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"La french fab rend l'industrie sexy", pour Nicolas Dufourcq le patron de Bpifrance

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Entretien Il est l’un des artisans de la french fab. Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance, explique comment rendre l’industrie française de nouveau conquérante.

La french fab rend l'industrie sexy, pour Nicolas Dufourcq le patron de Bpifrance
Nicolas Dufourcq le patron de Bpifrance
© Pascal Guittet

L'Usine Nouvelle - Comment décrivez-vous la situation économique actuelle ?

Nicolas Dufourcq - Elle est excellente ! Les taux européens ne vont pas remonter de sitôt, alors que les taux américains si. Cela va renchérir le dollar et ce sera très bon pour les exportations européennes. Je pense que nous avons devant nous trente mois d’âge d’or.

Pourquoi trente ?

Parce que c’est un peu plus que ce qu’il faudra à la Réserve fédérale pour remonter les taux américains jusqu’à leur sommet. Le rôle des décideurs, c’est de décider de l’impossible. Donc, je dis à mes troupes, nous avons devant nous trente mois d’âge d’or et ces trente mois, nous devons en faire notre miel pour nous préparer à l’inversion inévitable du cycle. D’où la stratégie de conseil et d’accélération des entreprises de Bpifrance. Il s’agit ni plus ni moins de révéler le potentiel des entrepreneurs français afin de leur permettre de stocker de la puissance pour les jours où les vents seront contraires.

Bruno Le Maire a doublé vos objectifs d’accompagnement. Comment allez-vous faire ?

Nous nous étions dit, budgétairement, que nous pouvions accompagner 2 000 entreprises, tout en sachant que l’idéal serait d’en couvrir 4 000 dans les quatre ans. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, a répondu : « Faisons-le. » Cet objectif est dans la ligne du grand plan de 57?milliards d’euros qui insiste beaucoup sur le capital humain. Cela ne représente pas des sommes élevées au regard de ce que cela rapporte. Notamment parce que les entrepreneurs paient pour entrer dans les accélérateurs. Cela nous coûte, tout compris, 20?millions d’euros par an pour les 300 entreprises des accélérateurs, les 4 000 entreprises dans le club Bpifrance Excellence et toutes celles pour lesquelles nous assurons des missions de conseil. Nous en ferons 7 000 cette année.

Comment est née l’idée de la french fab ?

En écrivant un livre sur le Mittelstand allemand, « Industrie 4.0 », Dorothée Kohler [la fondatrice du cabinet de conseil Kohler C & C, ndlr] et moi nous sommes aperçus que le Mittelstand est d’abord un grand récit national, et que ce récit, les industriels français ne l’ont pas. Avec Elizabeth Ducottet, la présidente du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti), nous avons réfléchi et trouvé l’idée de la french fab. C’était il y a deux ans. Comme un petit Poucet, nous avons semé des petits cailloux blancs. L’endossement par le gouvernement, c’est l’étape ultime de cette longue marche pour donner une bannière commune aux industriels. Ils ont envie qu’une même lumière que celle portée sur la french tech se porte sur eux. Eux aussi méritent la reconnaissance du pays ! Il y a là un alignement remarquable de tous les corps constituants de l’industrie française, de l’UIMM à la DGE, en passant par la FIM, le Gifas, l’Ania, le Cercle de l’industrie, les grands groupes…

Comment définissez-vous la french fab ?

C’est l’industrie française, des plus petits aux plus gros. Mais vous n’êtes dans la french fab que si vous prenez cinq engagements : je m’engage à croître, je m’engage à digitaliser, je m’engage à changer d’échelle internationale, je joue collectif et j’ai conscience de ma responsabilité sociale. C’est une industrie qui se projette dans l’avenir, qui a conscience de ses faiblesses, mais aussi de ses forces. La force de l’industrie française, c’est le logiciel. On n’est peut-être pas leaders dans la robotique, mais au bout du bras articulé, il y a du logiciel. L’industrie française doit s’améliorer sur la digitalisation et sur le rapport à la mondialisation. Si vous changez d’échelle à l’export, c’est que vous vous différenciez et que vos produits sont attractifs. Ce qui n’est pas le cas de tous les industriels.

Cette bannière peut-elle aider les entreprises à monter en compétences ?

Oui, car une bannière renforce le moral des troupes. Elle donne l’envie à l’entrepreneur de prendre ses défis à bras-le-corps. Et cela renforce la marque employeur. Le problème majeur de l’industrie, c’est de savoir comment recruter des profils de qualité. La french fab rend l’industrie sexy.

Un événement comme BIG (Bpifrance inno génération, le 12?octobre à Paris), c’est indispensable ?

Je pense que oui. J’ai travaillé longtemps chez Capgemini et je voyais comment faisaient Oracle, VMware, Salesforce pour installer à la fois leur place dans le marché, leur volonté de puissance et leur projet de création d’un réseau social d’entrepreneurs autour de leur solution. Tout en diffusant la culture du dynamisme, du « tout est possible ». C’est notre rôle de faire cela. En Californie, Salesforce organise un événement baptisé Cloudforce. Nous, on fait Bpiforce ! Nous réunissons, à Paris, 30 000 entrepreneurs autour des valeurs de l’entrepreneuriat, de la volonté et de l’amour du progrès.

L’Europe jouera-t-elle un rôle dans la french fab ?

Il faut construire une alliance entre le Mittelstand ­allemand et la french fab. Nous avons 15?milliards d’euros de déficit commercial avec l’Allemagne chaque année. En dix ans, on a envoyé 150?milliards d’euros de fonds propres en Allemagne et en retour, les entreprises allemandes ont créé ou maintenu 40 000 emplois dans l’Hexagone. C’est un grand déséquilibre. Dans un monde sans ajustement monétaire ni salarial l’ajustement ne fonctionne pas. Le vrai retour, c’est que les Allemands investissent en France en rachetant des PME, en investissant dans les fonds de capital développement, en implantant leurs laboratoires de recherche, en créant des usines. Sur les 15?milliards d’euros par an, on rêverait d’en voir revenir quelques-uns chaque année en investissements productifs, de préférence dans l’industrie. Il faut vendre l’industrie française outre-Rhin. C’est un travail de road show, que les organisations industrielles françaises doivent faire avec Business France chez nos voisins, y compris en Italie. La french fab sert aussi à cela. Au Consumer Electronics Show de Las Vegas, avec la french tech, les Américains se sont rendu compte qu’il y avait des coqs rouges partout. Cela a révélé la France. Je voudrais qu’il y ait des coqs bleus partout à la Foire de Hanovre et que l’industrie française qui n’a pas disparu soit de nouveau incarnée.

 

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