La première place de Marion Maréchal-Le Pen, une secousse électorale prévisible

La victoire de Marion Maréchal-Le Pen au premier tour des élections régionales, largement devant Christian Estrosi et Christophe Castaner, engendrerait, si elle devait se confirmer au second, beaucoup d’incertitudes pour l’avenir économique de la région.

Partager

Le 3 octobre dernier, de fortes pluies inondent la Côte d’Azur, provoquant la fermeture des principaux axes routiers. Contraint à un long périple par les arrière-pays niçois et varois, le parcours surprend : dans chaque village, chaque hameau, une seule affiche orne les panneaux électoraux, celle de Marion Maréchal-Le Pen, tout sourire. La chef de file du Front National, ses colistiers et ses militants, semblent être les seuls à avoir compris que les élections régionales se joueraient aussi dans ces endroits de plus en plus désertés par les commerces et les services publics. En martelant que son programme économique ciblait les TPE, les commerçants, les artisans, les professions libérales, les agriculteurs, qu’elle a agrégés en grand nombre sur sa liste, elle est allée grappiller chaque voix jusque dans les territoires les plus ruraux. Bien avant l’impact des attentats.

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

Avec 40,5% des voix au soir du premier tour, loin devant Christian Estrosi pour Les Républicains (26,4%), Christophe Castaner pour le Parti Socialiste (16,5%) et Sophie Camard, pour EELV/Front de Gauche (6,5%), Marion Maréchal-Le Pen a engrangé les effets d'un contexte plus que porteur, jouant de sa jeunesse et de son franc-parler, pour séduire à défaut de convaincre. Le seul département dans lequel elle n'arrive pas en tête est le bastion de son seul adversaire du second tour, les Alpes-Maritimes, à une trentaine de voix près. Même les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence ont succombé au Front National.

Responsables mal engagés

Quelques jours avant les élections, la DIRECCTE Paca faisait état d’une progression en un an de 5,7% du nombre de demandeurs d’emplois (466 130), partout en hausse. La cristallisation du débat par ses adversaires sur les dangers de sa montée en puissance, plus que sur la défense de leur propre programme, au fur et à mesure que le premier tour approchait, a contribué à placer la petite-fille de Jean-Marie Le Pen au centre des enjeux. Depuis plusieurs mois, le président sortant, Michel Vauzelle, ne s’employait guère à promouvoir son bilan de trois mandats, pas plus qu’il ne s’est manifesté ostensiblement durant la campagne aux côtés de Christophe Castaner. Son engagement en faveur de la Méditerranée, marqué, entre autres, par le déblocage en septembre de 3 millions d’euros par l’assemblée régionale pour l’accueil des migrants, mais aussi par la construction d’une Villa Méditerranée à Marseille au coût exorbitant (70 millions d’euros + 4,4 millions d’euros par an en fonctionnement) pour une utilité discutable, ne pouvait être compris, dans le contexte actuel, par des contribuables régionaux qui subissent le chômage, les hausses d’impôts, les retards quotidiens incessants des trains régionaux...

Quant à Christian Estrosi, malgré ses efforts pour se démultiplier sur le territoire, il a vraisemblablement pâti, en particulier dans les Bouches-du-Rhône où les rivalités Marseille-Nice sont toujours sensibles, de son image de Niçois. Sans compter que certains de ses principaux colistiers ont pu souffrir aux yeux des électeurs d’apparaître comme des vieux de la vieille de la politique par rapport aux nouvelles têtes promues par le FN. Etant donné ses positions dures sur la sécurité ou les migrants, il sera délicat au maire de Nice de rallier largement à gauche, malgré le retrait de Christophe Castaner qui déclarait fin novembre que "les idées de Christian Estrosi sont parfois pires que celles du FN".

Inquiétudes manifestes

Que Marion Maréchal-Le Pen puisse conquérir pour six ans la région ne manque pas d’inquiéter le monde économique, même si de nombreuses voix soutiennent qu’elle s’était montrée plus habile que Christian Estrosi le 29 octobre dernier, lors d’un débat organisé entre les trois candidats et 450 chefs d’entreprises dans l’enceinte de la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence. Dans un sondage IFOP-Fiducial pour La Provence, Var Matin et Nice Matin le 3 décembre, 70% des chefs d’entreprise se disaient "inquiets". 53% redoutaient des impacts négatifs sur l’emploi, 56% sur les investissements de capitaux français, 65% sur les investissements étrangers, 45% sur le tourisme, 62% sur la culture...

Certains représentants patronaux ont affirmé qu’ils aborderaient cependant une telle réalité avec pragmatisme, conscients qu’il leur faudrait sans doute redoubler d’efforts pour convaincre que la région ne pourrait être réduite à sa couleur FN pour assurer son développement. Après six ans de Front National, à une époque où l’économie était bien loin d’être dans les priorités du parti, Toulon a eu du mal à retrouver une dynamique.

Quid des financements croisés ?

Inévitablement, aussi, se posera la question de la participation de la région à tous les grands projets auxquels elle est associée, en premier lieu les opérations d'intérêt national Euroméditerranée à Marseille et EcoVallée, chère à Christian Estrosi, à Nice. Le conseil régional s’était doté également d’une Stratégie régionale de l’innovation aux priorités clairement identifiées et d’une agence pour la mener à bien, l’ARII Paca, avec l’Etat, BPI France, la Caisse des dépôts, la CCI Paca. Que voudra en faire Marion Maréchal-Le Pen et surtout ses partenaires si le FN parvient au pouvoir ? La même interrogation concerne les aides aux entreprises, récemment remodelées de manière plus cohérente.

La candidate FN a d’ores et déjà affirmé vouloir les "recentrer" sur les TPE/PME qui constituent la quasi-totalité du tissu économique régional. Des pôles de compétitivité aux grands projets industriels (Henri Fabre, PIICTO, Cité des Energies, Technopôle de la Mer...), la Région s’est toujours posée en soutien institutionnel.

Les plus optimistes, avant le 1er tour, affirmaient que Marion Maréchal-Le Pen n’oserait, ni ne pourrait tout démanteler, espérant que la raison l’emporterait. "Je découvre et j'apprends", aurait confié la jeune femme, en visitant une PME de la French Tech Aix-Marseille, il y a quelques jours. Personne, cependant, ne parvient à évaluer le risque à court, moyen et long terme que son élection à la tête de l’exécutif régional ferait peser sur la région en termes d’image, en France et à l’étranger. Mais la crainte est réelle…

Jean-Christophe Barla

Partager

NEWSLETTER Economie Social et management
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Recevez directement leurs décryptages et analyses dans votre boîte mail:

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

L'inscription aux newsletters vaut acceptation des Conditions Générales d'Utilisation. Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS