La logistique redessine la région

De nouveaux outils pour la téléchirurgie :La chirurgie est investie de plus en plus par la robotique et les télécoms. De nouveaux outils voient le jour.

Partager

Robotique, vidéo, télécommunications à haut débit, simulation informatique: le projet Master, revêtu du label Eurêka en juin dernier, offre un concentré assez exceptionnel de technologies de pointe. Initié en 1992 par l'Ircad de Strasbourg (Institut de recherche sur les cancers de l'appareil digestif) et Alcatel Business Systems (ABS), la division téléphonie privée d'Alcatel-Alsthom, ce projet de 31 millions de francs (dont 42% pour la part française) se place au carrefour de deux révolutions: les télécommunications à haut débit et la chirurgie mini-invasive. Le rapport? La chirurgie mini-invasive, appelée aussi micro-chirurgie ou coeliochirurgie, utilise les voies naturelles ou de minuscules incisions pour opérer à l'intérieur du corps humain. Elle utilise pour cela des endoscopes dotés de caméras qui permettent au chirurgien de contrôler ses gestes et d'explorer la zone à opérer à travers un écran vidéo. D'où des interventions moins traumatisantes, donc a priori moins risquées pour le patient, et plus rapides. Cette technique nécessite en revanche des outils nouveaux et une formation adaptée, car elle modifie considérablement le "contact" entre le chirurgien et le patient. Et son couplage avec l'informatique et les télécommunications ouvre de nouvelles possibilités.

L'Ircad prévoit ainsi d'utiliser la vidéotransmission pour la formation à la chirurgie mini-invasive. Une opération réalisée dans une salle par un chirurgien expérimenté sera suivie sur écran dans plusieurs blocs opératoires attenants, où des étudiants et des chirurgiens pourront à leur tour la répéter. La transmission d'images à distance - en un autre point de l'hôpital, voire à un autre établissement - permettra de faire intervenir des experts en temps réel lors de la préparation ou au cours d'une intervention. La robotique et l'informatique seront également de la partie. Le robot sert avant tout à positionner avec une grande précision les instruments (sondes, bistouris, etc.) par rapport au corps du patient. L'informatique, elle, permet d'accéder, de stocker et de traiter toute l'imagerie médicale (scanner, IRM, etc.), mais bientôt elle autorisera la simulation d'interventions, à l'instar de ce qui existe dans l'industrie. Autant d'innovations que Master se propose de fédérer. Outre l'Ircad, il associe trois équipes - allemande, anglaise et italienne - de chirurgie mini-invasive.Des besoins clairement identifiés par les médecins

Du côté des industriels, Alcatel va mettre en oeuvre sa technologie de réseau à haut débit ATM, à travers un commutateur voix-données-images, des liens de transmission, des systèmes de codage et de stockage vidéo et un nouveau terminal multimédia à écran plat tactile. "Ce projet est un moyen de sortir du "bourbier" multimédia actuel, car les besoins des médecins sont clairement exprimés, et les technologies existent", analyse Jean Chrétien, chef de projet chez ABS.Dornier, lui, s'intéresse à l'ingénierie des blocs opératoires et aux instruments. La firme allemande devrait travailler en coopération avec Immi, une société grenobloise fondée par François Danel, qui a développé le robot utilisé depuis plusieurs années au CHU de Grenoble par l'équipe de neurochirurgie du professeur Benabid (voir encadré). GEC-Marconi, spécialiste des simulateurs de vol, se charge de son côté de développer un simulateur. Celui-ci sera destiné à la formation, mais aussi à la préparation sur ordinateur des interventions. Une des principales difficultés techniques porte d'ailleurs sur la restitution des sensations tactiles, essentielles pour le chirurgien.

Pour Alcatel Business Systems, plus gros participant français avec 120millions de francs (dont 35% financés par le ministère de l'Industrie), l'enjeu n'est pas mince. Outre une application grandeur nature de la technologie ATM à la vidéo, ABS s'intéresse au marché des cliniques et des hôpitaux, évalué à 17000blocs opératoires en Europe, dont la moitié susceptibles de s'équiper en chirurgie mini-invasive d'ici à dix ans. Mais, à moyen terme, le contrôle vidéo dans les usines, la maintenance des centrales nucléaires, les applications militaires et spatiales font partie des cibles de la firme française.





Le robot chirurgien, opérant à la place du médecin, est encore du domaine de la science-fiction. Mais les années80 ont vu les premiers robots faire leur apparition dans les blocs opératoires pour des applications bien précises. L'équipe de neurochirurgie du professeur Banabid, au CHU

de Grenoble, fait figure de pionnier dans ce domaine. Avec François Danel, fondateur du constructeur de robots AID et aujourd'hui P-DG d'Immi, elle a mis au point un robot destiné à la stéréotaxie: cette technique employée en neurochirurgie consiste à repérer très précisément les structures profondes du cerveau au moyen d'un cadre qui entoure la tête du patient. Parce qu'il est programmable, le robot - une machine six axes dérivée d'un robot industiel et modifiée pour ralentir la vitesse du bras - permet de positionner au millimètre les outils (sondes, etc.) qu'il porte. Depuis 1989, plus de 900interventions ont été réalisées à Grenoble, principalement des biopsies de tumeurs cérébrales. De son côté, Immi travaille sur une deuxième génération de robots intégrant une programmation off-line et une ergonomie conçue pour le milieu hospitalier. Sortie prévue fin 1994.

USINE NOUVELLE - N°2471 -

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS