"La mondialisation se redessine de manière complexe", selon El Mouhoub Mouhoud

Pour ce professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, auteur de « Mondialisation et délocalisation des entreprises »*, relocaliser est possible, mais pas toujours pertinent.

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El Mouhoub Mouhoud, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine

L'Usine Nouvelle. - La pandémie a remis sur le devant de la scène la question des relocalisations industrielles. Qu’en pensez-vous ?

El Mouhoub Mouhoud. - C’est possible pour certaines industries, mais il serait complètement vain pour d’autres de l’envisager. Tout dépend de la technologie, du process et du mode de concurrence – par les prix ou l’innovation – dans le secteur de l’entreprise. Ce mouvement de relocalisation est antérieur à la pandémie, il remonte aux années 2010-2012. Il est lié à la hausse des coûts unitaires salariaux en Asie, qui peut inciter à relocaliser plus près des marchés de consommation dans les secteurs où il n’y a pas d’obstacle à l’automatisation des tâches, comme l’automobile, les meubles et l’électronique.

La crise a aussi révélé la mondialisation des firmes pharmaceutiques. Pourquoi y recourent-elles ?

C’est une industrie automatisable, mais très spécifique. Le secteur est réglementé en aval, avec des prix plus ou moins administrés. En amont, la R & D pour mettre au point un principe actif exige des sommes considérables. Elle peut représenter jusqu’à 12 % du chiffre d’affaires. La production et l’assemblage des principes actifs demandent des personnels très qualifiés, notamment des ingénieurs, comme on en trouve en Inde et en Chine. Pour comprendre les dynamiques à l’œuvre, il faut ajouter que les groupes pharmaceutiques qui sont des oligopoles mondiaux se livrent une concurrence par la mise sur le marché de nouveaux produits, par l’innovation. Elles ont donc misé sur deux blocs de compétences : la R & D et le marketing. La production, qui se trouve au milieu de la chaîne de valeur, a été délocalisée dans des pays moins chers. Les dirigeants ont mesuré le risque en matière de sécurité des approvisionnements. Ils savaient ce qu’ils faisaient, mais pour réduire les coûts de production, augmenter les marges et éliminer les coûts de pollution de la chimie des pays à réglementations environnementales, l’approvisionnement en Inde et en Chine valait le coup, en dépit des risques que cela faisait prendre à la collectivité. Il faut ajouter les pressions des actionnaires voulant être rémunérés correctement vu le temps nécessaire à la mise au point des molécules innovantes.

La relocalisation de la production pour des considérations de souveraineté obligerait à accepter une hausse des prix, donc des dépenses de l’assurance-maladie...

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