La taxe robot ? Une idée pas absurde, répondent des roboticiens parisiens

Faut-il une taxe sur les robots ? Depuis la proposition lancée par Benoît Hamon, vainqueur de la primaire de la gauche pour l’élection présidentielle, le débat enfle. Et tous les acteurs du secteur n'y sont pas forcément hostiles, comme le montrent les témoignages recueillis par L'Usine Nouvelle lors de la première rencontre de la Paris Robotics Society, le 22 février.

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La taxe robot ? Une idée pas absurde, répondent des roboticiens parisiens
PSA ne pense pas que les robots collaboratifs qu'il teste actuellement dans trois de ses usines finiront par prendre la place des humains. /Photo d'archives/REUTERS/Benoît Tessier

"Je créerai une taxe sur la richesse créée par les robots afin de financer notre protection sociale." La proposition du candidat à la présidentielle Benoît Hamon n’est pas passée inaperçue dans le petit milieu de la robotique. Suprise : elle n'est pas rejetée en bloc par les roboticiens réunis mercredi 22 février lors de la première rencontre de la Paris Robotics Society.

Si les avis recueillis par L'Usine Nouvelle sont partagés, tous considèrent que la robotique, promise à révolutionner nos sociétés, doit être l’occasion d’un grand débat sur l'accompagnement et la régulation de son essor. Une position moins hostile que celles du syndicat professionnel du secteur, le Symop, et de ses homologues allemands et européens. Les roboticiens parisiens seraient-ils plus proches d'un Bill Gates, qui prône une taxe sur les robots ? Voici leurs témoignages.

AURELIEN CORD, DIRECTEUR TECHNOLOGIQUE DE STANLEY ROBOTICS

"Il ne faudrait pas que cette taxe soit dissuasive, mais je ne trouve pas absurde l’idée d’aller chercher de la valeur dans la robotique qui elle-même en crée beaucoup. Après, dire que les robots ne payent pas de taxe, c’est faux : il y a par exemple la TVA, payée lors de l’achat des robots et lors de la vente du produit fini."

JÉRÔME LUCAS, DÉVELOPPEUR LOGICIEL

"C’est un débat qu’il faut avoir. La robotique est une révolution du même type que la révolution industrielle. Des bots dans la finance influencent les marchés, et avec l’intelligence artificielle des robots peuvent prendre des décisions à notre place. Nous commençons à déléguer beaucoup de choses aux robots. Si demain un robot tue quelqu’un, qui est responsable ? Au départ, je trouvais ce débat sur une taxe un peu simpliste. Après m’être informé, je m’interroge. Oui, il faut un encadrement de la robotique. Mais qui va établir ces règles ?"

CYRIL LUGAN, INGÉNIEUR CHEZ KEECKER, ROBOTIQUE DE SERVICES

"Oui, avec l’automatisation, de nombreux métiers variés vont changer et ne plus exister : cela va du manipulateur radio au comptable. Mais qui se souvient aujourd’hui des métiers qui ont disparu avec l’introduction de l’électricité ? Je ne suis pas d’accord avec le principe d’une taxe : il faut plutôt inciter les gens à travailler sur les technologies. Il serait plus intéressant de développer la valeur économique de la robotique."

JADE LE MAITRE, DIRECTRICE TECHNIQUE, HEASE ROBOTICS

"Il faut avoir ce débat, car la robotique transforme la société. Mais est-ce qu’une taxe est la solution ? Nous n’avons pas taxé spécifiquement le tableur Excel, alors que cela a détruit des emplois. Je pencherais plutôt pour des aides à la requalification des salariés ou des dispositifs de formation."

YVES BAUMES, DÉVELOPPEUR

"Avant de lancer une taxe, il faudrait attendre de voir la preuve d’une destruction d’emplois. Après, je comprends parfaitement cette crainte. Certaines des tâches des développeurs, celles qui ne sont pas très créatives, pourraient elles-mêmes être remplacées par une intelligence artificielle. Avec la robotisation, il ne faudrait pas qu’une trop grande masse de salariés doive se battre pour trop peu de travail. Tout le monde doit se sentir concerné."

La "Paris Robotics Society", une communauté en émergence
Ils sont une grosse vingtaine de curieux à être venus à la première réunion d’une communauté en voie d’émergence. La Paris Robotics Society n’est pour le moment qu’un cercle informel qui s’est retrouvé pour le "pilote de la saison 1", à l’Usine IO, dans le 13e arrondissement de Paris. Mais demain, cela pourrait être une association, avec comme ambition de fédérer la robotique parisienne. À l’origine de l’initiative, on retrouve l’Usine IO, bien sûr, et la start-up Stanley Robotics, largement représentée à la réunion. Cette société vient par exemple de lancer un service de robot voiturier. Son dirigeant en profite pour donner quelques conseils à ceux qui voudraient se lancer dans la création d’une entreprise spécialisée dans la robotique. "Travaillez très tôt sur les fonctions et, surtout, comparez-vous avec les solutions existantes", martèle Clément Boussard. Dans l’assistance, des roboticiens, développeurs et entrepreneurs, écoutent, attentifs. Cette envie de mieux fédérer cette communauté est partagée : les porteurs d’un projet de think tank consacré spécifiquement à la robotique, Hectora, se sont par exemple eux aussi déplacés. Après les présentations, place aux conversations plus informelles. Les participants à la réunion refont le monde de la robotique devant un bout de pizza et une boisson. Rendez-vous est déjà pris pour la prochaine édition : ce sera le 22 mars.

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