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[Dieselgate] Frédérik-Karel Canoy, le franc-tireur du Palais

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Publié le , mis à jour le 22/05/2018 À 19H13

L’avocat Frédérik-Karel Canoy représente des propriétaires de véhicules dans la fraude au diesel. Il n’en est pas à sa première bataille contre des grands industriels: il était déjà sur la brèche dans les procès des emplois fictifs de la Ville de Paris, d’EADS lors de ses déboires avec l’A 380, d’Altran et de Vivendi... Portrait.

[Dieselgate] Frédérik-Karel Canoy, le franc-tireur du Palais

Les entreprises citées

Vendredi 18 mai, Maître Frédérik-Karel Canoy a plaidé devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire du dieselgate. Objectif ? Obtenir que l’expertise diligentée par les juges d’instruction sur la fraude aux émissions de Volkswagen s’étende à la pollution et à l’impact sur la santé publique. Ce jour-là, il agissait de concert avec l’un de ses confrères, Maître Emmanuel Ludot, qui lui reconnaît "une vision globale des sujets" pour resserrer l’étau sur le constructeur de Wolfsburg. "Le but c’est d’aggraver le délit de tromperie pour aller sur l’empoisonnement", explique tranquillement l’élégant sexagénaire depuis son cabinet haussmannien de l’avenue ­Kléber.

L’avocat n’est pourtant pas un activiste écolo, adepte de la décroissance. Il a plutôt le goût du luxe et fait admirer avec un plaisir évident les vues de son bureau : à droite l’Arc de triomphe, à gauche "ses deux cantines", le Raphaël et le Peninsula… Des palaces. Il affirme représenter plus d’une centaine de propriétaires de véhicules Volkswagen, Audi, Renault, Peugeot et Fiat. "Il a fallu faire venir le menuisier pour construire une étagère pour tous ces dossiers", glisse-t-il.

Un certain goût pour la lumière

Il agit pour le compte de privés. Le juge a autorisé une action collective, portée par des associations, mais ce n’est pas la tasse de thé de Frédérik-Karel Canoy. D’ailleurs, il les trouve trop molles. "L’UFC-Que Choisir n’a lancé aucune action d’ampleur dans ce dossier. Et puis Maître Canoy ne veut pas être le larbin d’une association", s’exclame-t-il à la troisième personne.

Les constructeurs automobiles ne sont pas les seuls industriels à trouver cet avocat sur leur chemin. Il représente en ce moment des victimes du Mediator commercialisé par les laboratoires Servier, dont le procès devrait s’ouvrir à la rentrée, des actionnaires d’Altice s’estimant victimes d’une information trompeuse ou encore d’Areva. C’est en défendant des consommateurs floués, des actionnaires trompés, des contribuables lésés que l’avocat se retrouve dans des affaires pénales qui défraient la chronique. Il était déjà sur la brèche dans les procès des emplois fictifs de la Ville de Paris, d’EADS lors de ses déboires avec l’A 380, de la Société générale avec Jérôme Kerviel, d’Altran et de Vivendi. Jamais vraiment en première ligne, puisque ne défendant ni les entreprises concernées ni les mis en examen, mais dans la bataille, grâce à son action de défense des parties civiles lésées par ces fraudes en col blanc.

Le choix d’un "opportuniste", selon un habitué des prétoires. Frédérik-Karel Canoy ne cache pas que la médiatisation le sert et affiche un certain goût pour la lumière. "Si l’on m’appelle, je suis partant pour m’occuper de la succession de Johnny Hallyday. Choisir mes clients, c’est ma liberté", souligne celui qui a commencé comme simple clerc de notaire, dans la tradition familiale maternelle, avant de se tourner vers le barreau. Est-ce l’effet du parcours de son père, un néerlandais échappé de camps allemands en 1940, engagé dans la Royal Air Force puis dans l’armée américaine, avant de devenir après-guerre cadre chez Coca-Cola ? Il semble regretter d’être né dans une période où ne souffle plus le grand vent de l’histoire, un sujet qui le passionne.

Batailleur… et pragmatique

En attendant, l’affaire du dieselgate lui fournit matière à défourailler. "Rendez-vous compte : alors que le PDG de Volks­wagen a lui-même avoué la fraude, l’entreprise n’a que le statut de témoin assisté. Si cela n’est pas un indice grave et concordant pour une mise en examen ! Pour François Fillon, il ne leur a pas fallu si longtemps." Il explique cette prudence par la volonté de protéger l’industrie automobile. Car derrière Volks­wagen, tous les constructeurs sont mouillés, selon lui. "La lanceuse d’alerte, c’est Ségolène Royal avec ses tests, On peut la remercier. En plus elle est si élégante, elle aurait dû être ­présidente", conclut-il, patelin et un brin provocateur.

Au pénal, l’homme n’a pourtant pas connu que des succès. Ni pour les actionnaires de Vivendi, ni pour ceux de la Société générale. Dans ce dernier cas, ses clients n’ont rien obtenu de la cour. "Zéro !" fustige-t-il. Mais la banque a fini par accepter de les indem­niser pour clore la procédure qu’il a engagée au civil. Au-delà de ses grands discours sur la justice, l’homme est un pragmatique. "Je fais tout pour que les constructeurs soient mis en examen, mais mon but c’est que les gens soient indemnisés par la voie judiciaire ou d’une autre manière."

Selon son ami, l’avocat Francis Chouraqui, "il a le souci de ses clients. Il se donne une obligation de résultat, pas de moyens". Il a d’ailleurs discrètement rencontré des représentants de Volkswagen au salon automobile de Francfort. Sans succès. L’un de ses confrères lui ayant fait le reproche de ne pas l’avoir prévenu s’est fait renvoyer dans ses buts. Franc-tireur et indépendant. 

En quelques mots

  • Famille Issu d’une famille nombreuse et élevé dans une grande maison à Suresnes (Hauts-de-Seine), il est lui-même père de quatre enfants.
  • Racines Dans son bureau, figure l’arbre généalogique de sa famille. Ses ancêtres, des Espagnols des Pays-Bas, le rattachent à l’épopée de Charles Quint.
  • Histoire Il aime consulter les archives de l’armée à Vincennes pour "vérifier" ses lectures historiques. L’un de ses livres préférés est « Les Champs de braises », d’Hélie de Saint Marc.

 

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