Economie

La volatilité des prix des matières premières agricoles touche peu le consommateur

Franck Stassi , , ,

Publié le

Le dernier rapport de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires met en exergue une stabilité des prix au détail en 2014. Une stabilité pourtant peu remarquée par les consommateurs, qui consomment de plus en plus de produits élaborés.

La volatilité des prix des matières premières agricoles touche peu le consommateur © fanchic - Flickr - C.C.

"S’il y a un grand vainqueur, c’est le dernier maillon de la chaîne, le consommateur. Il est incontestablement le gagnant de la relative stabilité des prix à la consommation alimentaires l’an passé (-0,7%), mais il ne s’en rend pas compte",  a souligné mardi 21 avril le président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, Philippe Chalmin, lors de la présentation du quatrième rapport du groupe d’étude, qui réunit l’ensemble des parties prenantes de la filière « du champ à l’assiette » (industriels, distributeurs…) Le document met également en exergue un recul du prix des produits des industries alimentaires de 2% en 2014, ainsi qu’une chute de 5% des prix à la production.

"Nous suivons pour l’essentiel l’évolution de prix basiques, peu élaborés, tels que le jambon cuit classique, la carcasse de viande bovine, le litre de lait UHT ou la baguette de 200 grammes. Or, le comportement des consommateurs évolue vers des produits toujours plus élaborés ou différenciés", a indiqué l’économiste pour expliquer le décalage entre le discours des chiffres et la perception du grand public. La décomposition du prix de chaque produit permet notamment de comprendre le poids de chaque poste, à l’instar de la baguette, pour laquelle le graphique "permet de voir la place extraordinairement faible du blé" (voir, ci-après, le 3ème graphique).

Des coûts de matières premières fluctuants

Bien sûr, la répercussion est différente selon les produits. Sur le lait UHT par exemple, la légère hausse du prix moyen en rayon (ci-dessous) s’explique notamment par une augmentation du coût d’achat de la matière première, "partiellement répercuté au consommateur" alors que l'aval de la filière voyait ses marges se tasser. Dans le courant de l’été 2014, les prix du lait ont atteint des niveaux records en raison d’une sécheresse survenue en Océanie en 2013 et d’une poussée de la demande chinoise. Aujourd’hui, la coopérative néo-zélandaise Fonterra, le premier exportateur mondial de lait, abaisse significativement ses prix payés aux producteurs.


On observe le mécanisme inverse dans la viande. La hausse des prix au détail des produits carnés a été inférieure à 1%, indique l’observatoire, tandis que les prix à la production ont reculé de 6 à 8%. "La viande bovine subit de manière totalement indépendante les aléas de la production laitière", a expliqué Philippe Chalmin. En termes de composition du jambon cuit, un des produits mis en avant pour illustrer la relative stabilité des prix facturés aux consommateurs finaux, le coût de la matière première a pour sa part baissé en 2014 après plusieurs années de hausse. A cette occasion, les professionnels des grandes et moyennes surfaces et de l’abattage ont consolidé leurs marges (+ 0,15€/kg).

 

L’aval de la filière boulangerie a également "légèrement amélioré ses marges" suite à la baisse des prix du blé tendre. En 2014, les coûts de la production de la céréale ont reculé pour la troisième année consécutive en raison d’une diminution du prix des approvisionnements pour cultures (intrants) et des charges de matériels et de bâtiments (amortissements). Le prix moyen au détail des pâtes alimentaires a pour sa part poursuivi son recul en 2014, en raison d’un décalage avec l’évolution du coût des approvisionnements. "Le prix du blé dur a quasiment doublé sur la deuxième moitié de l’année 2014 ; nous pouvons donc nous attendre à des répercussions en 2015", a complété le président de l’observatoire.

De possibles impacts sur l'industrie

"Derrière cette stabilité des prix au détail, tous les maillons se trouvent fragilisés" par le hiatus entre le statu quo apparent pour les consommateurs et l’instabilité des marchés agricoles, dont la dérégulation a franchi le 1er avril un pas supplémentaire avec la suppression des quotas laitiers, estime Philippe Chalmin. De nombreux producteurs sont confrontés à des coûts de production supérieurs aux prix de vente, notamment dans l’élevage. Le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Stéphane Le Foll, a insisté, sur ce même point, sur la nécessité "d’avoir, économiquement, une résilience des systèmes agricoles". L’évolution du fonctionnement des groupements agricoles d’exploitation en commun (GAEC) et la création, en 2013, des groupements d’intérêts économiques et environnementaux, centrés sur le travail en commun autour de l’agro-écologie, doivent y concourir.

Pour prolonger ses travaux au-delà de la réalisation de son rapport, l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires tiendra à l’automne au ministère de l’Agriculture une série d’entretiens avec les acteurs des filières qu’il réunit.

Franck Stassi

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