans ce domaine vont dans le bon sens, mais lorsque vous mettez en face le compte pénibilité, l’environnement devient illisible. La rénovation du dialogue social doit aussi être possible. La France est importante en Europe et est un objet d’attention dans les grands groupes. Tant mieux. Rien ne serait pire que le désintérêt.

Le pacte de responsabilité a-t-il eu un effet ?

Le crédit d’impôt compétitivité est compliqué à expliquer à l’étranger mais il a certainement participé à montrer un changement de mentalité en France. En matière d’attractivité, la fusion entre les deux agences publiques AFII et Ubifrance est une bonne chose comme tout ce qui concentre les moyens. La réforme territoriale, qui participe aussi à cette concentration des moyens est une bonne chose. Le gouvernement nous écoute. Mais le problème est sa capacité d’exécution. Il faudrait se poser la question de la mise en œuvre des réformes. Lorsque le temps presse, il faut changer de méthode.

Propos recueillis par Solène Davesne

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