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La réforme territoriale ne préoccupe guère l’agroalimentaire

Franck Stassi , , , ,

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La réforme territoriale, dans ses aspects politiques, préoccupe peu les acteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, qui réfléchissent à l'échelle globale. Elle est en revanche source d’interrogations sur la promotion des produits AOC.

La réforme territoriale ne préoccupe guère l’agroalimentaire © Flickr/cc Jopa Elleul

"Avant de se poser la question de l’impact de la réforme territoriale, les filières agricoles et agroalimentaires doivent savoir ce que cela change pour elles. Se sont-elles embarrassées des frontières administratives ? En revanche, pour les fonctionnaires et la gouvernance, cela a des conséquences… L’agriculture et l’agroalimentaire sont mondialisés, les enjeux sectoriels sont sans doute à chercher autre part !" estime Marion Zalay, directrice générale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt d’Ile-de-France. Invitée par le think-tank agricole Saf agr’idées lors d’un colloque consacré à la nouvelle organisation des régions, mercredi 10 juin à Paris, elle n’a pas hésité à rappeler que les échelles propres au secteur sont plus larges.

Prévue par le projet de loi Nouvelle organisation territoriale de la République, la réforme territoriale prévoit notamment de ramener le nombre de régions de 22 à 13, au moyen de fusions. Si celles-ci peuvent prendre des initiatives locales à l’égard de leur secteur, elles ne pèsent guère aux yeux des acteurs de la filière, qui se tournent en premier lieu vers Bruxelles, politique agricole commune oblige. "Si l’on parle de gestion des marchés, ceux-ci sont mondiaux et ouverts. Les politiques utiles à la filière, dont les programmes ruraux, passent par l’échelon européen", abonde Yves Madre, co-fondateur du think tank bruxellois Farm Europe.

Les AOC, emblèmes régionaux

La question des liens entre les régions et les filières agricoles et agroalimentaires se pose néanmoins par l’intermédiaire des produits. "Nous disposons d’un outil, les appellations d’origine contrôlée (AOC), qui incarnent un malthusianisme créateur de valeur. Elles consistent en une alchimie territoriale et de modes de fabrication et supposent de s’interdire de grossir pour survivre. Elles incarnent des icônes territoriales, avec une valeur économique, touristique et culturelle forte. Quel sera l’emblème de la future région Rhône-Alpes-Auvergne : le reblochon ou la fourme d’Ambert ?", interroge Marion Zalay, directrice de l’Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) entre 2007 et 2009.

"En Champagne-Ardenne, nous disposons d’une AOC, le champagne, un élément fort en termes de marketing. La région Champagne-Ardenne ou la ville de Reims sont peu connues à l’étranger… Pour sa part, le champagne l’est. Avec ses vins, Bordeaux est également plus connue que la région Aquitaine !", complète Johan de Coninck, business development manager du pôle de compétitivité Industries et Agro-Resources. "Beaucoup de régions ont capitalisé sur ce type d’images. Y aura-t-il le terme Champagne dans le nom de la future région ?", poursuit Marion Zalay.

Un arbitrage obligé entre effets d’échelle et efficacité

En dépit des apparences, la question de l’échelle des politiques est également posée, comme le précise André Barlier, directeur Marchés, études et prospective de FranceAgriMer, l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer. "Nous avons 400 personnes en région, avec par exemple un pôle viticole et un pôle céréalier en Languedoc-Roussillon et en Midi-Pyrénées. Nous devrons arbitrer entre la nécessité d’accroître la compétence métier et la proximité du service rendu", explique-t-il. "Toutes les entités grossissent dans le monde : est-ce qu’il serait raisonnable de conserver deux Normandie ? L’inter-régionalité est déjà un sujet compliqué !", conclut Marion Zalay.

Franck Stassi

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