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La french touch de l'intelligence artificielle

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Notre palmarès des 100 Français qui font l’intelligence artificielle révèle des talents que s’arrachent tous les géants du numérique. C’est la richesse de l’écosystème hexagonal.

La french touch de l'intelligence artificielle
Yann LeCun de Facebook
© COPYRIGHT 2016 BSC PHOTO STUDIO

le Français Yann LeCun va se concentrer sur la direction scientifique de l’intelligence artificielle (IA) de Facebook. Qui le géant américain a-t-il choisi pour le remplacer à la tête de son laboratoire de recherche en IA ? Un autre Français, Jérôme Pesenti, nommé fin janvier. C’est tout sauf une coïncidence. Les Français irriguent toute la planète IA. Notre sélection des « 100 Français qui font l’IA » le montre bien [lire page 28]. Pas un grand acteur du privé ne leur échappe. Outre Facebook, IBM a confié pendant cinq ans à Jérôme Pesenti la recherche pour son IA, Watson, et Jean-Philippe Desbiolles pilote aujourd’hui les solutions cognitives de Big Blue. Microsoft s’appuie sur Olivier Fontana pour déployer sa technologie de traduction et sur Patrick Simard pour sa recherche. À Zurich, le centre européen de recherche de Google, dédié à l’IA, est dirigé par Emmanuel Mogenet, dont le bras droit est Olivier Bousquet. Nicolas Pinto est le deep learning ninja & evangelist d’Apple. Les patrons de l’IA chez Airbnb, Twitter, Netflix et Spotify ? Des Français ! Sans parler de Nvidia – dont l’IA est aux mains des Français –, d’Intel, de Samsung, de Sony, de Huawei… « Les grands groupes internationaux déploient le tapis rouge aux Français, relève Nozha Boujemaa, la directrice de l’institut Convergence DataIA et directrice de recherche à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria). Certains vont même jusqu’à mettre des équipes au fuseau horaire de Paris pour s’adapter à un Français qui veut rester au pays. »

Le rayonnement de l’Hexagone ne date pas d’hier. Quasiment tous les pans de l’IA comptent des Français parmi leurs pionniers. Le deep learning, bien sûr, avec Yann LeCun. Mais aussi l’apprentissage automatique avec Isabelle Guyon, la vision par ordinateur avec Jean Ponce, l’imagerie médicale computationnelle avec Nicholas Ayache, la robotique avec Raja Chatila, les mathématiques appliquées avec Stéphane Mallat et Éric Moulines… Outre ces précurseurs, les chercheurs français ont su prendre le récent virage du deep learning, à l’image du chercheur de l’Inria Francis Bach, « super­star française du machine learning », selon Jean Ponce. « Ce sont les jeunes qui ont poussé car la recherche universitaire française a été longue à démarrer, estime Yann LeCun. La rupture du deep learning se trouve aussi dans les générations. » Qu’est-ce qui explique cette force ? « C’est tout simplement que les ingénieurs et les chercheurs français sont très bons en mathématiques », explique Cédric Villani, chargé par le gouvernement d’élaborer des préconisations pour une stratégie nationale en IA [lire l’entretien page 64].

Créateurs d’entreprise

« Les chercheurs français ont toujours été présents dans l’IA, même quand le sujet n’était pas en vogue. C’est probablement lié à la liberté dont ils bénéficient, rappelle Léon Bottou, autre pionnier du deep learning et chercheur chez Facebook. D’autre part, les dirigeants de l’Inria ont fait de l’IA une priorité. Ils ont investi, réussi à faire revenir Jean Ponce et à convaincre Francis Bach de rester en France. » Même s’ils sont nombreux à s’être expatriés, tous ces talents ont permis à Paris de s’imposer en pôle de l’IA. En témoigne l’investissement de 10 millions d’euros d’ici à 2022 lancé par Facebook le 22 janvier pour renforcer son laboratoire de recherche en IA ouvert à Paris en 2015. Son effectif doit doubler, à quelque 60 chercheurs et ingénieurs et 30 doctorants. Le même jour, Google annonçait l’implantation d’un laboratoire IA à Paris. « Nous commencerons par trois ou quatre équipes de chercheurs dans les prochains mois, précise Olivier Bousquet, chargé de l’opération. La dynamique autour de l’IA est très forte en France. Nous voulons y participer. » Il y a moins d’un an, Fujitsu lançait un partenariat de recherche en IA avec l’Inria et établissait un centre d’excellence au sein de Drahi X-Novation, l’incubateur de l’École polytechnique.

