Le CEA détaille son arsenal de technos anti-terroristes

Une quarantaine de démonstrations ou prototypes de technologies pour la surveillance, la détection ou le traitement des risques NRBC-E (Nucléaire radiologique biologique chimique et explosifs) ont été présentés au " Secure Day " organisé par le CEA. L’occasion de rendre compte des avancées réalisées dans le cadre du programme interministériel de R&D confié à l’organisme depuis 2005.

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Avec un budget de 15 millions par an, le CEA mène depuis 2005 un programme de recherche axé sur la lutte contre le terrorisme. Plus précisément, à la demande des pouvoirs publics, il s’agit de mettre au point des moyens techniques pour lutter contre les risques NRBC-E (Nucléaire radiologique biologique chimique et explosifs). En clair, des technologies et méthodes pour surveiller, détecter, analyser et contrer tout ce qui peut ressembler à une menace utilisant des matières dangereuses, explosifs, gaz toxiques, produits chimiques, et produits radioactifs.

"Les objectifs du programme sont d’aboutir à des démonstrateurs et des prototypes, de transférer ces technologies à des industriels, tout en ayant une démarche d’intégration avec les opérateurs, notamment de transports, susceptibles de mettre en œuvre ces techniques", explique Laurent Olmedo, directeur de programme Sécurité globale au CEA/DAM.

Une dizaine de transferts technologiques ont jusqu’à présent été réalisés. Le plus récent – annoncé lors du Secure Day - concerne un détecteur de vapeurs d’explosifs qui identifie les molécules suspectes même dans un environnement "bruité". Dans un sac à dos, le détecteur repère des vapeurs d’un composé nitro-aromatique (marqueur de la présence ou du passage d’un explosif) pourtant "masquées" par de l’eau de Cologne. C’est la société NBC Sys, du groupe d’armement Nexter, qui va se charger d’industrialiser l’appareil baptisé T-Rex (Technology for the recognition of explosives) dans les laboratoires du CEA.

Evaluer les risques sur le terrain

Le détecteur T-Rex, qui s’appuie sur 14 capteurs, fait partie des nouveaux instruments "de terrain", suffisamment portables, précis et simples d’emploi pour contrôler, valider ou invalider une alerte sur place, lever un doute…

Car avec la multiplication des risques, et des alertes – vraies ou fausses - la fiabilité de la détection devient un véritable enjeu : être capable de dire si oui ou non il y a danger, sur le terrain et sans attendre des résultats d’un laboratoire.

Biodosi, licencié à Bertin, est un collecteur d’aérosol (particules, bactéries) individuel. Il ne pèse que 500 grammes, et permet la surveillance de l’exposition d’une personne en continu pendant 8 heures. Un instrument sans pièces mobiles, qui fonctionne grâce à une aspiration électrostatique. En dehors de la lutte anti-terrorisme, des applications à la surveillance de l’environnement sont envisagées.

C’est pour répondre à une demande de la DGA (Direction générale de l’armement) que le CEA a développé un micro spectrographe de masse (ci-dessous), qui tient dans une mallette au lieu d’occuper une armoire. Un outil efficace pour détecter des traces de produits toxiques (traces de gaz dans un échantillon de terre…). Mais les militaires ne disposent que d’un instrument embarqué dans un camion, peu opérationnel… Le nouvel instrument repose sur une rupture technologique : une puce Mems (Micro electro mechanical system) est au cœur de l’instrument, alors que les tentatives de miniaturiser la spectrographie de masse ont plutôt recours à des techniques de fabrication classiques par usinage, poussées aux limites. Le nouvel instrument doit encore trouver son design et son réglage optimal… et un industriel pour le mettre sur le marché.

un détecteur de "bombes humaines"

Quand l’intervention rapide sur place n’est pas possible, la technologie peut aussi servir à préciser la menace ou à lever un doute. Après les attentats de Madrid et Londres, dans les années 2004-2005, par des terroristes transportant des explosifs dans leurs sacs, un projet de l’Otan visait la lutte contre les "bombes humaines". Au CEA, un système a été développé, qui rassemble la détection d’explosifs " à la volée " (des passagers dans une gare…), de multiples capteurs redondants pour limiter les fausses alarmes, et surtout le couplage entre les capteurs et la surveillance vidéo, afin d’identifier le ou les porteurs. Un système complet a été testé en 2013 avec la RATP. Les techniques de fusion de données des différents capteurs ont été transférées à la société Egidium (logiciels de gestion de la sécurité des sites). La recherche d’un intégrateur pour commercialiser l’ensemble est en cours.

L’analyse de la situation à distance, c’est aussi ce que propose le CEA avec un dispositif d’expertise "en base arrière". Des balises de détection de matières radioactives ont été installées à l’entrée du tunnel sous la Manche. Elles transmettent, via le réseau GSM, les alertes éventuelles à un ordinateur… avec le risque de fausses alarmes. Un opérateur (un pompier, par exemple) peut être envoyé sur place pour inspecter, avec un détecteur portable, le container suspect. Les résultats sont alors envoyées immédiatement à un expert du CEA, qui peut confirmer ou non l’alerte, 24h/24.

Thierry Lucas

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