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L'Usine Santé

La santé du futur s’invente hors de France

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Boston, San Francisco, Shanghai, Tel Aviv… Face à des écosystèmes d’excellence dans la santé, la France perd du terrain dans la R & D pharmaceutique. Et tente de se ressaisir.

La santé du futur s’invente hors de France

Un séisme. Quand GlaxoSmithKline (GSK) a annoncé le 24?septembre aux 67 salariés du laboratoire de Villebon-sur-Yvette (Essonne) qu’il allait fermer le site, ils ont senti le sol se dérober sous leurs pieds. C’était pourtant là, dans ce centre de R & D ouvert par l’anglais il y a près de trente ans, que le Cialis, le concurrent du Viagra, avait été découvert. La fermeture du laboratoire de GSK est la dernière opération en date, mais depuis trois ans les plans sociaux s’enchaînent dans la pharmacie française, sur un marché moribond. Rien qu’en 2013, 27 avaient été annoncés, avec 2 770 suppressions de poste. Si les fonctions support, commerciales et la production étaient jusqu’alors en première ligne, les chercheurs restaient relativement préservés.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Plus inquiétant, les suppressions de poste s’accompagnent de fermetures de site. La recherche est externalisée ou délocalisée hors de France. GSK poursuivra bien ses essais de médicaments avec les hôpitaux français. Mais il abandonne, avec Villebon, son dernier centre français pour concentrer sa recherche sur deux sites : ­Stevenage au Royaume-Uni et Upper Providence aux ­États-Unis. Pendant ce temps, à Porcheville, dans les Yvelines, on se prépare à mettre la clé sous la porte. Spécialisé dans l’étude toxicologique des médicaments, ce site avait été racheté en 2010 par l’américain Covance, un sous-traitant en R & D. Le repreneur s’était engagé à ne pas licencier durant cinq ans en échange de commandes de la part du vendeur, le groupe français Sanofi. Mais il n’a pas mis les moyens pour prendre le relais. D’ici à Noël, 135 salariés pourraient se retrouver sur le carreau. Autre cas : Pierre Fabre. Qui aurait pu imaginer que le laboratoire castrais, détenu par une fondation, sabrerait 534 postes en R & D et en promotion en fin d’année dernière ?

Trop de bureaucratie

L’innovation est le nerf de la guerre dans l’industrie pharmaceutique, qui consacre en moyenne 15 à 20 % de ses revenus à la R & D. Trop longue, coûteuse et risquée, l’activité de découverte des médicaments est externalisée auprès de partenaires académiques et de petites sociétés de biotechnologie. Elle est aussi délocalisée dans des « hubs », ces écosystèmes où se croise le top des big pharma, universités, start-up, hôpitaux et fonds d’investissement aux aguets. Résultat, c’est à Boston, à San Francisco, à Shanghai et à Tel Aviv que s’invente la santé de demain… [Lire nos reportages pages suivantes]

L’Hexagone perd chaque année du terrain dans la compétition mondiale pour accueillir la recherche clinique, ces essais réalisés durant le développement d’un médicament afin de s’assurer de son efficacité et de sa non-toxicité. Trop de bureaucratie, de carcans, accusent les industriels… La France a pourtant lancé un « contrat unique » pour raccourcir le délai de mise en place des essais dans les hôpitaux. « Il y a un manque de prévisibilité et de visibilité, observe Jérôme Bouyer, le patron France du laboratoire américain AbbVie. Il faut que la fiscalité soit plus incitative pour les investissements, la législation du travail plus flexible. Notre industrie a un niveau de risque qu’on ne retrouve dans aucun autre secteur ! Alors que d’autres aires géographiques progressent à grands pas, nous devons être plus pragmatiques et ne pas opposer les gens. » Les échanges nourris qu’il observe entre les universités et les entreprises outre-Atlantique sont encore trop rares dans l’Hexagone.

La France dispose pourtant de nombreux atouts. Un système de santé reconnu mondialement, des centres de recherche d’excellence, des écoles d’ingénieurs de renom, des groupes pharmaceutiques historiques réunis autour du G5… « Elle a une carte à jouer », assure Jérôme Bouyer. AbbVie a ainsi multiplié par trois ses études cliniques depuis trois ans. « La France est un terreau propice à des innovations majeures, mais on y fait de la recherche fondamentale d’excellence dans l’espoir d’être publié ou d’obtenir le prix Nobel, estime Muriel Touaty, la patronne France du Technion, un institut israélien de technologie. En Israël, c’est l’inverse : le chercheur est au service du marché. C’est pour cela que les fonds de capital-risque courent après les start-up israéliennes ! »

La partie n’est pas perdue

L’Hexagone aurait-il perdu la partie ? Pas si sûr, veut croire Vincent Genet, l’un des associés de la société de conseil ­Alcimed. « La place parisienne a la capacité à attirer les talents, notamment de la génération Y. Mais elle doit s’allier à d’autres filières, comme le génie informatique, le génie mathématique, la robotique ou bien encore la ­nutrition. Et drainer davantage de capitaux privés, ainsi qu’une ­politique volontariste pour définir des zones d’investissement ­prioritaires. »

La volonté politique est là. Initié par Nicolas Sarkozy et poursuivi par François Hollande, le Programme d’investissements d’avenir (PIA) consacre ainsi 1,5?milliard d’euros à la santé. Financement de projets de recherche en amont ou menés avec des industriels, fonds d’investissement dédiés, dont l’un de 100?millions d’euros annoncé le 5?octobre par la ministre de la Santé pour soutenir des start-up innovantes… Ces interventions publiques ont un effet boule de neige. Le PIA a facilité la naissance, à Strasbourg, d’un projet de R & D collaboratif de plusieurs millions d’euros pour la chirurgie mini-invasive guidée par la 3 D. Et celle d’un démonstrateur de production en thérapie génique à l’AFM, l’association du Téléthon, qui suscite l’intérêt d’industriels du monde entier. En juin, le laboratoire américain Alexion a même implanté à Paris sa première équipe de R & D à l’étranger… dans les locaux de l’institut Imagine, un centre public hors norme de recherche et de traitement des maladies génétiques.

Où devraient se concentrer les forces pour concurrencer ces fameux hubs ? Christian Lajoux a sa petite idée sur la question. L’ancien patron France de Sanofi a repris il y a six mois les rênes de Medicen. Ce pôle de compétitivité francilien, consacré depuis dix ans à la santé, souffrait des querelles de chapelle et d’un manque de visibilité. Parmi ses 230 membres, les grands industriels étaient aux abonnés absents. Il rassemble néanmoins 40 % de la recherche française, avec des structures de pointe et des PME innovantes. « En particulier dans l’imagerie, le numérique, le séquençage et les biomatériaux, qui sont les secteurs de la santé de demain », insiste Christian Lajoux. Il a décidé de prendre son bâton de pèlerin pour faire venir les géants internationaux de la santé. En s’appuyant sur un soutien de poids : Sanofi. Le troisième laboratoire pharmaceutique mondial avait lui-même restructuré sa R & D hexagonale il y a trois ans. Il entend désormais lui renouveler sa confiance, en multipliant les partenariats. Et refaire de la France un pôle d’innovation attractif. 

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