Au-delà de la profusion de talents, deux traits majeurs émergent du portrait de l’écosystème français de l’IA tel que l’esquisse notre sélection. Premièrement, la french touch de l’IA, c’est aussi son orientation business. Les chercheurs sont nombreux à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. « C’est l’effervescence, apprécie Jean Ponce. Quatre start-up sont sorties du labo d’informatique de l’ENS et trois autres se sont montées sur des transferts de connaissance. » Vincent Delaitre a cofondé avant même la fin de sa thèse Deepomatic, qui déploie la vision artificielle pour l’industrie, Alice Coucke injecte ses compétences en machine learning dans l’assistant vocal de Snips, Cyrille Habis les met au service de la performance agricole avec Agridata… Aux chercheurs s’allient des entrepreneurs autodidactes comme Romain Sambarino, qui extrait et exploite la valeur contenue dans les appels téléphoniques entre les marques et leurs clients avec Allo-Media, l’avocate Sandrine Morard qui veut déléguer à la machine les fastidieux audits juridiques avec Softlaw, l’ex-trader Sébastien Lamy de la Chapelle qui aide, avec Jalgos, les industriels comme Alstom à passer à la maintenance prédictive.

Les jeunes pousses de l’IA profitent du dynamisme de la french tech, qui a levé un montant record de 2,56 milliards d’euros en 2017 (+ 16 %), selon le baromètre EY du capital-risque en France. Les fonds d’investissement se sont emparés de l’IA, à l’image de Serena Capital, avec son associé Xavier Lorphelin, et d’Isai Capital, dont l’associé Paul Strachman promeut les start-up françaises à New York. L’association France is AI qu’il a créée recense près de 280 start-up IA en France. « C’est une véritable vague et elle va enfler quand ces jeunes start-up vont lever des sommes plus importantes», prédit Jean-Baptiste Dumont, partner chez Serena Capital. Déjà, les plus matures affichent des cumuls de fonds levés importants : 66 millions d’euros pour Algolia, autour de 35 pour Dataiku, Shift Technology et Kalray, 25 pour Alkemics et Chronocam, près de 20 pour Snips, 15 pour Vekia, plus de 10 pour Clustree, Owkin, Allo-Media… « Le marché est là, se félicite Jean-Baptiste Dumont. L’écosystème des start-up en IA a atteint une taille critique qui le rend visible auprès des grandes entreprises. »

Les grosses sociétés françaises ont bien compris qu’il ne fallait pas rater le virage. « Il y a cinq ans, il était impossible d’obtenir un rendez-vous pour nos start-up avec une grosse entreprise, se souvient Jean-Baptiste Dumont. Aujourd’hui, elles vont les chercher sur internet ! » Tout s’accélère : « Allo-Media a réussi à signer de très gros contrats avec des entreprises énormes en très peu de temps », relève-t-il. « De grands groupes viennent nous voir chaque semaine, de la pub au luxe en passant par l’auto et les télécoms », confirme Jean Ponce. Les industriels français du numérique, de la sécurité et de la défense travaillent depuis longtemps sur l’IA avec leurs experts, comme Éric Monchalin (Atos), ­David Sadek (Thales), Farid Cerbah (Dassault Aviation)… Ils sont désormais rejoints par Héloïse Nonne (SNCF), Alain Carof (Naval Groupe), Laurent Taupin (Renault), Nicolas Vignard (Toyota) et bien d’autres au sein d’industriels de tous secteurs, qui veulent intégrer l’IA à leurs process, leurs produits et leurs services. L’ex-pilote du rapport #FranceIA, Nathanaël Ackerman, l’a bien compris, qui a lancé fin décembre le Hub FranceIA. La SNCF, Air liquide, Air France, La Banque postale et la Société générale font partie des membres fondateurs. Le but du Hub est « de mettre en réseau les différents acteurs français pour consolider le potentiel français dans la perspective d’un passage à l’échelle européenne ».

