Le patron de Toyota et le déficit d'image de Lille

Pour Didier Leroy, président CEO de TMMF (Valenciennes), la métropole lilloise n'attire pas assez les talents. Un constat lucide, tout comme son explication du phénomène.

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Le patron de Toyota et le déficit d'image de Lille

En cours de construction, « l'Aire Métropolitaine de Lille » s'étend du bassin minier à l'autre côté de la frontière belge avec la ville de Lille en point d'orgue. « Avec 3 millions d'habitants, ce territoire transfrontalier dispose de la taille et de la puissance d'une grande métropole capable de s'imposer sur la scène internationale et dans une Europe de plus en plus multipolaire », estime Pierre Mauroy, président de la communauté urbaine Lille Métropole.

C'est l'un des vingt-trois partenaires français et belges (intercommunalités, départements, provinces et région Nord-Pas-de-Calais) qui étudient ensemble la manière de développer les transports, les espaces naturels, la valorisation des voies d'eau, la gestion des ressources en eau, la société de la connaissance, la ville créative, l'urbanisme durable et l'attractivité. Avec en ligne de mire des projets d'intérêt généraux. Pour l'heure, ils n'en sont qu'au stade des premières discussions.

De chaque côté de la frontière des patrons s'expriment sur l'image de la métropole lilloise et sa place dans l'Aire métropolitaine (à lire aussi dans « L'Usine Nouvelle » n°3071, pages 52-53), et ci-dessous Didier Leroy, président CEO de TMMF (Valenciennes), Executive vice-president de Toyota Motor Europe, Managing Officer de Toyota Motor Corporation.

L'UN : Quels sont les atouts de l'agglomération lilloise ?
Didier Leroy :
L'agglomération lilloise est naturellement bien dotée : un positionnement géographique avantageux au coeur d'une « Euro » région, une démographie dynamique, des possibilités multiples en termes logistiques, des acteurs économiques de renommée internationale et des savoir-faire à forte création de valeur.
Toutes ces considérations participent à faire de la région lilloise un acteur fort en Europe, et l'on peut se féliciter que l'ensemble des décideurs locaux en aient pris la mesure. Je prendrai ici en exemple la candidature de Lille aux Jeux Olympiques ou, plus récemment, les évènements culturels de ces dernières années comme l'expression d'une maturité à vouloir se hisser parmi les régions européennes qui comptent.

Que manque-t-il à la région pour qu'elle devienne une véritable métropole « internationale » ?
Permettez-moi de voir cette question avec un oeil d'industriel. Je crois qu'il faut toujours garder à l'esprit ses fondamentaux : capitaliser sur ses forces, toujours jouer la carte de la cohésion entre les pouvoirs publics, les acteurs économiques et l'enseignement, et enfin faire savoir pour susciter la curiosité, devenir une référence.
Le pire qui puisse arriver serait que l'on investisse toutes nos forces sur la dynamique des pôles d'excellence en omettant que bon nombre des jeunes ne pourront devenir des chercheurs de renom. Je crois qu'il faut redonner également aux métiers industriels leurs lettres de noblesse car ce sont eux qui créeront les emplois de demain, garants de la vigueur de l'économie régionale.

Que faudrait-il faire pour rendre son image plus attractive ?
Au fil des rencontres qu'il m'est donné de faire avec les acteurs du territoire, je suis frappé du regard que ceux-ci portent sur leur propre région. Il est indéniable que beaucoup sont attachés au Nord. Cependant, si je prends l'exemple d'un panel d'élèves ingénieurs que j'ai rencontrés récemment : dans certaines écoles, bon nombre d'étudiants ne viennent pas de la région et pourtant, en la découvrant, ils s'y plaisent. Malheureusement, en fin de scolarité, beaucoup comptent trouver du travail ailleurs en France.
On pourrait se dire facilement que cette « fuite de cerveaux » serait due à des carences concernant le cadre de vie ou les activités culturelles . Or, bien souvent, il n'en n'est rien. Je crois que nous sommes peut-être tous les premiers responsables : à ne pas faire d'éloges de notre propre région, comment ne pas s'étonner si, ensuite, nous souffrons d'un déficit d'image ? Ne sommes-nous pas les premiers à autoalimenter cette idée que la vie dans notre région n'est pas des plus agréables ?
On comprendra alors pourquoi les jeunes talents partent ailleurs ou que des cadres de haut vol rechignent à accepter un poste dans la région.

Que peut-on attendre des industriels dans ce domaine ?
Ils peuvent avoir un rôle majeur. Je crois qu'en jouant sur ses atouts, en travaillant le quotidien en profondeur et dans le concret, en se disant que chaque difficulté rencontrée est une opportunité d'amélioration, je crois que beaucoup d'industriels du territoire pourront rassurer les autres acteurs. Ils peuvent, de part leur combativité et de la qualité de leur management, s'imposer comme des modèles à suivre pour le territoire et devenir les contre-exemples de la délocalisation. C'est, en tout cas, ce que nous tentons de démontrer sur notre site Toyota à Onnaing.

Propos recueillis par notre correspondante dans le Nord-pas-de-Calais, GENEVIEVE HERMANN


Lire dans « L'Usine Nouvelle » 3071,
notre dossier « Spécial Lille », pages 47 à 54
  • Economie : Lille rebondit sur ses acquis, avec l'interview de Martine Aubry, page 47
  • Aire métropolitaine : L'ouverture vers la Belgique, page 53
  • Formation : Une école d'ingénieurs textile tournée vers l'international, HEI proche des entreprises, L'IEMN ou la plus grande salle blanche universitaire, pages 54-55


En complément de ce dossier sur www.usinenouvelle.com

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