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Le Nigeria, "un Far West où il y a tout à faire" pour les entreprises du Medef

Solène Davesne ,

Publié le

Reportage Pour ce voyage en Afrique, le patron du Medef Pierre Gattaz emmène une cinquantaine d’entreprises prospecter au Nigeria, désormais première puissance économique du continent. Mais si les opportunités sont nombreuses, les difficultés sont à la mesure.  

Muhammadu Buhari, président du Nigéria, recevant la délégation française - Crédits : @TheGreenVilla CC Twitter 

"C’est un Far West ici. Il y a tout à faire, il faut y aller", s’enthousiasme le président du Medef Pierre Gattaz en visite au Nigeria. Depuis dimanche 4 octobre, le président du Medef conduit une délégation d’une cinquantaine d’entreprises françaises, à Abuja et Lagos, la tentaculaire capitale économique du sud.

Pour son premier déplacement en Afrique en tant que numéro un de l’organisation patronale, Pierre Gattaz n’a pas choisi ce pays au hasard. Depuis l’an dernier, le Nigeria est devenu le pays le plus riche du continent, devant l’Afrique du sud et l’Egypte.


"On voit très souvent les Chinois ou les Indiens. Moins les Français", regrette Audu Igbeh, le président de Benagro (agroalimentaire), devenu membre du nouveau gouvernement nommé le 5 octobre.

Les entreprises françaises n’ont pour autant pas envie de laisser passer le train. Car le marché est prometteur. "C’est un pays pré-émergent, comme l’Inde ou la Chine il y a vingt ans",estime l’ambassadeur de France au Nigeria. Sur 173 millions d’habitants, environ 20 à 25 millions appartiennent désormais à cette classe moyenne, principalement dans le sud du pays. Même si le pétrole continue de peser 15 % du PIB, les besoins en biens de consommation mais aussi en infrastructures de transport ou de transport sont gigantesques.

Pour fournir le marché local, PSA a réouvert une petite ligne d’assemblage avec un partenaire.  "C’est le bon moment pour s’installer. Il faut tirer parti du réveil africain qui est en cours", plaide Pierre Gattaz. Les entreprises françaises espèrent profiter des relations au beau fixe entre les deux pays, depuis l’intervention militaire de la France au Sahel et le soutien dans la lutte contre Boko Aram. "Les entreprises françaises peuvent aussi jouer le rôle de passerelle entre le Nigeria et ses voisins francophones", plaide Dominique Lafont, le directeur Afrique du grand fond d'investissement KKR.

S'armer de patience
Pour l’instant, la délégation du Medef est surtout en "voyage exploratoire". Parmi les entreprises, quelques grands groupes sont toutefois déjà présents sur place, comme Total, Air Liquide ou Bureau Veritas.

"On ne peut pas ne pas être au Nigeria", estime Patrick Lucas, le président du comité du Medef et de l'entreprise Gras Savoye, dont le bureau nigerian a ouvert il y a trois ans.

D’autres sont venus en repérage comme Mobilitas, une ETI spécialisée dans l’archivage de documents. "Il y a un besoin. Personne n’est encore sur notre créneau", se félicite Eric Bonnemaison, le directeur de projet de Mobilitas.

Le Nigeria n’est pas pour autant un eldorado pour les PME. Certains projets ont connu un coup de frein, sous l’effet de la chute du baril de pétrole et l’organisation des élections présidentielles en mars. D’autres accumulent les retards de paiement. Pour réussir au Nigeria, mieux vaut s’armer de patience. DCNS est en discussion depuis quatre ans pour fabriquer et livrer des bateaux hauturiers. Gemalto espère lui voir le projet de carte d’identité à puce accélerer à nouveau.

D'autres industriels doivent venir 

Lancé il y a deux ans, le programme qui devait fournir 13 millions de cartes dans la première phase n’avance plus depuis. Au total, 100 millions de cartes devraient être distribuées, un marché gigantesque. "Le directeur du projet devrait changer en novembre, cela pourra peut-être aider à le relancer", espère Charles Mevaa, le vice-président Afrique de Gemalto, qui a équipé l’an dernier une usine de production de carte à puce au Nigeria.

Autre problème : la corruption. Même si le nouveau président nigerian a fait de sa lutte son principal objectif, la question reste endémique. "Mais il y a beaucoup d’espoir. Jusqu’à présent, il était impossible de travailler avec la sphère publique. On va peut-être pouvoir à nouveau regarder ces marchés", espère le directeur local de Egis (une entreprise d'ingéniérie) persuadé du potentiel.

Une autre délégation du Medef international, composée d’entreprises du secteur agro-industriel, a déjà prévu de revenir au Nigeria en décembre. Pierre Gattaz, compte lui ne pas s’arrêter pour projeter les entreprises françaises à l'international. En 2016, il devrait conduire une délégation en Côte d’Ivoire,  puis une autre en Asie. "Il faut aller chercher des relais de croissance à l’export. De toute façon en étant en France, vous avez déjà connu le pire avec nos taxes et notre code du travail " ne peut-il pas s’empêcher de lancer  devant les chefs d’entreprises.

Solène Davesne, au Nigeria 

 

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