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Le banquier qui a changé de camp

Publié le

Christophe Nijdam a construit sa carrière dans le système financier de Paris et de New York. Aujourd’hui à la tête du contre-lobby bancaire européen Finance Watch, il veut remettre la finance sur le chemin de l’intérêt général.

Le banquier qui a changé de camp
Les acronymes barbares de la Commission et dont se délecte la finance sont inventés pour mettre à distance les non-spécialistes.
© Stéphanie Jayet

Est-il possible de parler moins fort ? » s’enquiert Christophe Nijdam qui, prêt à donner rendez-vous dans un café, déteste visiblement donner le luxe de se laisser écouter. Ou peut-être est-ce son éducation raffinée. L’ancien banquier arbore boutons de manchette, montre sobre et chevalière. Presque l’uniforme d’une fonction qu’il a quittée. Interrogé sur son parcours, il déploie son humour pince-sans-rire pour évoquer son éducation chez les « jés » dont il a gardé le goût pour la casuistique. L’arme de choc de sa nouvelle mission.

Depuis le début de l’année, l’ancien professeur de finance à Sciences Po est à la tête de l’ONG Finance Watch. La mission du secrétaire général est titanesque : décrypter les enjeux techniques des réglementations concoctées par Bruxelles et embarquer les citoyens dans le projet d’une finance au service de la société. Un contre-lobby bancaire avec bien moins de moyens que ses adversaires. « Ici, à Bruxelles, nous sommes une petite équipe de 13 personnes, contre 1 700 lobbyistes pour l’industrie financière. » La guerre d’influence se règle visiblement à coups de compliments. Le directeur général de la Fédération bancaire européenne, Wim Mijs, ne tarit pas d’éloges à propos de « Christophe ». « C’est un homme très élégant, diplomatique, avec une grande ouverture d’esprit. Nous partageons un sens de l’humour assez similaire sur la relativité de ce que nous vivons. Il nous arrive de partager des moments très agréables, même si nous ne sommes jamais d’accord. »

Le contre-lobbying chevillé au corps

Lui entend réfuter tous les clichés à son encontre de peur de tomber dans la caricature. Non, il ne veut pas qu’on dise qu’il est un repenti. « Le terme voudrait dire que je dénonce mes anciens camarades. Ce n’est pas le cas et je ne recherche pas d’amnistie. » L’homme a pourtant navigué dans les méandres de la finance. Et, coquetterie, il ne souhaite pas donner son âge. Disons qu’il espère rester à la direction de l’ONG jusqu’à sa retraite, à 67 ans (le mandat de cinq ans est renouvelable une fois).

Entré « par hasard » en stage au Crédit lyonnais de New York, il a exercé des responsabilités à Wall Street et à Paris, au CCF et au Crédit du Nord, avant de devenir, au milieu des années 1990, analyste financier en indépendant, puis chez AlphaValue. Il s’y illustrait par des formules chocs. Il a maintenant rangé cet attirail et ne veut plus donner dans le « name and shame ». « Nous ne sommes pas les Greenpeace de la finance », se défend-il. Il longe une étroite ligne de crête, celle d’une expertise sans concession. Elle fourbira les armes de l’activisme qu’il laisse aux membres de Finance Watch comme à ceux d’Attac, des Amis de la Terre, d’Oxfam ou de la CGT, dont il est loin de partager toutes les convictions.

Christophe Nijdam tient à couper court à tout fantasme. Il n’a « jamais été trader ». « C’est parce que j’ai adoré mon métier de banquier que j’ai été stupéfait par ses évolutions depuis le milieu des années 1990. Ce qu’expliquent les banques depuis la crise de 2008 n’est pas tout à fait vrai et les leçons n’ont pas été tirées. »

Aujourd’hui, il tire la sonnette d’alarme sur des logiques dangereuses de titrisation du projet d’union des marchés des capitaux européens. Il dénonce en particulier la porte entrouverte à la titrisation synthétique de CDS (Credit default swap), qui consiste « à autoriser 100 personnes à s’assurer contre l’incendie de votre maison. Au final, tout le monde a intérêt à ce qu’elle brûle et, derrière, c’est l’assureur qui saute. » « Titrisation avec tranchage », « swap », « fusacq crossboarder »…, si Christophe Nijdam emploie le jargon financier, c’est pour le traduire en métaphore claire. Non-initiés, bienvenue ! D’ailleurs, il en est convaincu, « BSR, CRD 4, Prips, Mifid…, les acronymes barbares de la Commission dont se délecte la finance sont inventés pour mettre à distance les non-spécialistes. Et quand il y a paravent, c’est qu’il y a péché derrière. »

Son entourage vante un « homme de conviction, avec une volonté de contre-lobbying chevillée au corps, sans position idéologique contre la finance ». Comme le dit l’un de ses amis d’enfance, l’homme sait tomber l’habit de banquier et a connu les nuits blanches new-yorkaises. Lors d’une période de chômage, il a même ouvert une manucure dans la Grosse Pomme. Aujourd’hui, il lui faudra sans doute plus qu’un peu de dissolvant pour nettoyer la finance de ses dérives. 

En quelques mots
 

Politique Élève à Sciences Po, il a animé un comité parisien de giscardiens. Il aime rappeler que Finance Watch est apolitique.

Banque Crédit lyonnais, CCF ou Crédit du Nord, il a parcouru les salles de marchés de Paris et de Wall Street avant d’évaluer les valeurs bancaires.

Marseille Il y est né, comme son nom hollandais ne l’indique pas. Et craint toujours qu’on l’interpelle en flamand à Bruxelles.

Opinion publique Il vient d’ouvrir les travaux de l’association au grand public en lançant un « tableau de bord citoyen de la finance », avec des indicateurs simples pour l’évaluer.

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