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La transparence et la médiocrité

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La transparence et la médiocrité

L’animateur d’une émission de radio à laquelle je participais récemment commence toujours par poser deux questions à ses invités : Qu’est-ce qui, depuis 2000, est apparu dans votre domaine d’activité ? Et qu’est-ce qui a disparu ?

Dans mon domaine – les entreprises, le management, et notamment les erreurs de management, sur lesquelles portent deux de mes livres –, le champ est à la fois vaste et restreint. On pense spontanément à internet et au téléphone portable, qui ont révolutionné la manière de faire des affaires. Mais ils datent des années 1990. On peut évoquer, plus sûrement, les plates-formes et l’ubérisation, qui bouleversent, à des degrés différents, la plupart des métiers. Ou, plus globalement, la transformation numérique, qui concerne toutes les entreprises, dans leurs processus de fabrication, leurs rapports à la clientèle et leurs produits – voire tout à la fois. Leur mue commence à peine, mais elles devinent déjà, comme Tancredi dans « Le Guépard » de Lampedusa, qu’il « faut que tout change pour que rien ne change », autrement dit que la remise en cause est vitale pour conserver les positions acquises.

Au fond, ce que ces nouveaux modes de communication et d’échange – web, smartphone, réseaux sociaux - ont ­apporté, c’est la transparence. Désormais, il est impossible de « cacher » un mauvais produit, un mauvais film, un appareil moins performant. Les forums et les réseaux sociaux les tuent. Le bad buzz est si efficace que certaines marques (Zara, Abercrombie…) l’utilisent pour promouvoir un produit, au risque de le voir se retourner contre elles. Ainsi, l’industriel du textile Benetton a, dans les années 1990, exploité la provocation avec les photos ­d’Oliviero Toscani et fait exploser sa notoriété en surfant sur le scandale. Mais ces campagnes outrancières l’ont pénalisé dans les années 2000 car les consommateurs indignés ont pu s’organiser et prôner le boycott.

La transparence n’existe pas seulement en matière de produits. La vie privée de chacun est menacée par l’exploitation commerciale des données personnelles par Google, Facebook et Amazon, pour ne citer que les têtes de pont. La sphère financière, elle, est sens dessus dessous. Depuis que la Suisse s’est pliée aux exigences de transparence, des centaines de contribuables français ont dû rapatrier leurs avoirs, offrant au gouvernement, depuis deux ans, 4,5?milliards d’euros de recettes fiscales inespérées. Les plus gros ont émigré vers Hongkong ou les Bahamas, mais l’affaire « Panama papers » montre qu’il y aura de moins en moins d’édens fiscaux pour les fraudeurs.

La réponse à la seconde question – qu’est-ce qui a disparu depuis 2000 ? – découle en partie de la première. Ont disparu les entreprises moyennement compétitives, suffisamment performantes pour survivre dans les années?1980 et 1990, mais qui, livrées à la mondialisation et à la transparence, ont baissé pavillon face aux Chinois et aux Brésiliens low cost. Pour les médiocres, le glas a sonné. Les rentes de situation font long feu, pour qui n’a pu poser d’assez hautes barrières à l’entrée.

Mais déjà de nouvelles rentes se font jour. Google et Apple le savent mieux que personne : ils les détiennent pour l’instant. Ils savent aussi, eux qui ont détrôné Microsoft, lequel avait détrôné IBM, qu’au xxie?siècle, rien ne leur sera jamais acquis. 

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