Le président de la Fédération de la formation professionnelle veut "créer un crédit d’impôt formation"

Jean Wemaëre, président de la Fédération de la formation professionnelle (FFP), milite pour la mise en place d’un crédit d’impôt formation pour les entreprises et les particuliers.

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Le président de la Fédération de la formation professionnelle veut
Jean Wemaëre, président de la Fédération de la formation professionnelle (FFP).

Le gouvernement s’apprête à lancer une vaste réforme de la formation professionnelle, en s’appuyant, a priori, sur les résultats d’une négociation que devraient mener les partenaires sociaux d’ici fin janvier 2018. Président de la Fédération de la formation professionnelle (FFP), qui représente les organismes de formation, Jean Wemaëre milite pour un accès plus simple à la formation, recentrée sur les bénéficiaires et encouragée par un crédit d’impôt.

L'Usine nouvelle - Ne fallait-il pas faire le bilan de la réforme de 2014 avant de lancer une nouvelle réforme de la formation professionnelle ?

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Jean Wemaëre - Nous avons soutenu l’ambition portée par la réforme de 2014 qui était de responsabiliser les entreprises dans leur investissement en formation et d’assurer un droit individuel à la formation pour tous par la création du compte personnel de formation (CPF). Mais la complexité du système français de formation et l’enchevêtrement des dispositifs demeurent, et sont un véritable frein au développement des compétences pourtant essentiel à la performance économique et sociale du pays. Seulement 17 millions de Français, soit 36% de la population active, partent en formation chaque année, contre 53% en Allemagne.

Qu’attendez-vous, surtout, de la réforme qui s’annonce ?

Nous attendons que les bénéficiaires, jeunes, salariés, demandeurs d’emploi, entreprises, soient remis au centre du système de formation. Il faut faciliter l’accès à la formation pour tous, quel que soit le niveau de qualification et quel que soit le statut. Le CPF doit être un véritable droit universel grâce auquel chacun peut accéder à la formation de son choix. Cela suppose de supprimer les listes de formation éligibles pour offrir une plus grande liberté de choix aux utilisateurs du CPF, et d’abonder le CPF en euros et non en heures, pour une meilleure visibilité des droits disponibles.

En revanche, il faut s’assurer que le CPF ne soit mobilisé qu’auprès d’entreprises de formation dont le professionnalisme serait reconnu par une agence indépendante. Ce serait à mon sens plus complet qu’un "TripAdvisor de la formation" qui existe déjà par ailleurs (NDLR : évoqué par la ministre du Travail). A chaud, les stagiaires sont généralement contents de leur formation. Chaque entreprise de formation devrait également communiquer, en toute transparence, ses résultats, des informations pertinentes sur les formations qu’elle délivre, comme par exemple les taux de certification ou d’insertion dans l’emploi.

Mais il faut aller plus loin et mettre en place un crédit d’impôt formation, pour encourager les particuliers à compléter les droits disponibles sur leur CPF, et pour inciter les TPE/PME à investir dans les compétences de leurs collaborateurs. Et pourquoi pas créer un Compte Epargne Formation pour les particuliers qui pourraient, s’ils le souhaitent, réinvestir leurs jours de congés payés ou de RTT dans leur parcours de formation ?

Un tel crédit d’impôt représenterait un coût très important pour les finances publiques…

Toutes ces mesures seraient créatrices de richesse ! Avec un point de croissance du taux d’accès à la formation, le PIB de la France augmenterait de 0,33%, grâce aux gains de productivité, à la réduction du chômage, à l’accélération de l’innovation… C’est ce que démontre l’étude que nous avons menée avec Roland Berger, qui évalue aussi l’impact des mesures proposées par la FFP comme le crédit d’impôt formation. Ces mesures auraient un effet positif considérable pour la compétitivité des entreprises comme pour les finances publiques par l’accroissement de la richesse produite.

Laisser l’individu seul face à la décision de se former, n’est-ce pas prendre le risque que certains, les moins informés et formés, ne s’emparent pas de ce nouveau droit ?

C’est effectivement un point important : l’individualisation de la formation doit aller de pair avec un meilleur accompagnement des individus. Actuellement, 25 à 30% des formations des demandeurs d’emploi seulement débouchent sur un emploi. Il faut passer d’une logique de prescription à une logique d’accompagnement, en mettant fin au monopole de Pôle Emploi et en développant un marché ouvert de l’accompagnement. Parallèlement, dans l’entreprise, les syndicats pourraient informer les salariés, leur recommander des formations, bref passer d’un paritarisme de gestion à un paritarisme de services.

L’approche territoriale permet-elle de rapprocher les offres de formation des besoins des entreprises ?

Dans l’idéal, il faut faire un mixte entre l’approche de branche et l’approche territoriale. Les régions, à qui on a confié la responsabilité de la formation, n’ont pas toujours la connaissance de l’évolution des métiers, que peuvent avoir les branches professionnelles. C’est l’agilité du système qui est fondamentale. Il faut le "décomplexifier", le simplifier, l’alléger, le rendre fluide. En partant systématiquement des besoins des entreprises et des actifs.

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