L’éthique, préoccupation franco-européenne

Seconde caractéristique de l’écosystème français, sa volonté de faire émerger une IA à la française, prélude à une IA européenne qui se distingue des versions américaine et chinoise. Alors que les États-Unis, dominants, et la Chine, lancée à grande vitesse, ne s’encombrent guère de la protection de la vie privée et d’une réflexion éthique, de nombreuses voix françaises appellent à penser l’IA pour anticiper ses travers et s’en protéger. « La fiabilité, la transparence, la loyauté et la responsabilité des systèmes algorithmiques sont des enjeux essentiels», insiste Nozha Boujemaa, dont l’institut DataIA mêle numérique et sciences humaines pour traiter ces questions. Après avoir passé l’année à déconstruire l’idéologie de la singularité sur les plateaux télé et radio, Jean-Gabriel Ganascia, le président du comité d’éthique du CNRS, s’est joint en décembre à Raja Chatila, le président de l’IEEE Global initiative on ethics of autonomous and intelligent systems, à Max Dauchet, le président de la Commission de réflexion sur l’éthique de la recherche en sciences et technologies du numérique d’Allistene (Cerna), et à d’autres grands noms du numérique français pour appeler à la création d’un comité national d’éthique du numérique.

Cédric Villani semble partager leur point de vue : « Avoir, à côté de la Cnil, un organe de réflexion et de surveillance édictant des règles et des recommandations est nécessaire, explique le député. Il y a une demande forte d’éthique de la part de l’écosystème français. Aux États-Unis, l’image de l’IA s’est dégradée avec les affaires récentes autour de Facebook, les déclarations des “repentis”, mais aussi les voix d’intellectuels s’élevant contre les effets ravageurs que peut avoir l’IA sur le tissu social. » Le sentiment général est celui de l’urgence de penser et d’agir alors qu’une déferlante de robots logiciels et physiques s’annonce. « Nous allons tous recevoir bientôt des produits de Chine, de Corée et des États-Unis, sans que l’on sache ce qu’ils font exactement et s’ils ne nous manipulent pas », alertait récemment Laurence Devillers, la chef de file avec Gilles Dowek du groupe Éthique du Hub FranceIA et membre de la Cerna. À l’heure où le Règlement européen sur la protection des données (RGPD) s’apprête à encadrer sévèrement le business des données et à instaurer une égalité de traitement entre tous les acteurs en s’appliquant aussi aux géants américains opérant en Europe, nombre de Français de l’IA soulignent que l’éthique peut devenir un avantage compétitif. « Ce peut être un atout pour attirer certains investisseurs et inspirer confiance aux utilisateurs. La confiance sera cruciale pour que les gens et les institutions comme les hôpitaux partagent leurs données », estime Cédric Villani.

Juguler la fuite des cerveaux

Débordant de talents, ancré dans l’économie et désireux de tracer son propre chemin, l’écosystème français de l’IA est un immense atout pour le pays. Reste à le jouer au mieux. « La balle est dans notre camp», résume Cédric Villani, qui annonce la présentation de la stratégie nationale du gouvernement sur la base de son rapport pour fin mars ou début avril. Au carrefour des pistes qu’il dévoile à « L’Usine Nouvelle » [lire l’entretien page 64], se trouve un impératif : réduire la fuite des cerveaux alors que la guerre des talents de l’IA fait rage à l’échelle mondiale. La mission peut paraître impossible quand les Gafa et consorts font des ponts d’or aux chercheurs et rachètent à tour de bras les start-up et leurs équipes. Mais l’impact humain de l’IA fait réfléchir nombre de talents. « J’ai rencontré plusieurs start-uppers en IA qui n’ont pas envie de finir en outils de Gafa ultra-dominants ni de servir la cause du transhumanisme », avance Boris Sirbey, le cofondateur du Lab RH. À eux d’inventer une IA à la française.

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