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COP21

"La méthode à appliquer pour la transition énergétique peut servir d’exemple pour un monde meilleur"

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Tribune Philippe Lukacs est enseignant en management de l’innovation à l’Ecole Centrale de Paris. Dans cette tribune, il invite les responsables d'entreprises à prendre exemple sur la COP21 pour stimuler la transition, le changement. 

La méthode à appliquer pour la transition énergétique peut servir d’exemple pour un monde meilleur © D.R

Pour se diriger vers un futur souhaitable, chacun sent confusément que plusieurs transitions sont nécessaires. La première d’entre elles étant celle de la transition énergétique, thème actuel de la COP 21. Mais réussir une transition est, par construction, difficile. On est en effet dans une problématique de basculement d’écosystèmes.

Comment sortir des cercles vicieux de la poule et l’œuf et d’une temporalité de long terme qui dépasse la seule sphère d’intérêt des entreprises ? La lecture d’un petit livre qui vient de sortir, "Hydrogène : la transition énergétique en marche !*" apportera aux responsables d’entreprise des réponses concrètes sur la façon de sortir des multiples cercles vicieux qui empêchent une transition, de quelque nature qu’elle soit, et devrait être de nature à stimuler leur réflexion.

Passer à une croissance davantage contributive à la construction d’un futur souhaitable nécessite, notamment, de réorienter de façon innovante la stratégie comme le mode de management des entreprises. Or aujourd’hui l’innovation suppose, de plus en plus, le développement d’un écosystème complet où participent plusieurs entreprises de secteurs différents. Aucun acteur isolé ne peut réussir. Mais comment éviter que les partenaires potentiels nécessaires à la construction de l’écosystème ne refusent de s’engager au motif que l’écosystème n’est pas construit ? Comment  casser ce dilemme la poule et l’œuf ? On l’entrevoit, un nouveau type de relation est à bâtir entre les entreprises : des relations d’alliance, où chacune des entreprises partage avec les autres un but commun et met toute son énergie à la réussite de ce but.

Ce qui a été mis en place pour la transition vers l’hydrogène est à cet égard exemplaire et ne peut que stimuler la réflexion de tout responsable d’entreprise. Un consortium a été monté, réunissant tous les acteurs nécessaires, concurrents sur leurs secteurs respectifs (constructeurs automobile, pétroliers,  fournisseurs de gaz).

La nécessité de la coopération

Son but : Etudier les conditions de montée en puissance de l’infrastructure nécessaire, et la mettre en place, en neutralisant pour un temps les forces concurrentielles jusqu’à ce que le pallier de rentabilité soit atteint. Sa logique : Une logique coopérative sectorielle, à la fois publique et privée, réduisant le risque d’échec par un accord des principaux acteurs du secteur sur les conditions requises du succès. Sa temporalité : Lorsque le palier de rentabilité sera atteint, le consortium sera démantelé, les pièces de l’infrastructure seront reprises par les acteurs à un prix discuté à l’avance.

Et comment investir, lorsque le retour sur investissement est particulièrement long et alors que les bénéfices d’une stratégie contribuant à un futur collectif souhaitable dépassent, par nature, le seul cadre des entreprises, impacte positivement le bien commun ? Pourquoi les entreprises financeraient-elles un risque dont les bénéfices dépassent leur seule sphère d’intérêt ? Et comment les Etats pourraient-ils financer les investissements long terme nécessaires, alors que leur priorité est d’équilibrer leurs comptes à court terme ?

On l’entrevoit de nouveaux rôles et responsabilités sont à mettre en place entre entreprise et Etat, aptes à dynamiser chacun et à entraîner la confiance et l’action des citoyens. A cet égard, le montage proposé pour réussir la transition énergétique vers l’hydrogène est extrêmement intéressant, et peut puissamment stimuler la réflexion de chacun.

Entre entreprises, banques, Etat, un objectif commun pour le futur est défini : à telle date, si chacun fait ce qu’il a à faire, tel montant d’économie de carbone sera réalisé. Les entreprises investissent dans l’infrastructure nécessaire, les banques prêtent aux entreprises, l’Etat mène les politiques fiscales et incitatives adéquates.

A partir de la date convenue, les entreprises sont rémunérées sur les économies réalisées et les banques sont remboursées. L’Etat s’est engagé, en cas de différentiel entre les économies réelles et les économies prévues, à régler aux entreprises le montant correspondant.

Mais, chacun  ayant agi de façon conjointe, cet écart est normalement nul. Tous ont été dynamisés par cette vision commune du futur. Tous, en incluant bien sûr les citoyens qui constatent un effort collectif cohérent vers un résultat réalisable. En synthèse, il s’agit de "remettre l’avenir au centre du présent, de redonner du sens et une valeur à l’avenir".

Un modèle pour les autres transitions

Généraliser ce type d’approche, pour la transition énergétique comme pour toutes autres  transitions nécessaires, nous permettra d’aller plus vite et, notamment, d’éviter d’aggraver le changement climatique. Celui-ci, déjà, cause sécheresse ici, inondation là, dans les régions du monde qui sont aujourd’hui les plus pauvres et les plus peuplées, entraînant désordres politiques, voire forçant des populations entières à migrer.

Entre 2007  et 2010, une sécheresse d’une sévérité jamais vue dans l’histoire s’est installée en Syrie. En 2010, près de 20% de la population syrienne est en situation d’insécurité alimentaire. En 2008 le haut représentant de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité écrivait dans un rapport que le réchauffement agit comme un "multiplicateur de menaces".

Presque toutes les zones qu’il avait identifiées dans son rapport comme étant les plus sensibles au réchauffement, de la Mésopotamie au Sahel et à l’Afrique du Nord, ont basculé 7 ans plus tard  dans l’instabilité ou le chaos. Sans transition énergétique, une masse de gens croissante sera condamnée à l’exil ou à la faim. Il est vraisemblable qu’en combattant le réchauffement, on contribue à stabiliser les évolutions politiques et sociales de ces régions.

Par ailleurs, à l’instar des États Unis et de la Chine, le renforcement de la souveraineté énergétique pour l’Europe par une accélération de la transition énergétique sera de nature à renforcer sa liberté de manœuvre et d'influence diplomatique dans les zones tourmentées du proche et moyen orient.

On se plaint des blocages qui empêchent les transitions que chacun sent pourtant comme nécessaires. Bâtir des relations d’alliance entre entreprises partageant la volonté commune de contribuer à un futur souhaitable, définir ce futur souhaitable pour ce qui concerne la sphère d’action de ces entreprises, le valoriser dans le présent, agir de façon conjointe, est de nature à permettre le mouvement. C’est aussi de nature à motiver chacun, ou plutôt à permettre à chacun de davantage s’épanouir. Qu’il s’agisse des responsables d’entreprises, des collaborateurs, des fournisseurs, des clients, des actionnaires.

Philippe Lukacs enseigne le management de l’innovation à l’Ecole Centrale de Paris. Il a publié « Stratégie pour un futur souhaitable », Dunod 2008


* « Hydo-gène : la transition énergétique en marche ! », Pierre-Etienne Franc et Pascal Mateo, Préface de Pascal Lamy, ed : Alternatives 
  

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

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