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L'usine Agro

Le commerçant producteur

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Didier Duhaupand préside à la destinée des Mousquetaires, acteur de la grande distribution et poids lourd de l’industrie agroalimentaire. Il doit faire entendre cette double voix aux états généraux de l’alimentation.

Le commerçant producteur
Didier Duhaupand

Comme Michel-Édouard Leclerc, il représente l’un des rares distributeurs dont les dirigeants de magasins en sont aussi les propriétaires. Mais à l’opposé de « MÉL », Didier Duhaupand, 60 ans, président depuis l’an passé du groupement Les Mousquetaires (40,2 milliards d’euros de vente en 2016 et 146 000 salariés), fuit les médias. Aux états généraux de l’alimentation, lancés par le gouvernement en juillet et dont le chantier a démarré fin août, sa voix pourrait pourtant peser à deux titres. « Producteurs et commerçants », Les Mousquetaires et ses six enseignes (Intermarché, Netto, Bricomarché…) peuvent se targuer de disposer de leur propre outil industriel. Un parti pris historique de Jean-Pierre Le Roch, qui quitta Leclerc en 1969 pour fonder Intermarché et doter l’enseigne d’un premier site d’embouteillage de jus d’orange et de limonade. Complété par 61 usines et 10 filières, de la fabrication des couches à la flotte de pêche.

Didier Duhaupand n’a exploré ces usines que tardivement. C’est le commerce qu’il a dans le sang. Issu de parents bouchers, il était, petit, admiratif d’un cousin qui vendait les œufs de la ferme familiale aux supermarchés naissants. La grande ­distribution, « c’était le Far West, mais cela me paraissait très moderne ! Dès que j’ai pu, à 24 ans, j’ai ouvert avec mon épouse un premier Intermarché au Cateau-Cambrésis (Nord), une petite ville qui nous avait charmés. Je gérais les produits frais, elle le non-alimentaire, la comptabilité, une partie du management… »

Ses deux Intermarché, Didier Duhaupand ne les a jamais lâchés. Tout en mettant à profit son « tiers-temps ». Soit, en langage Mousquetaires, les deux jours par semaine que doivent consacrer au groupement les 3 000 adhérents. C’est ainsi qu’ils impulsent la stratégie, dirigent les enseignes ou l’un de leurs 100 métiers, en binôme avec un directeur général salarié. Idéal pour Didier Duhaupand, touche-à-tout passionné de navigation et d’histoire, d’échecs et de batterie. Du lundi soir au mercredi, il rejoint donc le siège national à Bondoufle (Essonne).

Cet homme qu’« aucun métier ne rebute » va vivre « plusieurs aventures ». Ses confrères détectent en lui un chef qui n’a pas peur d’assumer ses décisions. Durant cinq ans, il va chapeauter Intermarché. Puis Immo Mousquetaires, la filiale immobilière, travail ingrat mais stratégique pour sécuriser l’emplacement des magasins de demain. En 2013, il se voit confier la présidence d’Agromousquetaires, le pôle industriel. Sixième acteur agroalimentaire français avec 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 11 000 salariés… L’« émerveillement du petit garçon pour les machines » se concrétise, de la visite d’Antartic, site d’embouteillage ultra-robotisé dans le Loiret, à l’atelier d’andouilles de Guéméné (Morbihan), fabriquées à la main. Avec Yves Audo, compagnon de « tiers-temps » depuis vingt ans et patron d’Intermarché dans le Pays Basque, il décide de racheter les abattoirs Gad en 2014, après y avoir joué les « visiteurs mystère ».

Toujours un coup d’avance

Didier Duhaupand aime avoir un coup d’avance. « À ses yeux, le groupement doit se transformer pour s’adapter aux nouveaux enjeux, modes de commerce, modèles sociétaux et exigences du consommateur, comme la digitalisation… », raconte Christophe Bonno, le directeur général d’Agromousquetaires. Ce qui peut donner des sueurs froides à ses équipes. Lors des dégustations de leurs produits hard-discount, ce fin gourmet leur demande de reproduire des plats… de restaurants étoilés. C’est ainsi qu’est né le Charolais Burger Tradition de Jean Rozé (la filiale viandes des Mousquetaires), devenu un succès commercial récompensé par la profession.

En quittant Agromousquetaires, l’an passé, le discret Didier Duhaupand a confié à ses cadres qu’il y avait vécu « sa plus belle mission ». Et fixé un cap au projet d’efficacité opérationnelle qui sommeillait avant son arrivée : économiser 100 millions d’euros d’ici à 2020 en augmentant les synergies entre les sites industriels. Des usines qu’il entend valoriser auprès des consommateurs, y voyant un atout commercial. « Elles travaillent à 90 % à partir d’ingrédients d’origine française, avec un souci absolu de traçabilité et de savoir-faire, et donc de “mieux produire” et “mieux manger”, assure-t-il. Cela nous amène à une démarche complètement différente de celle des autres distributeurs dans nos relations avec le monde agricole et nos 5 000 PME partenaires. »

Mais pas moins féroce lors des négociations commerciales avec les grandes marques, jurait un patron avant l’été. « Les négociations sont un jeu de rôles habituel, relativise Didier Duhaupand. Face à des multinationales en croissance à deux chiffres, nous sommes dans un rapport de force. » Confronté aux médiatiques dirigeants de Nestlé, de Super U ou de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), il lui faudra sortir de sa réserve s’il veut faire entendre sa voix et les valeurs de son groupement. 

En quelques mots

  • Transmission « Dans les tiers-temps des Mousquetaires, il y a toujours un qui sait, un qui fait et un qui apprend. J’y tiens, pour identifier ceux capables de nous succéder. »
  • Héritage « Je souhaite que l’un de mes enfants entre dans notre groupement. Une y travaille déjà. Il faut avoir la passion et le désir d’être chef d’entreprise indépendant. »
  • Tiers-temps « Mes magasins font partie de mon équilibre, je ne souhaite pas être parisien à temps plein ! »

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