"La technologie anti-collision des drones devient incontournable", selon un responsable de Thales

Le Rafale de Dassault, les blindés, l’Airbus A350, Ariane… Le groupe Thales participe à de nombreux projets aéronautiques et de défense. Son implication dans le domaine des drones est moins connue. Pierrick Lerey, directeur de la stratégie et du marketing pour les activités drones, renseignement, surveillance et reconnaissance chez Thales, revient sur les projets du groupe et les enjeux de développement de la filière française du drone.

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L’Usine Nouvelle - Parmi toutes les activités de Thales dans le drone, quels exemples d’application récents pouvez-vous mettre en avant ?

Pierrick Lerey - En tant que spécialiste de la sécurité, nous sommes impliqués dans le projet "Ciudad Segura" de la ville de Mexico. Il s’agit d’un programme pour sécuriser les habitants et les biens de la ville. Les risques sont divers : délinquance, terrorisme, attaques de sites stratégiques, catastrophes naturelles… Outre la mise en place de plus de 15 000 caméras, nous avons déployé des drones qui peuvent se déplacer dans des zones sans caméra, ou en cas d’événements exceptionnels tel que le pèlerinage de la Guadalupe.

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En cas de besoin, les drones des centres mobiles de contrôle et de commandement peuvent être rapidement déployés sur les lieux de l’événement. Cela a participé à diminuer la criminalité dans cette ville de plus de 32% entre 2009 et 2014, alors que dans le pays, elle augmentait dans le même temps de 16%.

Et en Europe ?

Pour la toute première fois en Europe, au printemps prochain, un drone de 450 kg va voler dans notre espace aérien, pour préparer l’insertion des drones dans le trafic civil. Le Watchkeeper de Thales est le seul aéronef de cette taille, piloté exclusivement depuis le sol, à avoir l’autorisation de voler en Europe au-dessus des populations. Les autres drones volent tous avec un pilote à bord ou sous dérogation, alors que l’armée de terre Britannique s’entraine avec le Watchkeeper tous les jours au Royaume-Uni.

N’avez-vous pas le sentiment que le marché des drones peine à décoller malgré l’efficacité de certaines applications ?

Il est vrai que le marché n’est pas encore très important. C’est l’agrégation de niches qui en fera un marché à terme. Je constate aussi que les grands clients ne sont pas encore là, ils peinent à envisager des prestations d’envergure. Il faut donc structurer la filière française, et notre expérience nous permet de nous positionner en tant que leader.

Il est nécessaire d’agréger à la fois les grands industriels et toutes les petites entreprises qui fabriquent et opèrent des drones. C’est pour cela que nous avons été les premiers, dès 2010, à créer, avec la région Aquitaine, un réseau de petites entreprises du monde des drones, le cluster AETOS. C’est en quelque sorte une pépinière de dronistes ! On accompagne et on aide des PME de la région pour qu’elles se développent sur ce marché.

Comment assurer le déploiement des drones dans l’espace aérien ?

Pour qu’un drone puisse être utilisé, il y aura deux conditions. La première est qu’il soit certifié au même niveau de sécurité qu’un avion. La seconde, qu’un système anticollision, "sense and avoid" en anglais, soit mis au point. Sur ce dernier point, l’optronique constitue la technologie la moins coûteuse, mais dès que la météo est mauvaise, la caméra ne voit plus rien. Il est donc probable que la technologie radar s’impose, comme on peut commencer à le voir aux Etats-Unis. Elle a l’avantage de fonctionner quelles que soient les conditions atmosphériques, et peut en plus mesurer les distances.

La difficulté est de mettre au point les algorithmes qui permettent d’assurer les manœuvres d’évitement. Nous y travaillons avec plusieurs universités et une dizaine d’industriels européens. Il faut admettre que dans ce domaine, les Etats-Unis ont environ un an d’avance… Ces algorithmes seront cruciaux pour le développement et l’insertion des drones dans le trafic aérien. Nous nous préparons d’ailleurs à accompagner la DGA pour réaliser un démonstrateur à partir de 2015, avec nos partenaires européens. La technologie du "sense and avoid" devient incontournable.

Propos recueillis par Olivier James

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