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Laval : des entrepreneurs en quête de liberté et de salariés

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Laval : des entrepreneurs en quête de liberté et de salariés
Le fabricant de composants électroniques Cofidur EMS recherche des profils spécialisés et propose des formations ad hoc sur son site lavallois.

C’est un voyage au pays de l’emploi qui débute dans une abbaye cistercienne transformée en 1806 en usine de textile, les Toiles de Mayenne. Deux cent dix ans plus tard, on y entend toujours le claquement des métiers à tisser et le crissement des ciseaux. Le périple se poursuit par la visite de sites automobiles inventifs malgré les crises, de rescapés de l’électronique, et se termine dans une technopole du XXIe siècle, férue de réalité augmentée. À chaque étape, des gens au travail. En Mayenne, les révolutions industrielles ont bien eu lieu, mais chaque secteur, loin de se laisser engloutir par la modernité, semble avoir embrassé la mutation des technologies et des marchés pour s’accrocher à ce département de 300 000 habitants.

C’est une terre de paysans têtus, devenus charrons puis aménageurs de véhicules utilitaires, comme les ancêtres de Patrick Gruau. Un pays de fabricants de fromages sans frontières mais non sans attaches, comme la lignée de Léon Bel ou la très discrète famille Besnier qui, depuis son siège à Laval, a imposé Lactalis en leader mondial des produits laitiers. Entre Le Mans et Rennes s’étend un tissu productif diversifié, construit par des entrepreneurs familiaux qui se tiennent à une distance prudente de la financiarisation de l’économie, mais pas de sa globalisation. Un territoire dont le taux de chômage est inférieur de 3,5 points à la moyenne nationale.

Pour autant, ce n’est pas un long fleuve tranquille. "La dernière crise a été violente et le marché du tissu d’ameublement est en pleine mutation, explique Grégoire Denis, le PDG des Toiles de Mayenne. Nous sommes 23 de moins qu’en 2008. Mais nous embauchons pour remplacer les départs et développer la distribution. Nous devrions être quatre de plus à la fin de l’année."

 Dans l’atelier de confection, Sylvie, 56 ans, a été engagée en CDI il y a un mois, après deux ans de petits boulots suite à la fermeture de son commerce. Ce n’est pas son conseiller Pôle emploi qui l’a orientée, bien qu’elle lui ait parlé de son passé de tapissière. "Une chance que j’ai vu passer l’offre dans un bulletin", raconte-t-elle, en terminant un rideau.

Le sort des 93 salariés de l’usine Plastic Omnium est, lui, scellé : en juin, l’équipementier fermera son site de Laval. La solidarité locale est mobilisée. "Nous avons déjà embauché certains salariés de l’usine, on va voir ce que l’on peut faire", explique Laurence Lancelot, responsable RH du site local de Gruau, qui compte 380 personnes. "Ici, il y a deux forces, les réseaux et la vision de long terme", soutient Samuel Tual, le président du Medef 53 et du groupe d’agences d’emploi Actual.

"Laissez-nous faire !"

En Mayenne, on s’appuie les uns sur les autres et on ne compte pas trop sur l’État. Une conception partagée par François Zocchetto, sénateur et maire (UDI) de Laval : "Ce sont les entreprises qui doivent créer les emplois, pas les collectivités ni l’État."

Son job, comme pour ses prédécesseurs, c’est de développer les infrastructures et d’avoir un peu de "vista" pour anticiper les activités d’avenir. La LGV Bretagne-Pays de la Loire, qui ouvrira en 2017, mettra la gare de Laval à soixante-dix minutes de Paris-Montparnasse, deux fois par jour.

En juillet débutera la première tranche des travaux du Laval Virtual center, dédié à la réalité virtuelle. Un secteur qui dope l’innovation des entreprises traditionnelles.

La technopole accueille de nombreuses jeunes entreprises. Et si les programmes d’accélération de start-up font désormais florès en France, celui de Laval Mayenne Technopole a été lancé il y a dix ans déjà. L’édition 2011 a soutenu le fondateur de Shortways, Viet-Toan Nguyen, un ancien salarié de Total qui a lancé une entreprise développant des logiciels de formation et des solutions d’assistance virtuelle. Il fait les allers-retours entre la capitale et Laval, mais neuf de ses onze salariés travaillent ici.

Ses développeurs coûtent environ 20 % de moins qu’en région parisienne et n’ont pas à se serrer la ceinture pour autant car, ici, les frais de logement sont modérés. "À Laval, on trouve aisément une petite maison avec un jardin pour 180 000 euros", estime Céline Loury, responsable des événements de la technopole. De son bureau, on aperçoit deux écoles d’ingénieurs, l’Estaca et l’Esiea, qui attirent des étudiants de toute la France et dont certains se laissent séduire par les entreprises locales.

Pas si simple. Cofidur EMS, un sous-traitant en électronique qui compte 300 salariés sur son site lavallois, rame pour recruter. Les chaînes ultramodernes de composants de plus en plus miniaturisés nécessitent des conducteurs de ligne et des ingénieurs spécialisés. Pour les opérations d’assemblage, l’entreprise investit dans des formations maison, mais doit attirer les profils plus qualifiés. Avec le soutien de l’UIMM, elle lance des opérations séduction dans les centres commerciaux de la région et fait des présentations dans les écoles d’ingénieurs. Pôle emploi met aussi sur pied des programmes de formation, mais au compte-gouttes, car il faut neuf mois pour former un technicien de maintenance ou un chaudronnier… quand on a trouvé des volontaires.

Hormis le problème des compétences, que manque-t-il aux entrepreneurs lavallois pour créer plus d’emplois ? Un coût du travail allégé, estiment certains. « C’est un cliché, mais à cause de notre niveau de charges, nos concurrents allemands sont désormais plus compétitifs que nous », tonne Patrick Gruau. Mais c’est le carcan réglementaire et administratif qui arrive en tête des récriminations. "Laissez-nous faire ! Toutes nos lois qui surprotègent sont une entrave à la prise de risque, au “do it”, à l’expérimentation", poursuit le PDG du carrossier, numéro un européen dans l’utilitaire. Le passage en 2 x 8 d’un service client a pris des allures de casse-tête à cause de l’opposition d’un salarié protégé. "Nous voulons juste adapter notre organisation à la demande", explique le DRH de Gruau, Philippe Aussant. Pour Thierry Richli, le PDG de Cofidur EMS, "plutôt que d’indemniser des chômeurs, il faudrait déployer des aides à la mobilité".

S’il a réussi à recruter une vingtaine de personnes à Laval en 2015, pour son site de Périgueux (Dordogne), c’est une autre histoire, car "autour, c’est le désert". Son credo : "Soutenir l’investissement des entreprises plutôt que de lancer des réglementations consommatrices d’énergie, comme le compte pénibilité."

Viet-Toan Nguyen partage cette idée. "Investir pour moi, ça veut dire embaucher. En France, ce n’est pas toujours évident de mobiliser des fonds pour les entreprises innovantes."

Sans compter qu’il faut faire preuve d’agilité en interne. "J’ai recruté une personne qui ne convenait pas. Dans une petite entreprise, cela n’est pas gérable. Il a fallu faire appel à un avocat et payer pour s’en séparer ", regrette le patron de Shortways qui espère bien recruter des clients et des salariés en 2016. 

Anne-Sophie Bellaiche

Job dating à la salle polyvalente


Pour favoriser la rencontre entre l’offre et la demande d’emplois, l’agglomération mobilise les entreprises locales et les partenaires de l’emploi et de la formation. Deux fois par an, la salle polyvalente de la ville accueille les Rendez-vous de l’emploi, où se pressent plus de 70 entreprises pour des job dating improvisés. Une manière d’ouvrir les employeurs à des profils diversifiés et des chômeurs à des entreprises ou à des jobs qu’ils n’auraient pas spontanément identifiés. Plus de 770 recrutements ont été conclus lors de ces rendez-vous depuis leur lancement en 2008.

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